Dans les tourbières du Morvan, l’eau a reculé de plus d’un mètre. Les ruisseaux se tarissent, les rivières affichent des températures qui dépassent les 20 degrés, parfois 30 en aval des étangs. Cette sécheresse exceptionnelle qui frappe le territoire n’épargne aucun cours d’eau. Et elle met en danger immédiat plusieurs espèces qui font la fierté du massif : la mulette perlière, l’écrevisse à pattes blanches, la truite fario. Pour certaines d’entre elles, le Parc naturel régional du Morvan parle d’un risque d’extinction.
La situation est devenue critique ces dernières semaines. Les débits baissent fortement, certains ruisseaux sont totalement à sec. Les zones humides, qui d’ordinaire restent gorgées d’eau toute l’année, se vident à vue d’Å“il. Les agents du Parc constatent que la nature n’a plus les ressources pour réguler : l’eau se réchauffe, les milieux se ferment, les animaux se retrouvent piégés.
Parmi les espèces les plus menacées, la mulette perlière occupe une place à part. Cette moule d’eau douce protégée, rarissime en France, peut vivre jusqu’à cent ans. Les dernières populations bourguignonnes survivent dans le Morvan. Avec la baisse brutale des niveaux, certains individus se sont retrouvés hors de l’eau, condamnés à mourir en quelques heures. Face à l’urgence, les agents du Parc ont obtenu l’autorisation des services de l’État pour intervenir. Ils ont procédé à une opération de sauvetage, déplaçant à la main les mulettes les plus exposées vers des zones encore en eau. Une intervention exceptionnelle, réalisée seulement quand la survie immédiate est en jeu.
L’écrevisse blanche et la truite fario en danger
La mulette perlière n’est pas seule à souffrir. L’écrevisse à pattes blanches, autre emblème des eaux vives du Morvan, voit ses petits ruisseaux s’assécher un à un. Les sources qui alimentent ces cours d’eau commencent à se tarir, privant l’espèce de son habitat.
La truite fario, elle, ne supporte pas l’eau chaude. Au-delà de 20 degrés maintenus plusieurs jours, elle meurt. Pour survivre, elle tente de remonter vers l’amont ou de descendre vers des zones plus fraîches. Mais encore faut-il qu’elle puisse franchir les obstacles présents sur les rivières : barrages, seuils, anciennes écluses. Beaucoup se retrouvent bloquées, prisonnières d’une eau trop chaude.
Chaque litre compte
Le Parc naturel régional du Morvan appelle les habitants à réduire leur consommation d’eau, au-delà même des restrictions préfectorales. Dans le Morvan, les captages d’eau potable se trouvent souvent à proximité immédiate des villages. L’eau non prélevée continue sa route naturelle vers les rivières et les zones humides. Chaque litre économisé peut faire la différence pour des populations déjà fragilisées[4].
Les préfets des départements concernés fixent les restrictions obligatoires, avec une priorité absolue donnée à l’alimentation en eau potable. Mais le Parc insiste : les gestes individuels ont un impact direct sur les milieux naturels. Un prélèvement non autorisé dans un ruisseau peut condamner une population entière. À l’inverse, reporter un arrosage ou limiter un usage non vital peut permettre à une espèce de tenir.
Le Parc conclut son alerte par une formule sans équivoque : 2026 est une année climatique déterminante dont les conséquences sur la biodiversité devront être évaluées. Elle rappelle, selon ses mots, l’absolue nécessité de partager les ressources vitales avec le reste du vivant.
Sources
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