Un porte-avions de 100 000 tonnes qui prend la mer pour ses ultimes essais, c’est le genre d’événement qui rappelle où en est la compétition entre marines de premier rang. Le 12 août 2026, l’USS John F. Kennedy, deuxième bâtiment de la classe Gerald R. Ford, a quitté les chantiers de Newport News Shipbuilding pour ses essais d’acceptation. Cette phase est la dernière grande évaluation avant sa remise à l’US Navy, aujourd’hui projetée pour mars 2027.
Pour la France, qui prépare son porte-avions de nouvelle génération pour le milieu des années 2030, chaque étape franchie par la marine américaine sert de point de comparaison. Les États-Unis alignent une flotte de porte-avions à propulsion nucléaire sans équivalent, et la classe Ford est la première nouvelle génération américaine depuis plus de quarante ans.
Le calendrier de ce navire raconte à lui seul la durée de ces programmes. La construction du Kennedy a débuté en février 2011, la quille a été posée en août 2015, le bâtiment a été baptisé et mis à l’eau en octobre 2019. Il aura donc fallu quinze ans entre le premier coup de scie et la livraison espérée.
Une semaine d’essais avant le verdict du Board of Inspection and Survey
Les essais d’acceptation soumettent l’ensemble des systèmes et composants du navire à une évaluation en mer, selon Newport News Shipbuilding, division de HII[1]. Propulsion, armement, systèmes de conduite : tout passe au banc. C’est le Board of Inspection and Survey de l’US Navy qui appréciera les résultats et décidera si le bâtiment répond aux spécifications contractuelles avant livraison[4].
Ces essais font suite aux essais constructeur, achevés en février 2026 au large de la Virginie. Cette première sortie en mer, la toute première du Kennedy, avait duré environ une semaine et mobilisé les personnels du chantier, l’équipage et des équipes de la Navy pour tester les systèmes clés[3]. Sur son réseau social professionnel, Newport News Shipbuilding a salué à cette occasion l’engagement de ses ouvriers, de ses fournisseurs, de l’équipage et des équipes de l’US Navy, leur souhaitant une sortie en mer sûre et réussie[1].
Un géant de 100 000 tonnes et 23 systèmes nouveaux ou modernisés
Le Kennedy mesure 333 mètres de long, pour un maître-bau de 40,8 mètres et un pont d’envol large de 78 mètres. Il déplace environ 100 000 tonnes. Ces dimensions dépassent celles des porte-avions de la classe Nimitz qu’il vient remplacer, mais le paradoxe est industriel : malgré leur taille supérieure, les Ford embarquent de 500 à 900 marins de moins grâce à l’automatisation.
La classe intègre 23 systèmes nouveaux ou modernisés par rapport aux Nimitz, notamment sur la propulsion, la production d’énergie et les catapultes. Chaque bâtiment peut mettre en œuvre jusqu’à 90 aéronefs, du F-35 au Super Hornet F/A-18E/F, en passant par l’E-2D Advanced Hawkeye, le Growler EA-18G, les hélicoptères MH-60R/S et divers drones. Pour l’autodéfense, ces porte-avions peuvent recevoir le système Sea Sparrow évolué de Raytheon, contre les menaces antinavires rapides et manœuvrantes.
Une classe qui doit compter six unités
Le Kennedy s’inscrit dans une série qui a commencé avec l’USS Gerald R. Ford (CVN 78), livré à l’US Navy en mai 2017 et admis au service deux mois plus tard. Suivent, en construction ou planifiés, l’Enterprise (CVN 80), le Doris Miller (CVN 81), le William J. Clinton (CVN 82) et le George W. Bush (CVN 83).
| Caractéristique | USS John F. Kennedy (CVN 79) |
|---|---|
| Longueur | 333 mètres |
| Maître-bau | 40,8 mètres |
| Largeur du pont d’envol | 78 mètres |
| Déplacement | environ 100 000 tonnes |
| Aéronefs embarqués | jusqu’à 90 |
| Systèmes nouveaux ou modernisés | 23 |
| Livraison projetée | mars 2027 |
Source : Naval Technology
Ces chiffres américains dessinent en creux le défi français. La France entretient un seul porte-avions, le Charles de Gaulle, quand les États-Unis en construisent une classe entière. Le porte-avions de nouvelle génération, plus lourd que son prédécesseur, devra maintenir dans la durée une capacité de projection que peu de nations savent encore concevoir et produire. Regarder le Kennedy prendre la mer, c’est aussi mesurer l’effort qu’il faudra tenir pour que la France reste dans ce club très fermé.
Sources
3 sources · 4 faits vérifiés

