Un contrat de surveillance de batteries n’a rien de spectaculaire. Il en dit pourtant long sur la mécanique industrielle qui soutient la dissuasion américaine. General Dynamics Electric Boat vient de confier à L3Harris Technologies la fourniture de systèmes de suivi des batteries pour les sous-marins des classes Virginia et Columbia de l’US Navy, deux des programmes les plus prioritaires de la marine américaine.
Ces équipements donnent aux équipages une évaluation en temps réel de l’état des batteries, un paramètre décisif pour la disponibilité d’un bâtiment appelé à rester immergé longtemps et loin de tout appui. Sur un sous-marin, la fiabilité de l’énergie embarquée n’est pas une commodité, c’est une condition de survie et de mission.
« Ces systèmes ont un impact direct sur la capacité opérationnelle et la sécurité des équipages », a déclaré Nino DiCosmo, président de la division Maritime, Space & Mission Systems de L3Harris. Il ajoute que ce contrat soutient « deux des plateformes sous-marines les plus prioritaires du service, qui constituent l’épine dorsale de la dissuasion stratégique américaine ».
Une chaîne de fournisseurs verrouillée sur plusieurs générations de bâtiments
L3Harris ne débarque pas sur ce terrain. Ses systèmes de batteries et de communications équipent déjà les sous-marins des classes Ohio et Los Angeles, tout comme les Virginia plus récents[2]. L’entreprise est aussi un fournisseur clé du programme Columbia, le futur porte-missiles balistiques appelé à remplacer la flotte de dissuasion nucléaire actuelle de l’US Navy.
Selon L3Harris, ses systèmes automatisés de surveillance des batteries collectent, traitent, affichent et transmettent les données pour les batteries scellées comme pour les batteries ouvertes, avec un suivi de santé à distance en continu[1]. Ce type de solution s’inscrit dans une architecture plus large de supervision de bord que l’industriel fournit en coopération avec General Dynamics.
Plus tôt cette année, L3Harris avait décroché ce qu’elle présente comme son plus important contrat de production en cadence pleine pour des équipements de communications avec Electric Boat, couvrant 26 lots destinés aux Virginia et aux Columbia. Le contrat annoncé prévoit une production courant jusqu’en 2033, avec des dispositions pour équiper les futurs Columbia et des marines alliées.
Ce qu’un tel contrat rappelle à la France
Cette annonce ne concerne pas nos chantiers. Elle éclaire pourtant une logique que la France connaît bien et qu’elle tient à préserver : la maîtrise nationale de la chaîne qui arme un sous-marin nucléaire. Aux États-Unis, un seul industriel verrouille communications, énergie et supervision de bord sur plusieurs générations de bâtiments, jusqu’aux porteurs de la dissuasion. C’est le prix de la cohérence et de la disponibilité.
Pour Paris, dont la dissuasion océanique repose sur ses propres sous-marins et sur un tissu de maîtres d’œuvre nationaux, la leçon est simple. Ce qui compte, ce ne sont pas seulement les tubes et les coques, mais l’ensemble des sous-systèmes qui décident de la survie d’un équipage sous la mer. Chacun de ces maillons doit rester entre des mains souveraines. Un contrat de batteries américain le rappelle sans le vouloir.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

