Un contrat de 271,5 millions de dollars attribué sans le moindre appel d’offres, à un fournisseur unique jugé seul capable de tenir le besoin. Le 3 août 2026, le Département de la Guerre américain a confié à Raytheon Missiles & Defense la livraison d’équipements pour le système de conduite de tir MK 99, l’un des organes centraux du système d’armes naval AEGIS. Options comprises, l’enveloppe peut atteindre 302,5 millions de dollars.
Rien d’anecdotique dans ce marché. Il éclaire une réalité que les marines alliées connaissent bien : sur les systèmes de combat naval de premier rang, l’écosystème américain fonctionne en circuit fermé, et ses clients étrangers y entrent en position de dépendance assumée.
La US Navy capte l’essentiel de la commande, avec 97 % du volume d’achat. Le reste part à l’export, sous le régime des Foreign Military Sales, vers deux clients étrangers : l’Australie pour 2 %, le Japon pour 1 %. Deux marines pleinement intégrées à l’architecture navale américaine dans le Pacifique, face à la montée en puissance chinoise.
Un marché verrouillé de gré à gré
Le Département a justifié l’absence de compétition en s’appuyant sur les règles fédérales autorisant l’attribution à source unique lorsqu’un seul industriel est réputé apte à satisfaire les exigences du programme[1]. Autrement dit : sur le MK 99, il n’y a pas d’alternative à Raytheon. Le Naval Sea Systems Command, basé à Washington, pilote le contrat.
Le financement en dit long sur la profondeur de l’engagement. L’essentiel provient des comptes de construction et de conversion navales de la US Navy pour les exercices budgétaires 2023, 2024 et 2025, soit 93 % du montant engagé au moment de l’attribution[1]. Le solde vient des crédits d’acquisition 2026 et des financements FMS australien et japonais. Les livraisons et le soutien s’étalent jusqu’au 29 juillet 2032, avec un possible glissement en décembre 2032 si toutes les options sont levées.
Ce que fait le MK 99
Le MK 99 assure l’illumination des cibles et la conduite de tir lors des engagements de missiles en mer. Il travaille de concert avec les radars de la série SPY et le système de combat AEGIS pour guider les tirs contre missiles de croisière, aéronefs, menaces antinavires et, selon la configuration et l’intercepteur, certaines missions de défense antimissile balistique[1]. Une brique lourde de la posture navale américaine et de celle de ses partenaires du Pacifique.
La leçon, pour Paris, tient en une phrase. Là où Washington impose son AEGIS à ses alliés, la France défend une chaîne souveraine autour de Naval Group, Thales et MBDA, du système de combat SETIS aux missiles Aster. C’est précisément ce genre de contrat de gré à gré, où le client ne choisit plus son fournisseur, qui rappelle pourquoi la maîtrise nationale du combat naval n’est pas une coquetterie budgétaire, mais une condition de liberté d’action.
Sources
1 source · 3 faits vérifiés

