Les États-Unis extraient des terres rares sur leur territoire, mais cela ne suffit pas à sécuriser leur approvisionnement. Le point décisif est ailleurs : la Chine assurait environ 91 % de leur séparation et de leur raffinage dans le monde en 2024. Cette concentration donne à Pékin un moyen de pression sur des industries qui vont de l’automobile à la défense.
- La Chine raffine 91 % des terres rares mondiales, donnant à Pékin un contrôle stratégique sur les industries.
- Extraire du minerai ne suffit pas : séparer et raffiner les terres rares demande des installations complexes et du personnel qualifié.
- Les États-Unis importaient plus des deux tiers de leurs terres rares en 2025, malgré la réouverture de la mine de Mountain Pass.
Pourquoi posséder une mine ne suffit pas
Les terres rares servent notamment à fabriquer des aimants performants, utilisés dans des moteurs électriques et d’autres équipements. Leur nom prête à confusion : le problème n’est pas seulement de trouver ces éléments dans le sous-sol, mais de les séparer du minerai, puis les uns des autres. Ces opérations demandent des installations, du personnel qualifié et une gestion de résidus parfois polluants.
La Chine occupait une place majeure dans l’extraction des terres rares destinées aux aimants en 2024. Sa domination était encore plus nette à l’étape suivante, celle du traitement. Un minerai extrait hors de Chine peut donc rester dépendant de ses capacités industrielles avant de devenir une matière utilisable.
Un minerai extrait hors de Chine peut donc rester dépendant de ses capacités industrielles avant de devenir une matière utilisable.
Comment les États-Unis ont perdu leur avance
La mine de Mountain Pass, en Californie, a longtemps été une référence mondiale. Mais des rejets d’eaux contaminées ont compliqué son exploitation, tandis que les matériaux transformés en Chine étaient proposés à moindre coût. L’installation américaine de séparation a fermé en 1998, puis la mine a cessé son activité en 2002.
L’extraction a repris à Mountain Pass en 2017. Le retard accumulé reste pourtant considérable : les États-Unis importaient encore plus des deux tiers des terres rares qu’ils utilisaient en 2025. Reconstituer une filière demande de relier la mine, le raffinage et la fabrication des aimants, tout en retrouvant les compétences nécessaires à chaque étape.
Des restrictions aux effets déjà visibles
La dépendance industrielle devient un risque concret lorsque les exportations sont soumises à autorisation. Des licences chinoises instaurées en avril 2025 sur certaines terres rares lourdes restent en vigueur. D’autres mesures annoncées plus tard ont été suspendues jusqu’au 10 novembre 2026, sans garantie que cette suspension soit prolongée.
Le constructeur Ford a dû interrompre pendant une semaine la production de son usine de Chicago en mai 2025, faute d’aimants disponibles dans le contexte de ces contrôles. L’exemple montre qu’un composant discret peut suffire à bloquer une chaîne d’assemblage entière.
Ce que cela change pour la France
Cette histoire dépasse le face-à-face entre Washington et Pékin. Les chaînes de fabrication sont internationales : des restrictions sur une étape du traitement peuvent aussi peser sur les fournisseurs d’entreprises européennes. Pour réduire cette vulnérabilité, il faut développer des capacités de transformation et de fabrication, pas uniquement ouvrir de nouvelles mines.
À retenir : lorsqu’il est question d’autonomie en terres rares, vérifiez où le minerai est extrait, mais aussi où il est raffiné et transformé en aimants. C’est dans ces étapes que se joue une grande part de la dépendance.
Questions fréquentes
Pourquoi la fermeture de l'installation américaine de séparation en 1998 a-t-elle été décisive ?
L’installation a fermé car les matériaux transformés en Chine étaient proposés à moindre coût, tandis que la mine de Mountain Pass était compliquée par des rejets d’eaux contaminées. Cette fermeture a marqué le début de la dépendance américaine envers le raffinage chinois.
Quel impact concret les restrictions chinoises sur les terres rares ont-elles eu en 2025 ?
Ford a dû interrompre la production de son usine de Chicago pendant une semaine en mai 2025, faute d’aimants disponibles. Cet exemple montre qu’un composant discret peut bloquer une chaîne d’assemblage entière.
Reconstituer une filière américaine de terres rares implique-t-elle seulement de relancer l'extraction ?
Non. Il faut relier la mine, le raffinage et la fabrication des aimants, tout en retrouvant les compétences nécessaires à chaque étape. La seule extraction ne suffit pas à sécuriser l’approvisionnement.

