On connaît les chiffres, on connaît le nom. Mais combien ont vraiment vu Maripasoula autrement que par ses difficultés d’accès ou ses tensions logistiques ? La commune la plus vaste de France, 18 360 km² coincés entre le fleuve Maroni et la forêt de l’Ouest guyanais, sort cet été sa carte touristique. Pas celle d’une destination de masse, celle d’un territoire qu’on découvre en pirogue, en VTT ou à pied, accompagné d’un guide, avec du temps et un peu d’endurance.
France Télévisions Guyane consacre cet été une série aux communes du territoire. Premier épisode : Maripasoula. L’angle choisi n’est pas celui du manque, mais celui de ce qui existe, de ce qu’on peut y vivre concrètement. Et la liste est longue.
Le fleuve Lawa, colonne vertébrale du quotidien
À Maripasoula, la pirogue n’est pas une attraction : c’est le moyen de transport. Les excursions en canoë-kayak rythment le quotidien des riverains. Depuis le bourg, on remonte le fleuve Lawa, affluent du Maroni, jusqu’aux cascades de Gobaya Soula. Deux boucles de sentiers balisés permettent d’accéder au site : un point de baignade alimenté par une crique, entouré de chutes d’eau.
Pour les sportifs, le sentier de la boucle Sophie propose un parcours de 12 km au départ du bourg, praticable en VTT. La boucle Sables Blancs, elle, s’étire sur près de 15 km, au départ de la piste menant à Papaïchton, commune voisine accessible par la route forestière.
Dix jours de marche jusqu’au sommet du Talwakem
Les randonnées courtes ne suffisent pas ? Le mont Talwakem attend les plus endurants. Près de dix jours dans la forêt, accompagnés obligatoirement d’un guide, plusieurs heures d’ascension : au sommet du relief, un point de vue surplombe la canopée, horizon végétal à perte de vue.
Maripasoula, ce n’est pas qu’un bourg. C’est aussi huit villages rattachés : Nouveau Wacapou, Aloïké, Elahe, Taluen, Antecume Pata, Pidima, Alawataimë et Kayode. Un territoire où cohabitent différentes populations amérindiennes et businenge, trace visible de la diversité culturelle guyanaise.
Un territoire confronté à sa propre croissance
Derrière la carte postale, les réalités d’une commune qui a vu sa population exploser. Entre 1990 et 2013, elle est passée de 1 742 habitants à 10 568, soit un taux de croissance annuel moyen de 16 % entre 2006 et 2011[5]. Une démographie galopante qui génère des besoins colossaux en équipements : adduction d’eau, écoles, infrastructures sanitaires.
Maripasoula reste totalement enclavée. Située à 190 km à vol d’oiseau de Cayenne, elle n’est accessible que par avion, via des vols réguliers, ou par le fleuve : trois à cinq jours de pirogue depuis Saint-Laurent-du-Maroni. Cette dépendance aérienne a déjà paralysé la commune par le passé, notamment en novembre 2022, lorsque Air Guyane avait suspendu ses liaisons après un incident à l’atterrissage. Des semaines de blocage avaient suivi en octobre de la même année, les habitants réclamant davantage de rotations.
Une doléance acceptée par la compagnie, mais qui illustre le paradoxe d’un territoire immense, riche en ressources naturelles et en paysages, mais fragilisé par son isolement. Maripasoula incarne ce que la Guyane a de plus spectaculaire et de plus complexe à la fois : une terre qui s’ouvre, mais qui demande à ceux qui la visitent de savoir accepter ses contraintes.
Sources
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