La NASA s’inquiète d’une future concurrence avec la Chine pour certaines zones du pôle Sud de la Lune. Mais Pékin ne dispose aujourd’hui d’aucun droit reconnu lui permettant de s’approprier une partie du sol lunaire ou d’en interdire souverainement l’accès aux autres États.
Le débat a été relancé le 24 septembre 2026 par Jared Isaacman, administrateur de la NASA. Il redoute que des missions chinoises installées dans les secteurs les plus recherchés du pôle Sud puissent, en pratique, compliquer l’accès d’autres acteurs. Cette inquiétude intervient alors que la mission robotique chinoise Chang’e 7, initialement prévue en 2026, a été reportée après que les autorités chinoises ont annoncé en août que les conditions nécessaires à son lancement n’étaient plus réunies dans la fenêtre prévue.
- La NASA craint que la présence chinoise au pôle Sud lunaire complique l'accès d'autres États aux zones stratégiques.
- Le cratère Shackleton concentre de la glace d'eau exploitable pour l'eau, l'oxygène et les ergols futurs.
- Le Traité de l'espace interdit l'appropriation lunaire, mais exige coordination entre les États pour éviter les interférences.
Pourquoi le pôle Sud de la Lune est autant convoité
La compétition ne porte pas sur l’ensemble de la Lune. Certaines zones proches du pôle Sud réunissent des caractéristiques intéressantes pour de futures missions de longue durée. Le cratère Shackleton présenté par la NASA en est un exemple : certaines parties de son rebord bénéficient d’un ensoleillement très prolongé, tandis que son intérieur reste plongé dans une ombre permanente.
Ces régions extrêmement froides sont susceptibles de conserver de la glace d’eau et d’autres composés volatils. Cette glace présente un double intérêt : elle constitue un objet d’étude scientifique et pourrait, à terme, servir de ressource pour une présence humaine durable. L’eau pourrait notamment contribuer à fournir de l’eau potable, de l’oxygène ou des composants destinés à produire des ergols.
La NASA vise elle-même ces secteurs. Son calendrier officiel prévoit actuellement une mission du Blue Moon Mark 1 de Blue Origin vers le pôle Sud lunaire en janvier 2027. L’atterrisseur doit rejoindre la Shackleton Connecting Ridge avec deux charges utiles scientifiques de la NASA. L’agence prévoit ensuite la mission habitée Artemis IV, dont le lancement est ciblé au début de 2028 et qui doit conduire deux astronautes à la surface près du pôle Sud.
L'eau pourrait notamment contribuer à fournir de l'eau potable, de l'oxygène ou des composants destinés à produire des ergols.
La mission chinoise Chang’e 7 a été reportée

Chang’e 7 poursuit elle aussi des objectifs scientifiques au pôle Sud. La mission doit associer un orbiteur, un atterrisseur, un rover et un engin capable d’effectuer des déplacements par bonds. Les autorités chinoises ont notamment annoncé des recherches sur l’environnement lunaire, l’eau, la glace et les éléments volatils.
Le calendrier a toutefois changé. Le 23 août 2026, le programme spatial habité chinois a officiellement indiqué que Chang’e 7 ne remplissait plus les conditions nécessaires pour être lancée pendant la fenêtre prévue cette année. Un organisme scientifique thaïlandais participant à la mission a ensuite annoncé son report à 2027. Il ne faut donc plus présenter un lancement en 2026 comme le calendrier actuel.
La Chine peut-elle réellement interdire une zone de la Lune ?
Sur le plan juridique, la déclaration de Jared Isaacman ne signifie pas que la Chine pourrait légalement transformer le cratère Shackleton ou une autre région lunaire en territoire national. Le Traité de l’espace publié par le Bureau des affaires spatiales de l’ONU prévoit que l’espace, la Lune et les autres corps célestes sont libres d’exploration et d’utilisation par les États, avec un libre accès à leurs différentes régions. Son article II interdit également leur appropriation nationale par revendication de souveraineté, occupation ou tout autre moyen.
Le traité impose parallèlement aux États de tenir compte des activités des autres et prévoit des consultations lorsqu’une activité risque de provoquer des interférences potentiellement nuisibles. La question est donc plus complexe qu’un simple principe de « premier arrivé, premier propriétaire » : une installation ne crée pas un territoire souverain, mais la présence d’équipements, d’atterrisseurs ou d’astronautes peut nécessiter une coordination pour éviter les interférences et les risques.
La France est directement concernée par les règles d’exploration

La France a signé les accords Artemis le 7 juin 2022. Ces principes complètent le cadre du Traité de l’espace pour les pays signataires et prévoient notamment des mécanismes de coordination destinés à éviter les interférences nuisibles entre activités spatiales. Ils évoquent des « zones de sécurité », qui ne constituent pas des revendications de souveraineté.
Pour le public français, l’enjeu est donc moins celui d’un partage déjà décidé de la Lune que celui des règles qui encadreront une présence durable autour de ses ressources. À ce stade, l’hypothèse selon laquelle la Chine pourrait empêcher l’accès à certaines zones constitue une inquiétude exprimée par le dirigeant de la NASA, et non un fait établi. Le droit spatial international continue d’interdire l’appropriation nationale du territoire lunaire.
Questions fréquentes
Pourquoi le pôle Sud lunaire est-il plus convoité que d'autres régions de la Lune ?
Certaines zones du pôle Sud réunissent des caractéristiques exceptionnelles : certains rebords bénéficient d’un ensoleillement prolongé tandis que les régions ombreuses conservent de la glace d’eau et des composés volatils. Cette glace présente un double intérêt scientifique et comme ressource pour une présence humaine durable.
Quel est l'impact juridique réel d'une mission chinoise installée au pôle Sud ?
Le Traité de l’espace interdit l’appropriation nationale, et aucune installation ne crée un territoire souverain. Cependant, la présence d’équipements ou d’astronautes nécessite une coordination pour éviter les interférences nuisibles, ce qui peut compliquer l’accès pratique d’autres acteurs.
Quand la Chine prévoit-elle de lancer Chang'e 7 après son report ?
Chang’e 7 a été officiellement reportée du calendrier 2026 après l’annonce chinoise d’août 2026. Un organisme scientifique thaïlandais participant à la mission a annoncé un report à 2027.

