Latécoère rejoint Hynaero pour concevoir le Frégate F-100, bombardier d’eau amphibie made in France. Livraisons annoncées pour l’été 2032.
L’équipementier aéronautique français Latécoère s’associe à Hynaero pour développer le Frégate F-100, un bombardier d’eau amphibie de nouvelle génération destiné à moderniser les moyens de lutte anti-incendie. Annoncé le 30 juillet, ce partenariat porte sur la phase de conception initiale de l’appareil : Latécoère interviendra comme bureau d’études pour concevoir l’architecture du harnais électrique et accompagner la certification auprès de l’EASA et de la FAA, les autorités de régulation européenne et américaine.
Le Frégate F-100 doit être capable d’écoper et de larguer 10 000 litres d’eau, une capacité qui le positionne comme une version modernisée des Canadair CL-415 utilisés par la Sécurité civile française. Le projet en est aux prémices : Hynaero prévoit le recrutement de près de 140 ingénieurs d’ici fin 2027 pour conduire la conception initiale, puis les phases préliminaire et détaillée avant une revue critique de design à l’automne 2029. Les premières livraisons de ce programme à 1 milliard d’euros sont attendues pour l’été 2032.
Un réseau de bureaux d’études mobilisé en amont de la production
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Le partenariat avec Latécoère n’est pas industriel au sens strict : il se situe très en amont de la phase de production. André-Hubert Roussel, directeur général de Latécoère, précise l’ambition : « En mettant notre expertise dans les domaines des aérostructures et des systèmes d’interconnexion au service de la phase de conception préliminaire, nous entendons contribuer à l’émergence d’une nouvelle capacité aéronautique européenne, alliant innovation technologique, excellence industrielle et souveraineté stratégique »[2]. L’équipementier s’ajoute à une liste déjà fournie de partenaires : Akkodis, R&R Consulting, Zelin, Capgemini, Airbus et Altitude Aerospace.
Hynaero a levé 117 millions d’euros en mars 2026, avec le soutien de Bpifrance et de la région Sud. Le calendrier prévoit une validation du concept achevée en 2024, le développement de la conception initiale bouclé pour l’été 2026, puis une montée en puissance progressive jusqu’à la commercialisation. La start-up estime que le programme créera plus de 2 500 emplois, répartis entre le site d’assemblage final d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, et l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
| Étape | Échéance |
|---|---|
| Validation du concept | 2024 (achevée) |
| Recrutement de 140 ingénieurs | Fin 2027 |
| Revue critique de design | Automne 2029 |
| Premier vol | Début 2031 |
| Premières livraisons | Été 2032 |
Source : L’Usine NouvelleHynaero
Au-delà d’Istres, Hynaero négocie pour confier la réalisation de certains sous-ensembles à un site espagnol d’Airbus Defence and Space, déjà partenaire du projet[1]. La société vise des pré-commandes dès 2027 et a reçu une lettre d’intérêt de la Sécurité civile française ainsi que de deux sociétés privées, l’une australienne, l’autre chypriote.
Une course engagée pour remplacer une flotte vieillissante

Hynaero n’est pas seul sur le marché français des bombardiers d’eau de nouvelle génération. Kepplair Évolution travaille sur une conversion d’ATR 72 en bombardier d’eau ou de retardant, avec un kit à charger au sol. L’entreprise a reçu son appareil cet été et doit débuter les essais de largage fin 2026 ou début 2027, pour une commercialisation dès 2027. Positive Aviation, installée à Blagnac près de Toulouse, développe elle aussi deux versions basées sur l’ATR 72 : l’une à recharger en retardant au sol, l’autre sur flotteurs, capable d’écoper l’eau directement. Les premières certifications de Positive Aviation sont attendues en 2028[5].
La flotte française de bombardiers d’eau vieillit. L’âge moyen des Canadair dépasse 30 ans, et la production des nouveaux DHC-515 à Calgary, interrompue pendant une décennie, ne reprendra qu’à partir de 2028[5]. Les appareils actuels, Canadair CL-415 et Dash 8, constituent l’essentiel des moyens aériens mobilisés par la Sécurité civile pour combattre les incendies. Emmanuel Macron évoquait, le 28 juillet, « 67 aéronefs » déployés en France, « un record historique »[4]dans un contexte de feux de forêt dévastateurs en Gironde.
Pourquoi la France multiplie les projets de bombardiers d'eau
Caractéristiques techniques et stratégie commerciale du F-100
Le Frégate F-100 affiche une capacité de 10 tonnes d’eau, une vitesse de croisière de 250 nœuds et plus de quatre heures d’autonomie. Il offre plus de trois heures d’autonomie de lutte anti-incendie à 250 km de sa base, et un rayon de convoyage allant jusqu’à 2 500 km[3]. Ces performances visent à assurer une intervention précoce dès le déclenchement d’un incendie, tout en autorisant des déploiements lointains sans escale.
La start-up mise sur un positionnement européen et international. Elle cible aussi bien les opérateurs publics de sécurité civile que des sociétés privées de lutte anti-incendie. Le projet mobilise un réseau de partenaires industriels et logistiques en France, dans une logique de réindustrialisation et de souveraineté stratégique. Positive Aviation, de son côté, affirme avoir déjà vendu dix exemplaires de son bombardier d’eau à une société de leasing américaine, et vise une production de douze avions par an à partir de 2030[5].
La multiplication des projets français traduit une volonté de reconquête d’un segment jusqu’ici dominé par le Canada. Chacun des trois programmes adopte une approche différente : Hynaero se lance dans la conception d’un avion entièrement neuf, tandis que Kepplair et Positive Aviation convertissent des ATR 72 existants. Les calendriers s’échelonnent entre 2027 et 2032, offrant à la France une perspective de renouvellement progressif de sa flotte de lutte anti-incendie, à condition que les levées de fonds et les certifications suivent le rythme annoncé.
Frégate F-100 : calendrier et chiffres du bombardier d'eau français
- Latécoère apporte son expertise en aérostructures et systèmes d'interconnexion pour le Frégate F-100
- 140 ingénieurs à recruter d'ici fin 2027 pour la phase de conception initiale
- Livraisons prévues pour l'été 2032, premier vol début 2031
- Hynaero a levé 117 millions d'euros en mars 2026 (Bpifrance, région Sud)
- Deux concurrents français : Kepplair (commercialisation 2027) et Positive Aviation (certification 2028)
- La Sécurité civile française a adressé une lettre d'intérêt à Hynaero
Sources
5 sources · 7 faits vérifiés

