La Direction générale de l’armement a passé commande à MBDA pour le développement de l’ASN4G, missile hypersonique nucléaire destiné à remplacer l’ASMPA rénové. Entrée en service visée : 2035.
L’annonce est tombée le 11 juin 2026. Le ministère des Armées a officiellement confié à MBDA le développement de l’Air-Sol Nucléaire de 4e Génération, connu sous le sigle ASN4G. Le missile doit succéder à l’ASMPA-R, actuellement mis en œuvre par les Forces aériennes stratégiques et la Force aéronavale nucléaire. La commande s’inscrit dans le cadre de la loi de programmation militaire, qui prévoit la modernisation de la composante nucléaire aéroportée.
Ce n’est pas un programme sorti de nulle part. Les premières études remontent aux années 1990. Le projet a été évoqué publiquement pour la première fois par le général Denis Mercier, alors chef d’état-major de l’armée de l’Air, lors d’une audition à l’Assemblée nationale. MBDA a ensuite mené ses propres travaux sur les technologies hypersoniques à partir des années 2000-2010, dans le cadre des programmes PROMETHEE 1, 2 et 3, en cotraitance avec l’ONERA.
Un missile conçu pour franchir les défenses de 2050
L’ASN4G ne se contente pas d’améliorer l’existant. Selon le communiqué du ministère des Armées, il constitue une “rupture technologique” par rapport aux systèmes précédents. Son hypervélocité est présentée comme le levier central pour maintenir la crédibilité de la dissuasion aéroportée face à l’évolution des menaces.[3]
L’amiral (2S) Hervé de Bonnaventure, conseiller défense du PDG de MBDA, l’a précisé lors d’une audition parlementaire : les performances de l’ASN4G dépassent celles de l’ASMPA-R, et le missile devra rester opérationnel au-delà des années 2050. Ce calendrier long impose d’anticiper dès maintenant les systèmes de défense sol-air que l’adversaire pourrait déployer à cet horizon.[4]
La difficulté est connue de longue date. L’ONERA l’avait formulée sans détour dans son plan stratégique 2015-2025 : la “stratégie de pénétration des défenses adverses par des missiles à vitesses hypersoniques reste un défi scientifique et technologique majeur”, mobilisant des disciplines aussi variées que l’aérodynamique, la propulsion, l’architecture du vecteur, son contrôle et son pilotage. La furtivité pose ses propres contraintes : elle exige des matériaux compatibles avec des environnements extrêmes et des systèmes de préparation de mission capables de maximiser la pénétration des défenses.[1]
C’est précisément là que les décennies de recherche sur la propulsion hypersonique prennent leur sens. L’ONERA a travaillé sur le statoréacteur mixte depuis la fin des années 1990, un moteur capable d’effectuer successivement une combustion subsonique puis supersonique. Ces travaux ont permis de faire “monter en maturité” des technologies qui alimentent directement le programme ASN4G.
Un savoir-faire que peu de pays maîtrisent

Le ministère des Armées ne minimise pas l’enjeu industriel. Le communiqué officiel souligne que l’ASN4G “repose sur un savoir-faire technologique et industriel que peu de pays au monde possèdent”. La formulation est rare dans les textes officiels français, habituellement plus sobres sur les capacités comparées.
MBDA n’est pas seul dans la boucle technologique. ArianeGroup travaille en parallèle sur des démonstrateurs hypersoniques. André-Hubert Roussel, président exécutif du groupe, a confirmé que le premier vol du planeur hypersonique V-MAX, lancé par une fusée-sonde, est programmé, et qu’un second démonstrateur, le V-MAX2, en sera le prolongement. La DGA a confié à ArianeGroup plusieurs études amont sur les futurs systèmes d’armes susceptibles d’exploiter ces technologies. L’écosystème hypersonique français s’organise donc sur plusieurs fronts simultanément.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Missile remplacé | ASMPA rénové (ASMPA-R) |
| Porteurs actuels | Forces aériennes stratégiques (FAS) et Force aéronavale nucléaire (FANu) |
| Date d’entrée en service visée | 2035 |
| Durée opérationnelle prévue | Au-delà des années 2050 |
| Maître d’œuvre | MBDA |
| Partenaire recherche historique | ONERA (programmes PROMETHEE 1, 2 et 3) |
| Cadre contractuel | Loi de programmation militaire |
Source : Mer et Marine, Zone Militaire
Pourquoi l'ASN4G redéfinit la dissuasion aéroportée française
La course hypersonique s’accélère en Europe
La France n’est pas la seule à investir massivement dans ce domaine. Le Royaume-Uni et l’Allemagne ont annoncé en mars 2026 le développement conjoint de missiles de croisière hypersoniques d’une portée supérieure à 2 000 km, avec MBDA UK-Allemagne comme maître d’œuvre et Rheinmetall pour les lanceurs. Ce programme vient en complément de l’initiative ELSA, à laquelle la France est également associée.[5]
Le président Macron l’avait affirmé depuis l’Île-Longue le 2 mars 2026 : la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni “vont travailler ensemble à des projets de missiles de très longue portée” dans le cadre d’ELSA. La commande passée à MBDA pour l’ASN4G s’inscrit dans ce contexte de réarmement hypersonique européen, avec une particularité : l’ASN4G est un programme strictement national, à vocation nucléaire, quand ELSA porte sur des capacités conventionnelles de frappe dans la profondeur.
La doctrine française reste sur ce point sans ambiguïté : le nucléaire et le conventionnel sont maintenus séparés, pour éviter toute ambiguïté stratégique qui conduirait un adversaire à interpréter une frappe conventionnelle comme une attaque nucléaire.
2035 : une échéance qui engage déjà les industriels
La commande officialisée le 11 juin 2026 marque le passage des études préliminaires au développement à proprement parler. Pour MBDA, c’est l’aboutissement de plus de deux décennies de travaux de maturation technologique. Pour la DGA, c’est la mise en œuvre concrète de l’engagement pris dans la LPM sur la composante aéroportée de la dissuasion.
L’horizon 2035 laisse un peu moins de neuf ans pour qualifier un système d’armes hypersonique à capacité nucléaire, intégrer les têtes nucléaires, valider les porteurs (Rafale en priorité), et livrer le tout aux Forces aériennes stratégiques et à la Force aéronavale nucléaire. Le calendrier est serré. Les industriels le savent : la maturation technologique est avancée, mais le chemin entre un démonstrateur et une arme nucléaire opérationnelle reste l’un des processus les plus contraignants qui soit.
ASN4G : dates, porteurs et maître d'œuvre en un coup d'œil
- La DGA a commandé à MBDA le développement du missile hypersonique nucléaire ASN4G le 11 juin 2026.
- L'ASN4G remplacera l'ASMPA rénové, actuellement en service dans les Forces aériennes stratégiques et la Force aéronavale nucléaire.
- L'entrée en service est visée pour 2035, avec une obligation de crédibilité au-delà des années 2050.
- Les travaux préliminaires remontent aux années 1990 ; MBDA a conduit des études hypersoniques dans les programmes PROMETHEE 1, 2 et 3 avec l'ONERA.
- Le ministère des Armées qualifie l'ASN4G de 'rupture technologique' reposant sur un savoir-faire que 'peu de pays au monde possèdent'.
- En parallèle, le Royaume-Uni et l'Allemagne développent des missiles hypersoniques conventionnels de plus de 2 000 km de portée dans le cadre d'ELSA.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
