Un drone équipé d’une charge de guerre électronique détecte un radar à plusieurs dizaines de kilomètres, transmet sa position au Rafale qui simule la passe de tir : Dassault Aviation et Harmattan AI viennent de franchir un cap opérationnel.
La scène s’est jouée en juillet 2026, quelque part dans le ciel français. Un drone porteur de NAMIB, système de guerre électronique développé conjointement par Dassault Aviation et Harmattan AI, a repéré un radar adverse situé à plusieurs dizaines de kilomètres. Il en a établi les coordonnées avec précision, puis les a envoyées à un Rafale au standard F4. Le chasseur a simulé une passe d’attaque sur l’objectif désigné. Rien de bruyant, pas de fumée, mais une démonstration de ce que devient le combat aérien quand l’électronique passe devant le moteur : celui qui écoute sans être vu impose son tempo.
Ce vol valide une architecture tactique inédite pour la France. Le Rafale n’agit plus seul : il reçoit des données d’un effecteur autonome posté à distance, sans exposer sa propre signature. Le drone joue le rôle d’éclaireur électronique, le chasseur celui du frappeur. Cette division des tâches, que les états-majors désignent sous le terme de high low mix, associe plateformes chères et complexes à des vecteurs légers, discrets, potentiellement sacrifiables. La logique est celle du nombre et de la résilience : multiplier les capteurs pour saturer l’adversaire, préserver les moyens coûteux en les tenant hors de portée directe.
Dassault Aviation et Harmattan AI ont scellé leur partenariat stratégique en janvier 2026, à l’occasion de l’entrée de l’avionneur au capital de la jeune société lors d’une levée de fonds série B de 200 millions de dollars. Le développement de NAMIB a démarré à la même période. Six mois plus tard, le système volait déjà en configuration collaborative avec le Rafale. Une cadence inhabituelle pour un secteur où les cycles de développement se comptent habituellement en années.
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NAMIB, l’oreille passive qui détecte sans émettre
NAMIB fonctionne comme un récepteur électromagnétique de haute sensibilité. La charge utile détecte, identifie et localise les émissions radar, notamment celles générées par les systèmes de défense anti-aérienne[3]. Elle opère en mode passif : elle écoute sans émettre, ce qui la rend difficile à repérer. Contrairement aux moyens de guerre électronique classiques qui doivent rayonner pour brouiller ou leurrer, NAMIB reste silencieux et discret.
Le système peut équiper des plateformes variées. Harmattan AI le destine aussi bien à des drones tactiques de type quadricoptère, capables de manœuvres rapprochées, qu’à des appareils à voilure fixe dotés d’une endurance prolongée. Cette modularité ouvre un large spectre de scénarios : le survol furtif d’une zone contestée, la surveillance de longue durée d’une infrastructure critique, le marquage de cibles pour des frappes en profondeur.
Lors de la démonstration de juillet, NAMIB a localisé le radar avec une précision suffisante pour permettre un engagement direct. La transmission de cette localisation au Rafale s’est faite en temps réel, sans rupture dans la chaîne de ciblage. Le chasseur a reçu les coordonnées et simulé l’attaque comme s’il opérait sur un théâtre d’engagement réel.
Le Rafale F4, architecte du combat connecté

Le standard F4 du Rafale a été conçu pour dialoguer avec un écosystème dense : drones, satellites, forces terrestres, centres de commandement. Son architecture de communication autorise des échanges fluides avec des acteurs variés. En recevant les données de NAMIB, le chasseur a démontré sa capacité à agir comme un nœud de combat connecté plutôt que comme un simple appareil isolé.
Cette connectivité transforme la doctrine d’emploi. Le Rafale peut désormais exploiter des informations venues de plateformes qu’il ne contrôle pas directement, ce qui multiplie ses options tactiques. Il peut frapper sans avoir détecté lui-même la cible, rester hors de portée des défenses adverses, répartir les rôles entre capteurs et tireurs. L’avion devient un hub capable d’orchestrer des actions menées par d’autres vecteurs.
Pour Dassault Aviation, cette évolution prolonge une trajectoire engagée depuis plusieurs années : faire du Rafale une plateforme évolutive, capable d’absorber de nouvelles fonctions au rythme des menaces. Le chasseur ne se contente pas de vieillir avec élégance, il intègre les technologies émergentes (intelligence embarquée, liaisons de données à haut débit, capteurs passifs) sans attendre une refonte complète de sa cellule.
Pourquoi ce vol change le combat aérien français
Harmattan AI, l’acteur né en 2024 aux côtés d’un centenaire
Harmattan AI a été fondée en 2024, soit deux ans avant cette démonstration. La société se spécialise dans l’autonomie supervisée et l’intelligence embarquée appliquées aux systèmes de défense. Ses domaines d’activité couvrent la défense aérienne très courte portée, l’interception de drones, le commandement et contrôle, la surveillance radar à synthèse d’ouverture, et désormais la guerre électronique avec NAMIB[5].
L’entrée de Dassault Aviation au capital en janvier 2026 a formalisé une alliance stratégique dont l’objectif affiché consiste à intégrer des capacités autonomes avancées dans la prochaine génération de systèmes de combat aérien. « La guerre électronique est devenue un facteur déterminant de la supériorité opérationnelle. Avec NAMIB, nous démontrons qu’il est désormais possible de déployer ces capacités sur des systèmes autonomes légers, au plus près de la menace », a déclaré Mouad M’Ghari, cofondateur et PDG de Harmattan AI[3].
Cette irruption rapide d’un acteur récent aux côtés d’un industriel centenaire raconte, en creux, la recomposition d’un secteur où l’intelligence embarquée pèse désormais autant que la puissance des moteurs. Les jeunes sociétés technologiques apportent l’agilité et l’expertise algorithmique, les géants de l’aéronautique fournissent l’expérience des systèmes complexes et l’accès aux programmes d’armement. Le partenariat entre Dassault et Harmattan AI illustre cette logique de complémentarité : l’un maîtrise l’intégration et la certification, l’autre accélère le développement de briques logicielles critiques.
Une trajectoire industrielle qui redessine les doctrines

Pour la filière aéronautique de défense française, dont la Nouvelle-Aquitaine constitue l’un des bassins historiques, cette démonstration confirme une tendance lourde : la montée en puissance des vecteurs autonomes dans les architectures de combat. Le drone n’est plus un simple complément du chasseur, il en devient le prolongement tactique. Cette évolution prolonge les débats déjà engagés autour du rôle des systèmes sans pilote dans la stratégie militaire, où l’endurance, la discrétion et le coût marginal redessinent les doctrines d’emploi.
Le vol collaboratif entre NAMIB et le Rafale F4 préfigure une organisation future du combat aérien où les plateformes dialoguent en permanence, échangent des informations en temps réel, répartissent les tâches selon leurs capacités respectives. Cette architecture distribuée répond aux menaces contemporaines : défenses anti-aériennes à longue portée, brouillage électronique intense, saturation du spectre. Face à ces contraintes, la capacité à disperser les fonctions de détection, de ciblage et de frappe devient une condition de survie opérationnelle.
La France affiche depuis plusieurs années l’ambition de maîtriser les technologies critiques de demain, notamment dans le domaine de l’autonomie et de l’intelligence artificielle appliquées à la défense. L’association entre Dassault Aviation et Harmattan AI s’inscrit dans cette logique de souveraineté technologique : développer en France les briques logicielles et matérielles qui structureront les systèmes d’armes des prochaines décennies. La démonstration de juillet 2026 valide la faisabilité technique, reste à transformer l’essai en programmes opérationnels.
Le partenariat entre les deux industriels vise explicitement la prochaine génération de systèmes de combat aérien, ce qui suggère une ambition dépassant le seul Rafale. Les architectures collaboratives testées aujourd’hui sur le F4 pourraient irriguer les futurs programmes européens, à condition que la France parvienne à faire valoir ses avancées dans les négociations multinationales. La vitesse de développement affichée (six mois entre le lancement de NAMIB et sa démonstration en vol) constitue un argument de poids dans un environnement où les cycles longs favorisent souvent l’inertie.
Vol NAMIB-Rafale 2026 : les données du test
- Premier vol collaboratif entre Rafale F4 et drone NAMIB réalisé en juillet 2026
- NAMIB détecte et localise un radar adverse à plusieurs dizaines de kilomètres sans émettre
- Développement lancé en janvier 2026, démonstration opérationnelle six mois plus tard
- Dassault Aviation participe à levée série B de 200 millions de dollars chez Harmattan AI
- NAMIB équipable sur drones tactiques quadricoptères ou voilure fixe longue endurance
- Rafale F4 reçoit coordonnées cible en temps réel, simule passe de tir sans détection propre
Sources
2 sources · 3 faits vérifiés

