LandSpace a réussi mercredi 19 août à récupérer intact le premier étage de sa fusée Zhuque-3, posé sur une plateforme en plein désert.
Les images diffusées en direct par la télévision d’État CCTV montrent le propulseur redescendre de manière contrôlée, déployer ses pieds rétractables et se stabiliser sans un fléchissement. La manÅ“uvre place cette start-up chinoise dans le cercle fermé des acteurs maîtrisant la récupération verticale d’un étage orbital, jusqu’ici réservé aux Américains SpaceX et Blue Origin.
C’est une première nationale. Aucune entreprise hors des États-Unis n’avait jusqu’ici ramené un lanceur de classe orbitale sur la terre ferme dans cette configuration. Une précédente tentative de LandSpace avait échoué en décembre dernier. En juillet, c’est en mer que l’État chinois avait récupéré le propulseur d’une fusée Longue Marche. La méthode terrestre exige une précision bien supérieure : pas dearge flottante pour amortir l’erreur.
Réduire les coûts, accélérer les cadences
Le premier étage représente la part la plus onéreuse d’un lanceur. Il fournit la poussée initiale qui arrache la fusée du sol, consomme l’essentiel du carburant et embarque les moteurs principaux. La plupart des fusées conventionnelles le laissent retomber en mer ou se consumer dans l’atmosphère après usage unique. Récupérer cette section et la remettre en vol divise le coût unitaire d’un lancement par un facteur de trois à cinq, selon les configurations.
LandSpace n’a pas communiqué de calendrier précis de réutilisation, mais l’enjeu dépasse la seule réduction tarifaire. La Chine prévoit le déploiement de méga-constellations de satellites pour concurrencer Starlink, le réseau Internet d’Elon Musk. Or ces constellations exigent des cadences de tir élevées : plusieurs dizaines de lancements par an, voire davantage. Disposer de deux architectures de récupération différentes, l’une publique en mer et l’autre privée au sol, offre une redondance stratégique et accélère l’expérimentation technique[1].
Zhang Changwu, le banquier devenu « Elon Musk chinois »
Le fondateur et patron de LandSpace, Zhang Changwu, est régulièrement surnommé par la presse le « Elon Musk chinois ». Ancien banquier d’affaires, il ne se fait guère d’illusions sur le chemin restant. « Le spatial commercial chinois est encore dans une phase de rattrapage, il suit SpaceX », confiait-il en janvier 2025.
L’écart demeure réel. SpaceX récupère et relance ses Falcon 9 depuis 2015, accumule plusieurs centaines de vols réussis et réutilise certains premiers étages plus de quinze fois. LandSpace vient de franchir l’étape initiale : poser l’étage intact. Reste à prouver qu’il tient la remise en condition de vol, puis la répétition des cycles à coût maîtrisé. Mais l’entreprise dispose désormais d’un actif stratégique : la maîtrise du retour vertical contrôlé, qui ouvre la voie à une montée en cadence.
Pourquoi la Chine accélère sur le réutilisable
Objectif constellations, puis Lune
La Chine ne cache pas ses ambitions. Les autorités ont annoncé vouloir tester deux fusées réutilisables d’ici 2026 en vue de missions lunaires habitées[5]. Le calendrier est serré. La nation prépare également le lancement de constellations massives de satellites en orbite basse pour garantir sa souveraineté numérique face aux réseaux occidentaux. Ces projets nécessitent des centaines de lancements sur quelques années, un rythme inatteignable sans réutilisation.
Le succès de LandSpace intervient dans un contexte de compétition mondiale accrue. Au Japon, l’agence spatiale JAXA a récupéré en juillet un petit lanceur expérimental, franchissant une étape cruciale vers le réutilisable. En Europe, la filiale française d’ArianeGroup, MaiaSpace, prépare le premier tir de sa fusée Maia avant la fin de l’année. Propulsé au bio-méthane par le moteur Prometheus, ce lanceur vise une réutilisation jusqu’à cinq fois et une vingtaine de tirs annuels vers 2031-2032[2].
La Chine conjugue désormais concurrence institutionnelle et expérimentation privée, deux leviers qu’elle active en parallèle pour développer la capacité de lancer pour moins cher et plus souvent. LandSpace vient de prouver qu’elle peut aligner la technologie. Reste à démontrer l’industrialisation.
Fusées réutilisables : LandSpace rattrape SpaceX
- LandSpace récupère le 19 août son premier étage Zhuque-3 au sol, une première hors États-Unis
- Seules SpaceX et Blue Origin maîtrisaient jusqu'ici la récupération verticale d'un lanceur orbital
- Une tentative précédente de LandSpace avait échoué en décembre 2025
- La Chine prévoit de tester deux fusées réutilisables d'ici fin 2026 pour ses missions lunaires habitées
- Zhang Changwu, fondateur de LandSpace, reconnaît en janvier 2025 que la Chine suit encore SpaceX
- Le Japon et l'Europe (MaiaSpace) avancent aussi sur leurs propres lanceurs réutilisables
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

