Quobly annonce une série A de 115 millions d’euros pour commercialiser ses ordinateurs quantiques sur silicium et lancer son premier produit dans les six prochains mois.
La startup grenobloise Quobly franchit une étape. Le 3 juin 2026, elle a bouclé un tour de table de série A de 115 millions d’euros pour passer de la validation technologique à la production industrielle de ses ordinateurs quantiques. Le tour est mené par Bpifrance, SEALSQ et STMicroelectronics. Le Fonds européen pour l’innovation (EIC Fund), Blast, ALIAD (fonds de capital-risque d’Air Liquide) et l’investisseur historique Innovacom participent. Les actionnaires historiques (CEA, CNRS, Quantonation, Supernova Invest) restent au capital. Bpifrance mobilise son fonds Deep Tech 2030, géré pour le compte de l’État dans le cadre de France 2030.
Quobly mise sur une technologie différente de celle des mastodontes américains : des qubits sur silicium, fabriqués sur des wafers de 300 mm, selon les procédés standards de l’industrie des semi-conducteurs. L’entreprise vise un premier déploiement commercial sous forme de cloud d’ici la fin de l’année, puis une intégration dans des infrastructures de calcul haute performance (HPC) courant 2027.
Fondée en 2022 à Grenoble, Quobly compte désormais plus de 100 collaborateurs, répartis en France, au Canada et à Singapour. Cette série A finance la R&D, l’industrialisation et l’expansion commerciale internationale[1].
Alloy Pioneer, premier système quantique commercialisable
Alloy Pioneer est le nom du premier ordinateur quantique de Quobly. Il ouvre la gamme Alloy, conçue pour les utilisateurs HPC et les laboratoires de recherche. Le système sera accessible via le cloud dès 2026, avant un déploiement physique dans des centres de calcul en 2027. Quobly conçoit ses machines pour qu’elles s’intègrent sans rupture dans les data centers existants : encombrement réduit, alimentation standard, compatibilité d’exploitation. L’entreprise annonce qu’Alloy Pioneer est dimensionné pour tenir dans trois racks informatiques standards.
Les utilisateurs pourront développer et tester leurs applications via Alloy Forge, l’environnement logiciel de Quobly. Cet environnement reproduit les contraintes réelles du matériel, ce qui permet de préparer les algorithmes avant de les déployer sur la machine physique. Quobly insiste sur l’approche dite de « co-conception système » : matériel, électronique de contrôle et logiciel sont développés ensemble, dès la conception, pour garantir la cohérence de la pile technologique complète[2].
Cette série A succède à une phase d’amorçage de 19 millions d’euros, étalée entre 2023 et 2025. Pendant cette période, Quobly a validé la faisabilité industrielle de ses qubits sur silicium et construit une architecture intégrant composants, contrôle électronique et logiciel. La startup revendique la fabrication de plus de 2,4 millions de qubits chez STMicroelectronics et le dépôt de 65 brevets.
| Phase | Montant | Période |
|---|---|---|
| Amorçage | 19 M€ | 2023-2025 |
| Série A | 115 M€ | Juin 2026 |
Source : Quobly
Qubits sur silicium : parier sur les procédés industriels existants

Quobly ne fabrique pas ses qubits avec des matériaux exotiques ni des procédés expérimentaux. L’entreprise s’appuie sur la technologie FD-SOI (Fully Depleted Silicon On Insulator), utilisée depuis des années dans la microélectronique, et sur des wafers de 300 mm, standard de l’industrie. Cette approche vise trois objectifs : monter en capacité, améliorer le rendement de fabrication et garantir la reproductibilité des composants. Quobly développe des qubits compatibles avec une intégration dense et avec les contraintes industrielles de production de masse.
Pour y parvenir, la startup s’appuie sur un écosystème de partenaires industriels : STMicroelectronics (fabrication des puces), Air Liquide (cryogénie), Soitec (matériaux semi-conducteurs) et Orano (ingénierie avancée). Ces collaborations permettent de transférer les technologies quantiques vers des environnements de production avancés et d’intégrer très tôt les enjeux de contrôle procédé, de gestion des matériaux et d’optimisation des rendements[3].
Maud Vinet, CEO et cofondatrice de Quobly, déclare : « Ce financement marque notre passage de la validation technologique à l’exécution industrielle. Au cours des deux dernières années, nous avons démontré qu’il était possible de développer des qubits sur silicium dans des procédés industriels standards. »
La stratégie de Quobly se distingue de celle des géants du quantique, qui utilisent souvent des qubits supraconducteurs ou des ions piégés. Ces technologies nécessitent des infrastructures complexes, coûteuses et difficiles à répliquer à grande échelle. En misant sur le silicium et les lignes de production existantes, Quobly parie sur une montée en puissance rapide et sur une réduction des coûts de fabrication, amortis par les investissements déjà réalisés dans l’industrie des semi-conducteurs.
Pourquoi Quobly mise tout sur le silicium
Un positionnement européen dans une course mondiale
Le quantique reste un champ de bataille entre les États-Unis, la Chine et l’Europe. IBM, Google et IonQ dominent le marché américain, avec des machines déjà déployées et accessibles via le cloud. La Chine investit massivement dans la recherche publique et privée. L’Europe, elle, mise sur une stratégie de souveraineté technologique, portée par des financements publics comme France 2030 et le Fonds européen pour l’innovation.
Quobly s’inscrit dans cette stratégie. La participation de Bpifrance, de STMicroelectronics et du fonds EIC signale un soutien industriel et étatique fort. La startup revendique un modèle différenciant : intégrer dès la conception les contraintes de fabrication et d’exploitation, plutôt que de développer des prototypes de laboratoire difficilement industrialisables.
Cette levée de fonds intervient alors que plusieurs acteurs européens du quantique lèvent des montants importants pour accélérer leur roadmap commerciale. Quobly promet un premier système accessible fin 2026, ce qui en ferait l’un des premiers ordinateurs quantiques commerciaux produits en France et exploitables dans des environnements industriels.
L’entreprise annonce qu’Alloy Pioneer atteindra des fréquences de fonctionnement de l’ordre de 1 MHz et sera compatible avec les architectures de correction d’erreur quantique (QEC), une brique indispensable pour passer du prototype à la machine utilisable à grande échelle. Reste à savoir si cette promesse tiendra face aux délais serrés et aux défis techniques qui subsistent[4].
Quobly en chiffres : qubits, financement et brevets
- Quobly lève 115 millions d'euros en série A en juin 2026, menée par Bpifrance, STMicroelectronics et SEALSQ
- Premier ordinateur quantique commercial Alloy Pioneer accessible via le cloud fin 2026, puis en HPC en 2027
- Technologie basée sur qubits silicium fabriqués sur wafers 300 mm selon procédés industriels standards (FD-SOI)
- Plus de 2,4 millions de qubits produits chez STMicroelectronics, 65 brevets déposés
- Partenariats stratégiques avec STMicroelectronics, Air Liquide, Soitec et Orano pour l'industrialisation
- 100+ collaborateurs répartis à Grenoble, au Canada et à Singapour
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

