Le 17 juillet 2026, les Pays-Bas et Naval Group ont élargi leur accord de coopération industrielle pour le programme Orka, intégrant désormais les torpilles F21 dans un partenariat prévu jusqu’en 2044.
La signature, à La Haye, réunissait le ministère néerlandais des Affaires économiques et du Climat et le groupe naval français. Cet amendement autorise Naval Group à contracter de nouvelles entreprises néerlandaises pour participer à la fabrication des quatre sous-marins de classe Orka et des torpilles lourdes F21 qui les armeront. Un élargissement qui traduit une ambition néerlandaise claire : ancrer localement, sur deux décennies, la capacité d’entretenir et de faire évoluer la flotte sans dépendre d’un fournisseur étranger.
L’accord initial de coopération industrielle (ICA) avait été signé en septembre 2024. Il doit courir vingt ans et dépasse de loin la simple livraison de matériel. Naval Group s’engage à faire travailler de nombreuses entreprises et instituts de recherche néerlandais, en transférant compétences et sous-traitance vers l’industrie locale. Le groupe salue l’expertise néerlandaise en métallurgie, en traitement de surface et en systèmes électroniques. L’objectif néerlandais tient en deux mots : autonomie stratégique.
5,6 milliards pour quatre sous-marins, sous-cotés pour emporter le marché
Le programme Orka est budgété à 5,6 milliards d’euros pour les quatre sous-marins[1]. Naval Group doit livrer les deux premiers bâtiments d’ici une dizaine d’années. Les quatre navires porteront les noms Orka, Zwaardvis, Barracuda et Tijgerhaai. Selon plusieurs sources, le groupe français aurait même sous-coté son offre pour emporter la décision face à une concurrence sérieuse.
Au premier rang de cette concurrence : l’allemand TKMS, pourtant réputé sur le segment des sous-marins conventionnels. Débouté, le constructeur allemand a saisi la justice néerlandaise. Le 24 juillet 2024, le tribunal de La Haye a rejeté son recours, levant le dernier obstacle à la signature du contrat.
Un contrat torpille qui change le périmètre industriel
Le 16 juin 2026, La Haye a signé avec Naval Group le contrat d’acquisition des torpilles lourdes de nouvelle génération F21. L’amendement du 17 juillet prolonge cette logique en intégrant les partenaires néerlandais à cette nouvelle phase du projet Orka, celle de l’armement.
Le plan initial des Pays-Bas consistait à réarmer les futurs Orka avec les torpilles Mk48 déjà en service sur les Walrus, les sous-marins actuels de la marine néerlandaise. La Haye a finalement écarté cette solution américaine, jugeant réalisable un remplacement accéléré de son stock au profit de la torpille française. Cette F21, arme lourde de 533 millimètres à guidage par fibre optique développée par Naval Group, est en service dans la marine française depuis 2019 et a été retenue par le Brésil pour ses sous-marins.
78 coureurs, 7 étapes, un seul vainqueur : le Tour cycliste de La Réunion démarre le 3 août 2026
Pourquoi ce contrat renforce Naval Group face à TKMS
Première marine OTAN conventionnelle à armer un sous-marin de la F21
Avec ce contrat, les Pays-Bas deviennent la première marine de l’OTAN à équiper un sous-marin classique de la F21. Jusqu’à présent, la plupart des flottes conventionnelles de l’Alliance utilisaient des torpilles américaines ou allemandes. Cette percée française dans un segment dominé par les États-Unis et l’Allemagne confirme la montée en puissance de Naval Group sur le marché des sous-marins conventionnels.
La F21 offre une portée supérieure aux torpilles précédentes, une discrétion acoustique renforcée et une capacité de guidage par fibre optique qui permet au sous-marin de rester en liaison avec l’arme pendant toute sa course. Ces caractéristiques répondent aux exigences néerlandaises en matière de lutte anti-sous-marine et de frappe de surface dans les eaux resserrées de la mer du Nord et de la Baltique.
Un transfert de compétences pour ancrer l’industrie locale

L’accord de coopération industrielle ne se limite pas à des commandes. Naval Group s’engage à transférer des compétences vers l’industrie néerlandaise pour que La Haye puisse maintenir et moderniser ses sous-marins pendant toute leur vie opérationnelle, estimée à plusieurs décennies. Ce transfert passe par des contrats de sous-traitance avec des entreprises locales, des formations d’ingénieurs et de techniciens, et la création de capacités de maintenance sur le sol néerlandais.
Cette exigence d’autonomie stratégique figure au cœur de la doctrine de défense néerlandaise depuis le début des années 2020. Les Pays-Bas ne veulent plus dépendre d’un fournisseur étranger pour l’entretien et l’évolution de leurs capacités critiques. L’ICA signé en 2024 et élargi en 2026 répond à cette doctrine en structurant un partenariat industriel de long terme, bien au-delà de la simple livraison de matériel.
Un positionnement français renforcé face à TKMS
La victoire de Naval Group aux Pays-Bas confirme la compétitivité du groupe français face à ses concurrents européens, en particulier l’allemand TKMS. Ce dernier avait proposé un sous-marin dérivé de la classe 212CD, en cours de développement pour l’Allemagne et la Norvège. Naval Group a emporté la décision en proposant un dérivé du Barracuda à propulsion conventionnelle, le Black Sword Barracuda, conçu spécifiquement pour l’export.
Le recours déposé par TKMS auprès du tribunal de La Haye témoigne de l’enjeu stratégique et financier du contrat. La décision du tribunal, rendue en juillet 2024, a validé la procédure de sélection néerlandaise et écarté les griefs du constructeur allemand. Depuis, Naval Group a multiplié les partenariats industriels aux Pays-Bas, notamment avec Van Halteren Technologies et Nevesbu, signés à Rotterdam en novembre 2024.
Ce succès néerlandais s’ajoute à d’autres contrats export récents pour Naval Group : l’Australie a signé en 2024 pour trois sous-marins SSN-AUKUS, le Brésil poursuit la construction de ses Scorpène, et plusieurs pays européens observent de près le modèle de coopération industrielle mis en place avec La Haye. Le groupe français mise sur ce modèle pour se différencier de ses concurrents : non seulement vendre des sous-marins, mais aussi transférer la capacité de les maintenir et de les moderniser localement.
L’amendement du 17 juillet 2026 marque une nouvelle étape dans cette stratégie. En intégrant les torpilles F21 dans l’accord de coopération industrielle, Naval Group et les Pays-Bas élargissent le périmètre du partenariat et renforcent l’autonomie stratégique néerlandaise. Un modèle qui pourrait inspirer d’autres marines européennes à la recherche d’un fournisseur capable de garantir une souveraineté industrielle de long terme.
Orka : les étapes clés du programme néerlandais
- Les Pays-Bas et Naval Group ont élargi leur accord industriel le 17 juillet 2026 pour intégrer les torpilles F21 au programme Orka
- Le contrat porte sur quatre sous-marins de classe Orka pour 5,6 milliards d'euros, livrables d'ici dix ans
- Les Pays-Bas deviennent la première marine OTAN conventionnelle à armer un sous-marin de la F21
- L'accord de coopération industrielle court jusqu'en 2044 et vise à ancrer localement la capacité de maintenance
- Naval Group a écarté TKMS après un recours rejeté par le tribunal de La Haye en juillet 2024
Sources
1 source · 1 fait vérifié

