La souveraineté numérique française franchit un cap : ChapsVision remplacera Palantir à la DGSI dès 2027, pendant que ChatGPT passe sous les 50 % de parts de marché et que Bruxelles bannit les outils de déshabillage.
Sébastien Lecornu a mis fin à plusieurs années de dépendance. Le ministre de l’Économie a annoncé le remplacement de Palantir par ChapsVision, société française fondée par Olivier Dellenbach, au sein de la Direction générale de la sécurité intérieure. La bascule interviendra probablement dans le courant de 2027, une fois réglées les « technicalités », selon les termes du ministre. La date exacte de débranchement de la solution américaine n’a pas été précisée.
Ce n’est pas un simple changement de fournisseur. ChapsVision vise le statut de champion européen de la donnée et de l’IA de confiance, face à des acteurs américains qui occupaient le terrain sans concurrent crédible. Le choix s’inscrit dans un mouvement plus large : lors du salon VivaTech, dirigeants et responsables politiques européens ont appelé à réduire la dépendance technologique envers les États-Unis, après la décision de l’administration Trump de restreindre l’accès aux modèles d’Anthropic.
ChapsVision : un acteur déjà implanté dans le régalien
Deux balles lors d’un after yoles à Sainte-Anne : un jeune de 18 ans évacué en urgence
La société d’Olivier Dellenbach n’arrive pas de nulle part. Elle travaillait déjà avec le ministère de l’Intérieur avant cette annonce[1]. Son positionnement repose sur une promesse : une IA de confiance, pensée pour des administrations qui ne peuvent pas se permettre de confier leurs données à des serveurs étrangers soumis au droit américain.
Reste que la bascule n’est pas pour demain. L’horizon 2027 laisse Palantir en place encore plusieurs mois. La question des performances techniques comparées des deux outils n’a pas été tranchée publiquement. Le modèle américain a eu le temps de s’enraciner dans les pratiques des équipes. Déloger un outil opérationnel dans le renseignement intérieur ne relève pas du seul acte politique.
OpenAI passe sous la barre des 50 %
Pendant trois ans, OpenAI a régné sans partage sur le marché des assistants IA. Ce monopole de fait s’efface. ChatGPT est passé pour la première fois sous les 50 % de part de marché[2], bousculé par Google et Anthropic.
Ce glissement change la lecture du secteur. OpenAI n’est plus le seul acteur à définir les standards d’usage. Google, avec Gemini, et Anthropic, avec Claude, gagnent du terrain sur un marché que la concurrence rend plus fragmenté. Pour Mistral AI, acteur français qui joue sa carte dans cet environnement, l’érosion du leader crée mécaniquement de l’espace, même si les écarts de ressources restent considérables.
Apagui (Grand Santi) aura son centre de santé en 2027, 1h30 de pirogue gagnées pour 2 500 habitants
Mistral AI, valorisée à 11,7 milliards d’euros, compte désormais 40 % des entreprises européennes du Fortune 500 parmi ses clients. Des géants stratégiques comme ASML, Ericsson ou l’Agence spatiale européenne ont rejoint les rangs. L’administration française s’apprête à généraliser son propre assistant interministériel, un projet pilote qui tourne déjà pour 10 000 agents de la fonction publique[4].
Pourquoi la souveraineté numérique française se joue maintenant
L’UE bannit les IA de déshabillage à partir du 2 décembre
Bruxelles impose au 2 décembre 2026 une obligation technique de blocage pour les IA de déshabillage, contraignant les plateformes mondiales à se mettre en conformité sur le marché européen. Cette interdiction s’inscrit dans l’AI Act, dont l’application complète était prévue le 2 août 2026.
La mesure vise directement les outils qui génèrent des deepfakes sexuels à partir de photos ordinaires. Les plateformes devront bloquer techniquement ces fonctionnalités, sous peine de sanctions. C’est la première fois que l’UE impose une interdiction technique aussi précise sur une catégorie d’IA.
French Tech Next40 : cap sur les technologies de rupture

La promotion 2026 du French Tech Next40, sélectionnée par Bercy, marque un virage vers des technologies de rupture. AMI Labs, Aura Aero, Pasqal et Wandercraft figurent parmi les 40 start-ups les plus en vue, choisies dans une liste élargie de 120 entreprises.
Pasqal développe l’informatique quantique, Aura Aero conçoit des avions régionaux électriques, Wandercraft fabrique des exosquelettes. Cette sélection reflète une volonté d’orienter l’écosystème vers des secteurs où la France dispose d’une expertise reconnue, au-delà des seuls modèles de langage.
La cartographie publiée par France Digitale et Sopra Steria Ventures en février 2026 recense 1 114 start-ups spécialisées dans l’intelligence artificielle en France, contre 960 un an plus tôt. Ce chiffre place l’Hexagone devant l’Allemagne (935 start-ups) et le Royaume-Uni (environ 870).
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Start-ups IA en France | 1 114 |
| Valorisation Mistral AI | 11,7 milliards € |
| Levées de fonds sur un an | 2,6 milliards € |
| Part de marché ChatGPT | < 50 % |
Source : La Voix de France
Un écosystème qui se développe, mais toujours loin des géants
Depuis un an, les start-ups tricolores ont levé 2,6 milliards d’euros, dont 1,7 milliard pour la seule Mistral AI[5], soit l’une des plus importantes levées de fonds jamais réalisées pour une jeune pousse française. Mistral AI est aujourd’hui la seule entreprise européenne à tenter de rester dans la course aux grands modèles d’IA, face aux géants américains que sont OpenAI, Anthropic ou Google.
Mais le retard reste considérable. Les géants de la tech américains raflent 80 % du marché européen des logiciels et services de stockage, soit un volume d’environ 265 milliards d’euros par an. Un flux économique directement fléché vers les Gafam, qui leur permet d’être toujours plus puissants alors que les start-ups françaises et européennes peinent à se financer.
La France dispose de chercheurs de renommée mondiale, portés par une formation mathématique d’excellence. L’écosystème existe. La question est de savoir si les pouvoirs publics lui donnent les commandes suffisantes pour s’imposer face aux hyperscalers et aux plateformes de surveillance américaines.
Au nom de la souveraineté numérique, la préférence européenne commence tout juste à infuser dans la commande publique et dans les entreprises françaises. Sans doute ne suffira-t-elle pas à faire émerger des champions numériques de taille mondiale, mais ce serait déjà un signal.
IA en France 2026 : les faits-clés de la souveraineté
- ChapsVision remplacera Palantir à la DGSI, probablement en 2027
- ChatGPT passe sous les 50 % de parts de marché pour la première fois
- L'UE interdit les IA de déshabillage à partir du 2 décembre 2026
- Mistral AI valorisée à 11,7 milliards d'euros, 40 % des entreprises Fortune 500 européennes clientes
- 1 114 start-ups IA en France, devant l'Allemagne et le Royaume-Uni
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

