Thales a été sélectionné par l’Autorité de l’aviation civile de Singapour pour moderniser entièrement sa gestion du trafic aérien, avec déploiement d’ici 2030 d’un système intégrant pour la première fois l’intelligence artificielle dans le contrôle aérien.
L’annonce est tombée jeudi 30 juillet. Le groupe français remporte l’un de ses plus gros contrats dans le domaine de la gestion du trafic aérien : plusieurs centaines de millions d’euros, selon une porte-parole. Pas de montant précis communiqué, mais l’ordre de grandeur témoigne du poids stratégique de ce déploiement pour Singapour, qui anticipe un triplement du trafic dans les 25 prochaines années, principalement tiré par la région Asie-Pacifique.
Le nom du système retenu : ATMS NexGen, la solution la plus avancée du groupe en matière de gestion du trafic aérien. Youzec Kurp, vice-président des solutions de mobilité aérienne chez Thales, l’a présenté lors d’une conférence de presse. « Ce système permettra au hub de Singapour de faire face à la croissance attendue du trafic aérien, qui devrait tripler dans les 25 prochaines années, principalement dans la région Asie-Pacifique. »
Un million de mouvements d’avions par an, 4 000 appareils suivis simultanément
Les chiffres donnent la mesure de la capacité. ATMS NexGen pourra gérer un million de mouvements d’avions par an et suivre simultanément jusqu’à 4 000 appareils, doublant ainsi le trafic actuel. Le terminal 5 de l’aéroport de Changi, dont la mise en service est prévue en 2030, doit doubler la capacité passagers à 140 millions par an[1]. Pour faire circuler autant d’avions, il faut automatiser les tâches et fournir aux contrôleurs aériens des outils d’aide à la décision en temps réel ainsi que des flux de travail rationalisés.
L’équipement intègre aussi les dernières technologies en matière de cybersécurité, un aspect clé au vu des attaques régulières qui visent le transport aérien. Si ATMS NexGen a déjà été mis en œuvre dans plusieurs aéroports, l’ajout d’un outil basé sur l’intelligence artificielle constitue, cette fois, une première mondiale.
TopSky-Sequencer : l’IA pour optimiser les arrivées et départs

L’outil en question se nomme TopSky-Sequencer. Il optimise les flux d’arrivée et de départ des avions. « Il aide les contrôleurs à mieux planifier les atterrissages », a précisé Youzec Kurp. Les bénéfices attendus : une maximisation de l’usage de l’espace aérien, une réduction des délais pour les passagers et une diminution des circuits d’attente, ce qui réduit les coûts tout en abaissant également les émissions de CO₂, de l’ordre de 10 %.
Cet usage de l’IA au cœur d’une activité aussi sensible que le contrôle aérien constitue une petite révolution, qui n’est sans doute pas prête à être acceptée par toutes les autorités de régulation. En France, le projet Sinaps, développé par le centre français de recherche aérospatiale (Onera), a bien consisté à injecter de l’IA dans le monde de l’aérien dès 2025. Mais au niveau des cinq centres régionaux chargés du trafic aérien en route, afin de faciliter entre eux la répartition des tâches, non pas pour les besoins des tours de contrôle dédiées au décollage et à l’atterrissage des avions.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Mouvements d’avions gérés par an | 1 million |
| Appareils suivis simultanément | 4 000 |
| Capacité passagers du terminal 5 de Changi (2030) | 140 millions/an |
| Réduction des émissions de CO₂ attendue | 10 % |
Source : La Tribune
Pourquoi l'IA dans le contrôle aérien change la donne
Un marché asiatique en expansion rapide
Airbus anticipe une croissance annuelle du trafic aérien de 3,9 % pour les 20 prochaines années, en bonne partie tirée par le marché asiatique avec une demande pour cette région (hors Chine) de 6 880 nouveaux avions, soit 16 % des besoins mondiaux. Singapour, premier hub asiatique de maintenance et de services aéronautiques, se positionne en tête de cette dynamique. La ville-État parie sur l’innovation pour absorber la croissance sans grever la sécurité ni la fluidité.
Thales peut ainsi mettre en application une technologie de pointe à Singapour, l’un des principaux pôles mondiaux de l’innovation aéronautique. Le contrat prévoit également un transfert de connaissances : des officiers de la CAAS rejoindront le bureau de projet en France, tandis que des projets de localisation seront conduits à Singapour.
Le contrôle aérien, une activité majeure pour Thales

Le contrôle aérien représente un segment clé pour le groupe français. Thales équipe aujourd’hui plus de 70 centres de contrôle aérien dans le monde et revendique la gestion de plus de 50 000 vols de drones à l’échelle mondiale grâce à sa solution TopSky-AstraUTM. En mai dernier, le groupe avait déjà remporté un contrat auprès de la CAAS pour développer la plateforme nationale de gestion du trafic de drones à Singapour[2]. La convergence entre la gestion des vols habités et des drones s’accélère : les deux systèmes devront partager le même espace aérien de manière fluide et sécurisée.
Une première mondiale qui repositionne Singapour
Avec ce déploiement, Changi devient le seul aéroport international à adopter un système de gestion du trafic aérien dopé à l’IA. La capacité d’accueil passera de 70 millions de passagers en 2025 à 170 millions en 2030, selon les projections. Face au constat d’un trafic en pleine expansion, Singapour a décidé de prendre les devants en lançant la construction du nouveau terminal 5 à Changi et en modernisant en parallèle son infrastructure de gestion du trafic aérien.
La France, quant à elle, n’a pas encore franchi ce cap. Le projet Sinaps, bien qu’innovant, ne déploie l’IA qu’en amont du contrôle terminal. L’écart entre les deux approches reflète aussi une différence de maturité réglementaire : certaines autorités de l’aviation civile sont prêtes à franchir le pas, d’autres restent prudentes. Le succès ou l’échec du déploiement singapourien sera scruté de près par l’ensemble de l’industrie. Si les performances sont au rendez-vous, d’autres hubs pourraient suivre rapidement. Si des incidents surviennent, la diffusion de l’IA dans le contrôle aérien pourrait au contraire se heurter à des freins réglementaires renforcés.
Thales à Singapour : les capacités du système ATMS NexGen
- Thales remporte un contrat de plusieurs centaines de millions d'euros à Singapour pour moderniser la gestion du trafic aérien d'ici 2030
- Le système ATMS NexGen intègre pour la première fois l'IA dans le contrôle aérien, via l'outil TopSky-Sequencer
- Il gérera 1 million de mouvements d'avions par an et suivra 4 000 appareils simultanément, doublant le trafic actuel
- La solution vise à réduire de 10 % les émissions de CO₂ en optimisant les arrivées et départs
- Le terminal 5 de Changi, en service en 2030, portera la capacité passagers à 140 millions par an
- Airbus prévoit une croissance de 3,9 % par an du trafic aérien sur 20 ans, tirée par l'Asie-Pacifique
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

