Le gouvernement autorise EDF à viabiliser le site des deux futurs EPR2 de Gravelines. Les réacteurs, eux, attendent un autre feu vert.
Un décret publié le 22 août au Journal officiel donne à EDF le droit d’engager les premiers travaux destinés à accueillir deux nouvelles unités nucléaires sur le site de Gravelines, dans le Nord. Ce texte marque la reprise d’un chantier nucléaire d’ampleur, une première depuis l’EPR de Flamanville, dont les retards et les surcoûts ont durablement marqué la filière. L’EPR2 reprend les grands principes de l’EPR, mais dans une version simplifiée, conçue pour sortir de terre plus vite et coûter moins cher.
Le texte ne constitue toutefois qu’une autorisation environnementale, pas un permis de bâtir les réacteurs. Il déclenche la préparation du site : viabilisation des futures plateformes, déplacement d’un terminal ferroviaire, terrassements d’ampleur et construction d’un centre d’information ouvert au public. Le périmètre s’étend sur quatre communes, Gravelines, Craywick, Loon-Plage et Bourbourg. Avant le moindre coup de pelle, EDF devra déménager les espèces protégées vivant sur place. Rien de nucléaire ne sort de terre pour l’instant. Les bâtiments abritant le combustible et les systèmes de sûreté attendent un autre feu vert, celui de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, l’ASNR, chargée d’examiner chaque détail technique du dossier.
L’électricien gagne donc le droit de dégrossir le chantier, pas encore celui de dresser la centrale. Selon EDF, le décret permet de lancer progressivement les premières opérations destinées à préparer le site. Mais il ne permet pas d’engager la construction des bâtiments destinés à recevoir des matières nucléaires ou à abriter des équipements nécessaires à la sûreté nucléaire[1]. Cette relance prolonge une décision prise début 2022, celle de bâtir une nouvelle flotte de réacteurs après des années sans la moindre commande.
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Deux réacteurs de 1 600 mégawatts sur le plus grand site d’Europe de l’Ouest
Chaque unité EPR2 développera 1 600 mégawatts, soit 3 200 mégawatts pour la paire. De quoi couvrir la consommation en électricité de plusieurs millions de foyers. Ces deux réacteurs viendront s’ajouter aux six tranches de 900 mégawatts déjà en service à Gravelines, qui forme la plus grande centrale nucléaire d’Europe de l’Ouest. Leur conception, dérivée de l’EPR de Flamanville, se veut plus standardisée, afin d’éviter les mauvaises surprises industrielles du passé.
Le site pèse déjà lourd sur le réseau. En 2025, ses six réacteurs ont produit 32,27 térawattheures d’électricité bas carbone, l’équivalent de 60 % de la consommation annuelle des Hauts-de-France. Avec les deux EPR2, sa puissance installée grimperait à 8 600 mégawatts, ce qui renforcerait encore son statut de première centrale nucléaire de la région. Le parc français vieillit : sa moyenne d’âge dépasse désormais quarante ans, ce qui pousse à préparer la relève.
| Indicateur | Site actuel (6 réacteurs) | Site avec EPR2 (8 réacteurs) |
|---|---|---|
| Puissance installée | 5 400 MW (6 × 900 MW) | 8 600 MW |
| Production 2025 | 32,27 TWh | — |
| Part de la consommation Hauts-de-France | 60 % | — |
Source : Science et Vie
Un programme à 72,8 milliards d’euros qui vise 2038

Gravelines n’est qu’un maillon d’un plan national. La France veut construire six réacteurs EPR2, par paires, sur trois sites : Gravelines, Penly en Normandie et le Bugey dans l’Ain, avec une option pour huit unités de plus. Le devis présenté fin 2025 chiffre ce programme à 72,8 milliards d’euros[1], une facture qui a déjà gonflé par rapport aux toutes premières estimations. À titre de repère, le seul EPR de Flamanville, raccordé fin 2024 avec plus de douze ans de retard, avait déjà vu son coût dépasser 13 milliards d’euros.
Le calendrier reste serré. La décision finale d’investissement, celle qui engagera pour de bon ces dizaines de milliards, est attendue avant la fin de l’année[2]. Si le rythme tient, la première paire de réacteurs, à Penly, devrait être mise en service à l’horizon 2038. Pour Gravelines, l’enjeu dépasse la seule production d’électricité : le territoire dunkerquois cherche à décarboner son industrie, aujourd’hui largement dépendante des énergies fossiles.
Pourquoi cette autorisation ne suffit pas encore
Un périmètre élargi sur quatre communes
Les travaux autorisés par le décret couvrent un périmètre étendu. Outre la viabilisation des plateformes et la relocalisation du terminal ferroviaire du Centre nucléaire de production d’électricité de Gravelines, le texte prévoit les terrassements, la création d’une enceinte étanche sous l’emprise des futurs bâtiments du bloc usine, le renforcement des sols et les premiers travaux de génie civil. Un parking sera aménagé sur les communes de Craywick et Bourbourg[3]. L’autorisation environnementale fixe également les exigences applicables pour la gestion de l’eau, la préservation de la biodiversité, la protection des espèces et des habitats naturels, le contrôle des nuisances et le suivi environnemental du chantier.
Avant le démarrage des opérations, EDF devra procéder à la relocalisation des espèces protégées vivant sur le site, à des périodes favorables. Un centre d’information ouvert au public sera également construit. Un suivi environnemental sera conduit pendant toute la durée des travaux, sous la supervision des autorités compétentes.
Un redémarrage après des décennies d’arrêt

Ce feu vert marque une étape clé dans la relance de la construction nucléaire en France. Le pays n’avait plus lancé de chantier de cette ampleur depuis l’EPR de Flamanville, dont les déboires ont durablement fragilisé la filière. L’EPR2, conçu pour être plus rapide à construire et moins coûteux, incarne la volonté de standardiser la conception et d’éviter les dérives industrielles passées. Reste que la construction proprement dite des réacteurs attend toujours l’autorisation de l’ASNR, qui examinera chaque détail technique avant de donner son accord.
En attendant, le site de Gravelines continue de fonctionner. Cet été, trois de ses réacteurs ont été provisoirement mis à l’arrêt en raison d’un afflux massif de méduses dans les installations de pompage d’eau de refroidissement[4]. La centrale puise son eau de refroidissement dans le port de Dunkerque, où plusieurs milliers de méduses s’étaient accumulées. Les unités 2, 3 et 4 se sont arrêtées automatiquement entre 23 heures et minuit le 9 août. Les deux autres, en maintenance, étaient déjà à l’arrêt. L’incident illustre la sensibilité des installations aux aléas naturels, dans un contexte de vieillissement du parc.
EPR2 de Gravelines : les faits à retenir
- Le décret du 22 août autorise la viabilisation du site de Gravelines, pas la construction des réacteurs
- Deux EPR2 de 1 600 MW chacun viendront s'ajouter aux six réacteurs de 900 MW déjà en service
- La décision finale d'investissement pour les six EPR2 est attendue fin 2026
- Le programme de six réacteurs est chiffré à 72,8 milliards d'euros
- Le site de Gravelines a produit 32,27 TWh en 2025, soit 60 % de la consommation des Hauts-de-France
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés


