Dimanche 16 août, dans les jardins de la mairie de Levie, entre auteurs attablés sous les arbres et lecteurs venus de l’Alta Rocca, le livre corse a soufflé ses vingt bougies. La Journée du livre corse, portée par l’association Livia Via depuis 2005, refuse de vieillir. Son cofondateur José Pietri le dit sans fioriture : peu de rendez-vous durent aussi longtemps. Malgré les interruptions de la crise sanitaire, la formule tient. Elle reste simple : présenter les livres, dédicacer, échanger directement avec le public. Pas forcément des nouveautés à chaque fois, mais un lectorat fidèle qui connaît les auteurs, et inversement.
Cette année, la table ronde du début d’après-midi a posé les planches de la bande dessinée sur la table. Lisa Pupponi, membre de Livia Via et Tallanaise d’origine, a animé les échanges. À ses côtés, Léa Maurizi, Yann Le Borgne, Juliette et Fabrice Sorlin, Ghjuvà Lucchinacci et Julien Osty ont dessiné, chacun, leur trajectoire. Les univers graphiques diffèrent : du manga au dessin de presse, du roman graphique au cartoon humoristique. Mais tous ont affirmé que la BD, en Corse, n’accepte pas d’être enfermée dans une seule case. Chez Yann Le Borgne, l’actualité internationale passe par le prisme insulaire. Chez Léa Maurizi, le village devient un théâtre miniature : ses habitants se connaissent, et elle en tire quatre BD traversées par cette vie locale, faite de personnages, de récits, de rires et de disputes.
L’autrice Danièle Maoudj, présente ce dimanche, a rappelé l’importance de ces formes d’expression dans un contexte où les réseaux sociaux détournent une partie du public de la lecture. Selon elle, la bande dessinée et le roman reprennent du terrain face aux écrans.
Un manga de 200 pages, en corse, publié au printemps
Parmi les éditeurs présents, Le Parti des Oiseaux, association ajaccienne fondée en 2013, travaille à la promotion de la langue et du patrimoine insulaires. Au printemps 2026, elle a publié Sognus Mortalis, présenté comme le premier manga original en langue corse. L’auteur, l’Ajaccien Ghjuvà Lucchinacci, a grandi avec les productions japonaises de l’époque du Club Dorothée, mais a développé un dessin plus adulte. L’ouvrage compte 200 pages et se lit, fait rare pour un manga, dans le sens occidental. Son éditeur Simon Demuru a expliqué ce choix par la volonté de toucher un large public. « Nous ne sommes pas Japonais. L’essentiel est de mettre du corse dans le livre et de parler à tout le monde »[2].
La langue corse, donc, investit le manga. Et la Journée du livre corse, elle, continue. Dimanche prochain, peut-être, on parlera d’autre chose. Mais le rendez-vous, lui, sera toujours là .
Sources
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