La filière automobile pèse près de 29 000 emplois en Bourgogne-Franche-Comté, région la plus dépendante de France. Derrière ce chiffre, une fragilité structurelle que la transition électrique n’a pas comblée.
Nulle autre région française n’est aussi exposée. Avec 2,9 % de son emploi salarié total directement dédié à l’automobile, la Bourgogne-Franche-Comté devance toutes les autres sur cet indicateur de dépendance relative. C’est le territoire qui a le plus à perdre quand la filière vacille, et elle vacille.
Le Nord Franche-Comté, autour de Montbéliard et du bassin de Sochaux, concentre l’essentiel de ce tissu industriel. Des sous-traitants, des équipementiers, des lignes d’assemblage : toute une chaîne construite autour de la production automobile thermique, aujourd’hui sous tension.
329 000 emplois nationaux, une géographie très concentrée
À l’échelle nationale, la filière automobile regroupe 329 000 salariés répartis dans 4 080 sociétés, selon les données de l’Insee. Un quart travaille directement dans la construction automobile. Le reste couvre la conception, la transformation, le recyclage et la sous-traitance.[1]
La carte de l’emploi automobile est déséquilibrée. Soixante pour cent des postes se situent dans le nord et l’est du pays. L’Île-de-France arrive en tête en valeur absolue avec 63 700 salariés, devant l’Auvergne-Rhône-Alpes (51 300) et le Grand Est (43 500). Mais c’est la Bourgogne-Franche-Comté qui supporte la pression relative la plus lourde, avec ses 28 700 emplois représentant cette part de 2,9 % du salariat régional.
| Région | Emplois directs | Part dans l’emploi régional |
|---|---|---|
| Île-de-France | 63 700 | n.d. |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 51 300 | n.d. |
| Grand Est | 43 500 | n.d. |
| Bourgogne-Franche-Comté | 28 700 | 2,9 % |
Source : La Tribune / INSEE
56 000 postes supprimés depuis 2009, un bilan sans précédent

La photographie actuelle masque une saignée longue de quinze ans. Entre 2009 et 2025, le solde net de créations et destructions d’emplois dans l’automobile française s’établit à -56 000 postes, selon le bilan Trendeo. L’automobile devient ainsi le secteur industriel français ayant perdu le plus d’emplois sur la période, devant la chimie et la métallurgie.[5]
La Bourgogne-Franche-Comté affiche un recul de 5 300 postes sur cette période. Le Grand Est a perdu 8 300 emplois. L’Île-de-France, 11 700. Trois régions qui concentrent l’essentiel des fermetures de sites liés au moteur thermique.
Les responsabilités sont clairement identifiées. Stellantis (et PSA avant lui) affiche une perte nette de 28 450 emplois sur quinze ans en France. Renault en dénombre 11 350. L’équipementier Bosch, 4 310. À rebours, Toyota a créé 4 200 postes sur le territoire, ACC 2 000 et Volkswagen Group via Scania 1 640. Des volumes qui ne compensent pas l’hémorragie.
Pourquoi le bassin de Sochaux reste en première ligne
L’électrique : une promesse géographiquement sélective
La transition vers le véhicule électrique redistribue les cartes industrielles, mais pas en faveur des bassins historiques. Les Hauts-de-France, portés par la « Battery Valley », ont enregistré un gain de 8 100 emplois liés à la chaîne batterie. Un succès territorial réel, qui ne profite pas à la Bourgogne-Franche-Comté ni au Grand Est.[5]
2025 a marqué un coup d’arrêt supplémentaire. Même la filière batterie, porteur de croissance pendant quatre ans, a basculé dans le rouge : les prévisions s’établissaient à -260 emplois, sous l’effet du report des investissements d’ACC et de la restructuration de la start-up Verkor. Seul le segment des infrastructures de recharge restait positif, avec 1 100 créations de postes attendues, un volume insuffisant pour compenser le reste.
Stellantis, Renault, et la recomposition forcée

La situation industrielle s’est encore tendue en 2026. Stellantis a annoncé la fin de la production automobile à Poissy, dernier site francilien du groupe. Renault et Stellantis ont tous deux procédé à des arbitrages de compétitivité, réallouant des capacités face à un marché plus étroit et à une concurrence mondiale plus agressive, notamment chinoise.[3]
La production automobile française a fondu de moitié depuis 2007 : de 3 millions de véhicules à 1,5 million en 2025, malgré un rebond de 8 % enregistré l’année précédente. La stratégie haut de gamme assumée par Stellantis a contribué à repousser la classe moyenne vers une offre concurrente plus accessible, aggravant le recul des volumes.[4]
L’oukase européen sur le tout-électrique à l’horizon 2035 ajoute une contrainte supplémentaire à une filière déjà sous pression. Le Sénat avait adopté en octobre 2025 dix-huit mesures pour tenter d’enrayer la chute, visant notamment à adapter la réglementation européenne aux réalités du marché, à sécuriser la chaîne d’approvisionnement en matériaux critiques et à consolider une politique de préférence européenne mise à mal par les constructeurs chinois.
Le scénario 2035 : une baisse continue de l’emploi régional anticipée
Les projections ne sont pas rassurantes pour la Bourgogne-Franche-Comté. Le scénario 2035 prévoit une baisse continue de l’emploi, avec cette région et le Grand Est identifiées comme les plus exposées. Deux territoires dont l’industrie reste majoritairement organisée autour de composants thermiques (boîtes de vitesses, moteurs, systèmes d’injection) dont la demande décline mécaniquement à mesure que le marché se déplace.
Réorienter ces sites vers la chaîne de valeur électrique suppose des investissements lourds en reconversion des équipements et des compétences, un calendrier serré, et une volonté des constructeurs d’ancrer une partie de leur production française en dehors des zones déjà fléchées vers la batterie. Les annonces récentes ne vont pas dans ce sens.
Emploi automobile en Bourgogne-Franche-Comté : les chiffres clés
- La Bourgogne-Franche-Comté est la région française la plus dépendante de l'automobile en part relative : 2,9 % de son emploi salarié total.
- 56 000 postes nets supprimés dans l'automobile française entre 2009 et 2025, record toutes industries confondues.
- Stellantis a perdu 28 450 emplois en France sur quinze ans, Renault 11 350.
- La filière batterie, seul moteur de créations d'emplois, a basculé dans le rouge en 2025 avec -260 postes prévus.
- La production automobile française a été divisée par deux depuis 2007, de 3 millions à 1,5 million de véhicules en 2025.
- Les Hauts-de-France ont gagné 8 100 emplois grâce à la Battery Valley, quand la Bourgogne-Franche-Comté en perdait 5 300.
Sources
4 sources · 5 faits sourcés
