À Apagui, écart de Grand Santi, l’équipe soignante installe ses consultations dans deux salles d’école trois fois par mois. Chaque visite, c’est démonter le matériel, monter en pirogue, réinstaller sur place, voir une quarantaine de patients, puis tout ranger. Beaucoup de pédiatrie, parfois du monde refusé faute de temps. Depuis septembre 2026, cette vie de nomade sanitaire touche à sa fin : les travaux du futur centre délocalisé de prévention et de soins commencent. Ouverture programmée en 2027.
Près de 2 500 personnes habitent Apagui et ses environs. Pour eux, rejoindre l’hôpital de proximité de Grand Santi, c’est entre une heure trente et une journée entière de pirogue selon la saison. Le bassin de vie grossit, la demande aussi. Un local dédié ne relevait plus du confort, mais de l’urgence.
Le projet est porté par la commune de Grand Santi, financé par l’Agence régionale de santé. Plans validés ensemble, marché notifié à l’entreprise, ordre de service donné pour septembre. La Mairie met le terrain à disposition et joue le rôle d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour l’hôpital, qui gardera la main sur la partie médicale. Deux bâtiments sortiront de terre : l’un pour le centre de santé, l’autre pour loger trois membres du personnel soignant.
Une présence paramédicale quatre jours par semaine
Le fonctionnement prévu rompt avec la logique de consultation ponctuelle. Une présence paramédicale permanente quatre jours par semaine, des infirmiers projetés sur place plusieurs jours d’affilée. Les sages-femmes et les médecins viendront ensuite, pendant vingt-quatre à quarante-huit heures, pour consulter les patients déjà triés et orientés par les infirmiers. Plus de démontage, plus de file d’attente coupée en pleine matinée parce qu’il faut repartir avant la nuit.
Ce sera le dix-huitième centre de santé de Guyane. Le réseau s’est étoffé ces derniers mois : Sinnamary a ouvert son centre le 8 juillet dernier, Saint-Élie a rouvert le sien il y a environ six mois. À Apagui, la continuité médicale change d’échelle. Une pirogue de moins à prendre, une journée de moins à perdre, une consultation de plus à obtenir. Pour un territoire où la distance se compte en heures d’eau, c’est une géographie du soin qui se redessine, village après village.


