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La France construira ses futurs chasseurs de mines sur un design déjà en service en Belgique

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Le M941 Tournai, troisième navire du programme rMCM et deuxième destiné à la Marine belge, est arrivé à Zeebruges le 22 septembre 2026, avant un transfert officiel de propriété à l’État belge le 25 septembre. Il succède à l’Oostende et au Vlissingen néerlandais.

Pour la France, l’événement n’est pas qu’une livraison export. Les futurs chasseurs de mines français du programme SLAM-F doivent reprendre le design de ces bâtiments, construits en Bretagne pour deux marines voisines.

Un troisième navire livré, deux marines servies

Le programme rMCM est d’abord une coopération belgo-néerlandaise. Attribué en 2019 au consortium Belgium Naval & Robotics, formé par Naval Group et Exail, il porte sur douze bâtiments de la classe City, six pour la Belgique et six pour les Pays-Bas, accompagnés de leurs systèmes autonomes.

Trois unités ont donc été livrées sur douze. La montée en cadence se mesurera dans les prochaines années, mais la séquence Oostende, Vlissingen, Tournai montre une alternance entre les deux marines clientes plutôt qu’une livraison par lots nationaux. Ce séquencement oblige le chantier à tenir deux configurations en parallèle, puisque chaque marine conserve ses propres choix d’équipement.

Le principe du « stand-off » : éloigner l’équipage de la mine

Le changement opérationnel tient en une phrase : le bâtiment-mère reste à distance. Navires de surface sans équipage, drones sous-marins et plateformes aériennes composent une « toolbox » capable de détecter, classifier, identifier et neutraliser les mines pendant que le navire et son équipage attendent hors de la zone dangereuse.

C’est l’inverse de la pratique historique, où le chasseur de mines entrait lui-même dans le champ pour travailler au sonar et envoyer des plongeurs. Le gain de sécurité se paie en complexité : il faut désormais faire fonctionner ensemble une flottille de robots, leurs liaisons et leur chaîne de traitement. Un bâtiment de ce type ne vaut que par la fiabilité de ses vecteurs déportés et par la qualité du lien qui les relie à la passerelle.

Le chasseur de mines français Eridan à quai
L’Eridan, chasseur de mines français de la classe Tripartite, à quai. Sur ces bâtiments, l’équipage travaille au sonar depuis le navire lui-même, à l’intérieur de la zone dangereuse. — Photo : Gareth James / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Ce que la France doit reprendre pour SLAM-F

Au cadre belgo-néerlandais s’ajoute un volet franco-belgo-néerlandais. Après un accord formalisé à Euronaval en 2022, un mémorandum d’entente a été signé en 2023 pour rapprocher les futurs moyens de guerre des mines des trois marines.

La France doit s’appuyer sur le design des rMCM pour ses futurs bâtiments du programme SLAM-F, avec des adaptations propres à ses besoins. L’objectif affiché est de maximiser les communautés de conception, l’interopérabilité et les possibilités de soutien conjoint. Concrètement, la Marine nationale achètera une plateforme déjà éprouvée chez ses voisins plutôt qu’un navire dessiné pour elle seule.

Qui fait quoi dans le consortium

La répartition industrielle est documentée. Naval Group assure la conception des navires, l’intégration d’ensemble, les essais et la mise en service du système de mission. Kership, coentreprise de Naval Group et de Piriou, pilote la réalisation des bâtiments, assemblés en Bretagne.

Exail fournit le système de mission dronisé, au cœur du concept opérationnel, avec une implantation industrielle en Belgique pour la production et le maintien en condition d’une partie des drones. Cette localisation n’est pas un détail : elle fait partie des contreparties qui accompagnent ce type de contrat.

Une mine navale sphérique exposée en musée
Une mine navale exposée en musée, du type de celles qui dorment encore au fond de la mer du Nord. Le 17 septembre 2026, une mine de 1914-1918 contenant environ 150 kilogrammes d’explosif a été neutralisée. — Photo : Ciacho5 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Une menace ancienne qui n’a pas disparu

La mine navale peut entraver l’accès à un port, perturber une route commerciale ou menacer des infrastructures maritimes et sous-marines critiques. En mer du Nord, le risque n’a rien de prospectif.

Des munitions héritées des deux guerres mondiales continuent d’être découvertes et neutralisées. Le 17 septembre 2026 encore, une mine de la Première Guerre mondiale contenant environ 150 kilogrammes d’explosif a été neutralisée. Moderniser la guerre des mines consiste donc à traiter simultanément un héritage et une menace actuelle.

Ce que le programme dit des coopérations européennes

Le montage illustre une mécanique devenue courante : une architecture et une intégration françaises, un assemblage breton, une implantation industrielle chez le client, et un design réutilisé par une troisième marine. La filière navale française y vend un système complet associant architecture, robotique, capteurs, logiciels et intégration de mission.

Reste la question du calendrier côté français. Ni la date de commande des bâtiments SLAM-F, ni le nombre d’unités, ni l’ampleur des adaptations au design belgo-néerlandais ne sont publics à ce stade. Le Tournai démontre que la plateforme existe et navigue ; il ne dit pas quand la Marine nationale en disposera.

Source

  • GICAN, Le M941 Tournai à Zeebruges : une nouvelle étape pour la guerre des mines européenne, 22 septembre 2026

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