Juillet 2026 restera gravé dans les mémoires comme le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des relevés météorologiques en 1900. Et pour les Hauts-de-France, le bilan humain est lourd : la région affiche la surmortalité la plus élevée du pays pendant l’épisode de canicule, avec 24,7 % de décès supplémentaires par rapport à ce qui était attendu. Un chiffre qui place le territoire bien au-dessus de la moyenne nationale.
Entre le 3 et le 22 juillet, 121 décès ont été enregistrés dans les Hauts-de-France, contre 97 prévus par les modèles de Santé publique France. Soit 24 décès en excès sur ces trois semaines de chaleur extrême. Paradoxalement, la région a pourtant été moins exposée aux températures les plus fortes que d’autres territoires français. Mais la vulnérabilité de la population, l’habitat, les conditions de vie ont pesé lourd.
Santé publique France le précise d’emblée : ces chiffres sont provisoires, et surtout, il s’agit de décès toutes causes confondues. Impossible d’affirmer que ces 24 vies perdues sont toutes directement imputables à la chaleur. Mais la corrélation temporelle ne laisse guère de doute sur le rôle de la canicule.
1 243 décès de trop à l’échelle nationale
L’épisode caniculaire du 3 au 22 juillet a touché 78 départements français. Sur l’ensemble du territoire, 14 713 décès toutes causes ont été recensés, contre 13 470 attendus[1]. Cela représente un excès de 1 243 décès, soit une surmortalité de 9,2 %. Un niveau élevé, mais qui reste loin de l’épisode de juin 2026 : entre le 17 juin et le 2 juillet, une première vague de chaleur avait déjà provoqué 5 764 décès en excès, avec une intensité qui a dépassé celle d’août 2003.
Les personnes âgées de 75 ans et plus concentrent les trois quarts des décès en surplus : au moins 917 morts supplémentaires ont été comptabilisés dans cette tranche d’âge, soit une hausse de 9,7 %, pour un total de 10 418 décès observés. Mais Santé publique France relève également un excès de mortalité toutes causes dès 45 ans, ce qui signale une fragilité qui dépasse la seule question du grand âge.
Habitat, isolement, accès aux soins
Pourquoi les Hauts-de-France, moins exposés aux pics de chaleur que le Sud ou l’ÃŽle-de-France, affichent-ils la surmortalité la plus forte ? Plusieurs facteurs se conjuguent. Le parc de logements anciens, souvent mal isolés thermiquement, transforme les intérieurs en fours dès que le mercure monte. L’absence de climatisation dans de nombreux foyers, l’isolement de certaines personnes âgées en milieu rural ou dans les quartiers périphériques des villes, et un accès parfois difficile à un suivi médical régulier : tout cela fragilise face à la chaleur.
Les bailleurs sociaux, qui gèrent des dizaines de milliers de logements dans la région, sont conscients du problème. Mais la réhabilitation thermique des résidences prend du temps, et les moyens ne suivent pas toujours le rythme des étés qui se succèdent, de plus en plus éprouvants. À Lille, Roubaix, Valenciennes ou Amiens, des habitants témoignent de nuits sans sommeil, de journées passées à chercher la fraîcheur dans les centres commerciaux ou les parcs. Certains ont investi dans des ventilateurs, des stores, des climatiseurs mobiles. Mais pour beaucoup, notamment les plus précaires, ces dépenses restent hors de portée.
Un été 2026 qui marque un cap
Cet été 2026 aura été marqué par deux vagues de chaleur majeures, en juin puis en juillet. La première, d’une sévérité exceptionnelle selon Météo-France, a concerné 92 départements et exposé 98,5 % de la population hexagonale à des températures extrêmes. La seconde, en juillet, a confirmé une tendance de fond : les épisodes caniculaires sont plus fréquents, plus précoces, plus longs. Et leurs conséquences sanitaires ne se limitent plus aux régions traditionnellement chaudes.
Les Hauts-de-France, territoire industriel, populaire, aux villes denses et au bâti ancien, paient aujourd’hui le prix d’une adaptation insuffisante. Les chiffres de Santé publique France le montrent : la chaleur tue, et elle tue d’autant plus qu’on est mal logé, mal accompagné, mal soigné. La surmortalité de juillet 2026 dans les Hauts-de-France n’est pas une fatalité climatique : c’est aussi une question de politique publique, d’urbanisme, de solidarité de proximité.
Sources
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