Dans les vignes de Colmar, Bergholtz, Wettolsheim, Guebwiller ou Barr, les annonces de recrutement de vendangeurs ont fleuri plus tôt que d’habitude cette année. France Travail a vu sa rubrique Alsace Vendange se remplir de petites annonces dès juillet, à la recherche de saisonniers pour une récolte qui s’annonce exceptionnellement précoce.
Dès le 1er juillet, lors de la signature de la convention de coopération de la 32e édition de la cellule Alsace Vendanges, Gilles Ehrahrt, président de l’association des viticulteurs d’Alsace, avait posé les jalons : les premiers coups de sécateur dans le vignoble alsacien pourraient tomber dès le 17 août, battant ainsi le record de précocité historique établi l’année dernière, le 19 août. Un calendrier bousculé par la canicule et la sécheresse qui frappent la région depuis la fin du printemps.
« Cette année, les vendanges seront encore un challenge au vu du dérèglement climatique et de l’avance végétative. Il va falloir rentrer tout ce dont on a besoin dans un temps contraint », a prévenu le président de l’Ava. Une course contre la montre qui s’annonce d’autant plus tendue que les conditions météo rendent les prévisions particulièrement incertaines.
Une chaleur qui accélère la maturation, mais complique les prévisions
L’incertitude plane sur l’ensemble des vignobles français, mais elle touche particulièrement l’Est, la Bourgogne, le Beaujolais et le Centre-Val de Loire, où les vendanges précoces se profilent dès la mi-août[2]. Le ministère de l’Agriculture a souligné mardi la forte imprécision des prévisions de récolte, en raison des conditions climatiques exceptionnelles observées depuis fin juin : canicules à répétition, sécheresse, orages localisés, grêle et même incendies dans certains secteurs.
La France a traversé depuis le 17 juin l’une des vagues de chaleur les plus sévères jamais enregistrées, comparable à celle d’août 2003[3]. Le 24 juin, le pays a connu sa journée la plus chaude jamais mesurée à l’échelle nationale, avec une moyenne de 30°C sur vingt-quatre heures et un pic de 38,5°C l’après-midi. En plein cœur du vignoble de Loire, Saumur a grimpé jusqu’à 44,1°C. Ces températures extrêmes accélèrent le cycle de la vigne : débourrement, floraison, véraison se succèdent plus rapidement, entraînant une maturation avancée des raisins.
Mais la chaleur ne fait pas que presser les raisins. Elle provoque aussi des blocages de maturité, des stress hydriques, des raisins brûlés localement, et un poids de baies parfois inférieur à la moyenne. Dans le Languedoc-Roussillon, les vendanges ont débuté la semaine dernière, et un viticulteur de l’Hérault prévoit de commencer mi-août, une date devenue quasi habituelle dans le Sud.
Des conséquences sur le millésime : moins de traitement, plus d’alcool
Si la canicule complique les prévisions, elle transforme aussi le profil du vin. Certains vignerons y voient même des avantages. « J’ai traité trois fois moins que d’habitude. Et quand il n’y a pas de maladies, le vin est meilleur », raconte Mathieu Socrate, viticulteur. « Les profils aromatiques sont plus intéressants », abonde Bertrand de Sainte-Marie[1]. Moins d’eau dans la baie de raisin signifie aussi plus de concentration en sucre, donc un degré d’alcool potentiel plus élevé au moment des vendanges[3].
Mais tout dépendra aussi de la météo des prochaines semaines. Si la pluie se fait attendre, il ne faudrait pas qu’elle tombe sous forme de grêle. Pour le millésime 2026, les jours qui viennent seront déterminants. En Champagne, la tendance à la précocité s’est installée : début des vendanges le 19 août en 2003 et 2011, le 17 août en 2020, et autour du 25 août en 2025. Des dates qui étaient impensables il y a encore vingt ans[4].
Pour les viticulteurs alsaciens comme pour l’ensemble de la filière viticole française, l’heure n’est plus seulement à l’adaptation : c’est toute la culture de la vigne qui se redessine sous la pression du climat. Et les vendanges d’août, loin d’être une anomalie, pourraient bien devenir la norme.
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés

