Cinquante adultes en situation de handicap mental viennent de perdre leur seul lieu d’accueil de jour dans l’ouest guyanais. L’Agence régionale de santé a décidé de ne pas renouveler l’agrément de la plateforme ABC (Autonomie, Bien-être, Citoyenneté), gérée depuis cinq ans par l’association Ébène à Saint-Laurent-du-Maroni. La structure ferme ses portes.
L’ARS justifie sa décision par des manquements dans le fonctionnement. Dans sa lettre Pro Santé du 17 juillet, l’agence indique que la structure « n’a pas mis en œuvre certains dispositifs prévus au cahier des charges » de cette expérimentation. Elle reconnaît avoir identifié « des fragilités en matière de gouvernance, de pilotage et de gestion des risques » au sein de l’association.
Le calendrier interroge. Cette fermeture intervient quelques semaines après la révélation d’une enquête judiciaire visant plusieurs travailleurs sociaux salariés de l’association, mis en cause pour des faits présumés de viol sur des bénéficiaires de la plateforme. L’ARS précise toutefois que le non-renouvellement n’est pas lié à cette affaire en cours d’instruction.
Aucune structure de remplacement dans l’ouest
La plateforme ABC était le seul foyer d’accueil de jour de ce type dans tout l’ouest guyanais. Sa fermeture laisse cinquante adultes handicapés sans solution d’accompagnement immédiate. Des discussions sont en cours avec la Maison départementale des personnes handicapées pour trouver des alternatives, mais rien n’est encore acté.
Pour les familles de Saint-Laurent-du-Maroni, le choc est double : la perte d’un service quotidien essentiel, et l’absence de visibilité sur ce qui suivra. L’expérimentation, financée pendant cinq ans, s’achève sans que l’État ou l’ARS n’aient anticipé un dispositif pérenne ou de remplacement.
Une fragilité structurelle déjà ancienne
Les difficultés de gouvernance évoquées par l’ARS ne datent pas d’hier. L’association Ébène gérait cette plateforme dans un cadre expérimental, avec des moyens limités et une montée en charge rapide. Le cahier des charges imposait des dispositifs de suivi et de contrôle que la structure n’a visiblement pas pu tenir.
La question dépasse désormais le cas de l’association. Elle touche à la politique de l’accompagnement du handicap en Guyane : comment garantir la continuité des services dans un territoire où l’offre médico-sociale reste très en deçà des besoins, surtout dans l’ouest ?
Les adultes concernés et leurs proches attendent des réponses. La MDPH est aujourd’hui leur seul interlocuteur. Mais entre discussions en cours et décisions concrètes, il y a souvent un fossé que les familles connaissent bien.


