Des scientifiques japonais viennent d’isoler la structure protéique qui enclenche l’accumulation toxique dans le cerveau des patients atteints d’Alzheimer, deux décennies avant tout symptôme.
L’équipe du Centre national de neurologie et de psychiatrie de Tokyo a publié ses résultats en juillet dans la revue Brain Communications. Ils ont baptisé cette structure « Peak 1 amyloïde bêta » : une sorte de germe microscopique sur lequel viennent s’agréger, lentement, les protéines toxiques qui forment les plaques séniles. Ces plaques détruisent les connexions entre neurones et provoquent le déclin cognitif.
Depuis des années, les spécialistes savaient que l’amyloïde bêta s’amassait dans le cerveau des malades. Mais ils ignoraient ce qui amorçait ce processus. Les chercheurs japonais pensent avoir trouvé l’élément déclencheur.
Une expérience sur souris transgéniques qui isole le germe
Pour remonter à l’origine du phénomène, les scientifiques ont travaillé sur des souris modifiées génétiquement afin de produire davantage de protéines toxiques dans leur cerveau. Première surprise : toutes n’ont pas développé d’accumulation anormale. Seuls certains animaux ont présenté des plaques séniles[1].
L’équipe a alors isolé trois types d’assemblages de bêta-amyloïde soluble, selon leur taille. Ils ont injecté ces différentes formes dans l’hippocampe de jeunes souris. Quatre mois plus tard, une seule forme avait provoqué l’apparition de nouveaux dépôts : celle contenant de très grands assemblages de protéines[2]. Les autres formes n’ont eu aucun effet.
Les chercheurs ont ensuite autopsié le cerveau de personnes décédées qui avaient souffert d’Alzheimer. Ils y ont retrouvé cette même graine. C’est comme ça qu’ils ont confirmé son rôle central dans l’apparition de la maladie.
Une cible thérapeutique nouvelle, au-delà des traitements actuels
Les médicaments actuellement prescrits aux patients visent surtout à éliminer ou réduire les plaques de protéines toxiques une fois qu’elles se sont formées. Le lécanemab et le donanemab, autorisés récemment, ciblent l’accumulation d’amyloïde et ralentissent modestement le déclin cognitif.
Avec cette découverte, les laboratoires peuvent désormais se demander comment bloquer l’apparition du germe lui-même, bien avant que les plaques ne se forment. L’enjeu : empêcher l’accumulation toxique dès son origine, quand les neurones sont encore intacts. Un médicament expérimental testé aux États-Unis s’attaque déjà à une autre protéine impliquée, la protéine tau, en réduisant sa production par le gène responsable. Mais aucune molécule ne cible encore spécifiquement le « Peak 1 amyloïde bêta ».
L’accumulation d’amyloïde commence environ vingt ans avant l’apparition des premiers symptômes. De nombreux scientifiques estiment que cette accumulation finit par déclencher la formation d’une forme anormale de protéine tau, qui forme des enchevêtrements dans les neurones et provoque le déclin cognitif.
Pourquoi ce germe change la donne thérapeutique
Un enjeu gigantesque au Japon, modèle du vieillissement mondial
Au Japon, près de cinq millions de personnes vivent déjà avec une forme de démence. Le vieillissement accéléré de la population rend l’enjeu particulièrement aigu. Le pays est devenu un terrain d’observation majeur pour les maladies neurodégénératives. Historiquement, des chercheurs japonais ont déjà contribué à caractériser les peptides amyloïdes bêta et à développer des biomarqueurs plasmatiques permettant de détecter la maladie par une simple prise de sang, bien avant les symptômes[5].
Ces travaux sur le « Peak 1 amyloïde bêta » ouvrent une nouvelle voie. Ils ne changent rien, immédiatement, pour les malades actuels. Mais ils permettent aux équipes de recherche de cibler l’étincelle plutôt que l’incendie déjà déclaré. C’est un déplacement du curseur thérapeutique, de la réduction des dégâts vers la prévention primaire.
Alzheimer : les faits-clés de la découverte japonaise
- Le Centre national de neurologie et de psychiatrie de Tokyo a isolé « Peak 1 amyloïde bêta », germe sur lequel s'agrègent les plaques toxiques
- L'accumulation débute vingt ans avant les premiers symptômes d'Alzheimer
- Seuls certains grands assemblages de protéines déclenchent la maladie, pas tous
- Les traitements actuels (lécanemab, donanemab) ciblent les plaques, pas leur formation initiale
- Près de cinq millions de Japonais vivent déjà avec une forme de démence
- Les résultats ont été publiés en juillet dans Brain Communications
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

