Ceux qui se baignent régulièrement à Cherbourg, Granville ou le long de la côte fleurie l’ont senti : l’eau était vraiment plus douce cet été. Pas une impression. À Cherbourg, le thermomètre marin est monté jusqu’à 20,5°C, selon des relevés de Météo-France cités par Le Parisien. Pour une Manche habituellement fraîche, même en plein mois d’août, c’est un saut remarquable.
Le phénomène n’a pas touché que le Cotentin. De la pointe du Cotentin jusqu’au Calvados, la température de l’eau est restée régulièrement au-dessus des moyennes estivales. Selon les périodes, les anomalies ont atteint localement 2 à 4°C. Une différence suffisante pour que les habitués le remarquent en posant le pied dans l’eau.
Cette chaleur inhabituelle ne s’explique pas par quelques jours de canicule isolés. Elle arrive après plusieurs séquences météorologiques particulièrement chaudes et sèches. Lorsque le soleil domine durablement et que les conditions anticycloniques limitent les perturbations, la surface de la mer accumule davantage d’énergie. Une fois réchauffée, cette eau calme conserve sa chaleur pendant plusieurs semaines.
La Manche était déjà en surchauffe avant l’arrivée de l’été. Le phénomène s’inscrit donc dans une tendance plus large de réchauffement des océans, qui touche l’ensemble des façades maritimes françaises. La Normandie n’est d’ailleurs pas un cas isolé : l’eau a parfois dépassé 26°C dans le Sud-Ouest et atteint jusqu’à 30°C autour de la Corse cet été.
Une eau agréable pour les baigneurs, un stress pour la faune locale
Pour les vacanciers, une Manche à plus de 20°C peut sembler un cadeau. Pour la faune marine, la situation est autrement plus préoccupante. Les espèces adaptées aux eaux froides peuvent être fragilisées lorsque la température augmente durablement. C’est notamment le cas du bulot, une espèce emblématique de la pêche en Manche dont les populations et les captures font l’objet d’un suivi scientifique.
La hausse des températures peut également modifier la répartition des animaux marins et favoriser l’arrivée ou la prolifération d’autres organismes. Le réchauffement concerne aussi les algues et l’ensemble de l’écosystème côtier. Une eau plus chaude peut modifier les équilibres existants, avec des conséquences potentielles pour la pêche et les activités maritimes du bassin normand.
Ce qui se passe en Normandie n’est qu’un morceau d’un tableau bien plus vaste. L’ensemble des côtes françaises est concerné par ce réchauffement, avec des intensités variables. La Manche reste, pour l’instant, la zone la moins touchée : son brassage plus intense limite le phénomène. Mais la tendance de fond est bien là, mesurable, et elle ne ralentit pas.

