Une greffe de cellules souches génétiquement modifiées par CRISPR a permis une reconstitution sanguine chez 30 adultes atteints principalement de leucémie aiguë myéloïde à haut risque. Ces résultats sont encourageants, mais la stratégie reste expérimentale et l’essai a été arrêté prématurément.
L’étude, publiée le 12 mai 2026 dans Nature Medicine et remise en lumière en septembre, porte sur une approche destinée à résoudre un problème délicat : certaines thérapies capables de viser les cellules leucémiques attaquent aussi des cellules sanguines saines. Les chercheurs ont donc modifié les cellules souches d’un donneur avant leur transplantation afin de leur retirer une cible appelée CD33.
- Une greffe de cellules souches modifiées par CRISPR a permis la reconstitution sanguine chez 30 adultes atteints de leucémie aiguë.
- Les cellules modifiées restent protégées face aux traitements anti-CD33, sans cytopénies sévères prolongées observées.
- L'essai arrêté prématurément pour raisons financières reste expérimental et non disponible en France.
Une greffe CRISPR testée chez 30 adultes
L’essai multicentrique de phase 1/2a a inclus 30 adultes ayant reçu le produit expérimental tremtelectogene empogeditemcel, ou trem-cel. Vingt-neuf souffraient d’une leucémie aiguë myéloïde et un d’un syndrome myélodysplasique. Tous présentaient un risque élevé de rechute.
Les cellules souches du donneur ont été modifiées avec CRISPR-Cas9 pour supprimer CD33. Cette protéine est présente sur de nombreuses cellules de leucémie aiguë myéloïde, mais également sur des cellules normales de la lignée myéloïde. L’objectif est de rendre les cellules issues de la greffe résistantes à des traitements anticancéreux dirigés contre CD33.
Les 30 patients ont obtenu la prise de greffe des neutrophiles dans les 28 jours, critère principal de sécurité de l’étude. Le délai médian était de 10 jours. La récupération des plaquettes a été observée chez 29 patients, avec un délai médian de 16 jours.
L'essai a été arrêté prématurément pour des raisons financières.
Un traitement anti-CD33 ensuite administré à 19 patients

Dix-neuf participants ont ensuite reçu au moins un cycle de gemtuzumab ozogamicine en traitement d’entretien. Cet anticorps conjugué reconnaît CD33 et délivre un agent anticancéreux aux cellules qui portent cette protéine.
Les chercheurs n’ont pas observé de cytopénies sévères prolongées pendant ce traitement d’entretien. Ce résultat soutient l’hypothèse selon laquelle la suppression de CD33 dans les cellules du donneur peut protéger la production normale de cellules sanguines lorsqu’un médicament anti-CD33 est administré.
Il ne s’agit toutefois pas d’une démonstration d’efficacité définitive contre la leucémie. Le suivi médian des patients encore vivants était de 7,9 mois à la date d’analyse. Sept participants sont décédés pendant l’étude : quatre à la suite de la progression de leur cancer et trois de complications liées à la transplantation.
L’essai a été interrompu avant son terme
Point important pour interpréter ces résultats : l’essai a été arrêté prématurément pour des raisons financières. La phase 1 d’escalade de dose a été menée à son terme, mais seule une partie de l’expansion prévue en phase 2 a été réalisée. Le registre officiel américain ClinicalTrials.gov répertorie l’étude NCT04849910 comme terminée prématurément.
Le faible nombre de participants, l’absence de groupe comparateur randomisé et l’interruption de l’étude empêchent donc de conclure que cette stratégie améliore la survie par rapport à une greffe conventionnelle. Le travail établit surtout une preuve de faisabilité et fournit des données de sécurité sur la transplantation de cellules souches privées de CD33.
Ce que cela change pour les patients en France
Cette greffe CRISPR ne constitue pas un nouveau traitement disponible en routine en France. L’étude a été conduite dans des centres aux États-Unis et au Canada. Ses résultats ne modifient donc pas, à ce stade, la prise en charge des patients français atteints de leucémie aiguë myéloïde.
Le gemtuzumab ozogamicine, commercialisé sous le nom Mylotarg, dispose en revanche d’une autorisation européenne pour certaines leucémies aiguës myéloïdes CD33 positives, selon des conditions précises. Son indication autorisée peut être vérifiée dans la fiche officielle de l’Agence européenne des médicaments. Cette autorisation ne doit pas être confondue avec le protocole expérimental associant ce médicament à des cellules souches modifiées par CRISPR.
En France, le traitement d’une leucémie aiguë est défini en milieu spécialisé selon le type de leucémie, ses caractéristiques biologiques, l’âge et l’état général du patient. L’allogreffe de cellules souches peut notamment être discutée dans certaines situations à risque, comme le rappelle le guide de l’Institut national du cancer consacré aux leucémies aiguës.
Une piste de recherche, pas encore une nouvelle option thérapeutique
Ces résultats montrent qu’il est techniquement possible de greffer des cellules souches dont CD33 a été supprimé par CRISPR et de conserver une production sanguine après la transplantation. La question essentielle reste désormais de savoir si cette protection permettra, dans des essais plus larges et comparatifs, de mieux prévenir ou traiter les rechutes sans augmenter les risques. Pour un patient suivi en France, aucune démarche particulière n’est à entreprendre sur la base de cette étude en dehors d’une discussion avec l’équipe d’hématologie qui assure sa prise en charge.
Questions fréquentes
Pourquoi les chercheurs ont-ils supprimé CD33 des cellules greffées ?
CD33 est présente sur de nombreuses cellules de leucémie aiguë myéloïde et sur des cellules normales. En supprimant cette protéine, les chercheurs ont rendu les cellules greffées résistantes aux traitements anticancéreux dirigés contre CD33, permettant de cibler les cellules leucémiques sans endommager les cellules saines du donneur.
Cette greffe CRISPR est-elle accessible aux patients français atteints de leucémie aiguë ?
Non, cette greffe ne constitue pas un nouveau traitement disponible en routine en France. L’étude a été conduite aux États-Unis et au Canada, et ses résultats ne modifient pas la prise en charge des patients français à ce stade.
Pourquoi l'arrêt prématuré de l'essai limite-t-il les conclusions ?
Le faible nombre de participants, l’absence de groupe comparateur randomisé et l’interruption empêchent de conclure que cette stratégie améliore la survie par rapport à une greffe conventionnelle. L’étude établit surtout une preuve de faisabilité et fournit des données de sécurité.

