Paul Seixas, 19 ans, s’élance samedi 4 juillet sur son premier Tour de France. Christian Prudhomme, patron de la Grande Boucle, n’a « jamais vu un champion français comme ça depuis Bernard Hinault ».
À quelques heures du départ, l’air chaud de Barcelone charrie un parfum d’espoir. Quarante et un ans après la dernière victoire d’un Français sur le Tour, Bernard Hinault en 1985 —, son possible successeur s’apprête à découvrir la Grande Boucle par un contre-la-montre par équipes. Il n’a que 19 ans, compte une saison et demie chez les pros, porte encore aux bras les marques de sa chute mi-juin sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes. Mais Paul Seixas a déjà rouvert le carton à rêves dont personne ne connaît encore la contenance.
Christian Prudhomme, directeur du Tour et mémoire vivante du cyclisme français, ne cache pas son enthousiasme. « Je n’ai jamais vu un champion français comme ça depuis Bernard Hinault. » La France a eu Romain Bardet, Thibaut Pinot, Julian Alaphilippe. Avec le Lyonnais s’ouvre une ère différente, aux frontières encore floues. À chaque course cette saison, le public français découvre un peu plus ce coureur qui, lui, en devient déjà un autre.
Jeudi, à Barcelone, il était déjà convié à la conférence de presse réservée aux favoris, alors qu’il n’a jamais pris le départ du Tour. Signe que l’organisation elle-même le place dans cette sphère. Il y a répondu sans ombrage, sans excès d’ambition non plus.
« On ne dirait pas qu’il a 19 ans »
« Ce qui m’impressionne le plus, c’est la maturité à son âge. Il a vraiment la tête sur les épaules, on ne dirait pas qu’il a 19 ans. Quand on repense où on était à son âge, on se dit que c’est vraiment un truc de fou », sourit Alex Baudin, son compatriote membre de l’équipe EF Education. « Tout le monde parle de lui mais ça vaut le coup, c’est tellement un phénomène. La France attend celui qui va gagner le Tour et ça peut être lui. Donc je comprends l’engouement. »
Ses compatriotes, interrogés lors de la présentation des coureurs, observent avec attention les débuts du prodige. « C’est bien pour le cyclisme français. Après, on veut tout, tout plus vite, ça a changé par rapport à ma génération », estime Warren Barguil[1], lui aussi très apprécié du public, notamment lors du Tour 2017 où il avait remporté le maillot à pois et deux étapes. « Je pense que ça va devenir de plus en plus normal qu’on ait des talents comme ça qui sortent des juniors, à 19 ans, 20 ans, et qui explosent au plus haut niveau. » Le Breton évoque la précocité de Remco Evenepoel, comparable à celle de Seixas au même âge.
Adulé par le public, Julian Alaphilippe (Tudor) constate aussi la maturité désarmante de Paul Seixas. « Je n’ai pas spécialement de conseil à lui donner, je pense qu’il est très bien entouré. Pour l’instant, il gère ça plutôt très bien. J’espère qu’il passera un bon Tour de France », lui souhaite le cinquième du Tour 2019, qui a connu cette année-là, en compagnie de Thibaut Pinot, la fureur qui entoure un Français bien classé au général.
Sept victoires en 2026, dont la Flèche Wallonne
Le Lyonnais, né le 24 septembre 2006, termine sa préparation avec son équipe Decathlon-CMA CGM à quelques jours seulement du départ. Une question demeure : parviendra-t-il à assumer son statut de pépite du cyclisme sur la plus grande course du monde ?
Sa saison 2026, la première complète sur le circuit professionnel, l’a largement confirmé dans ce rôle. Sept victoires, dont certaines de prestige : la Flèche Wallonne[2], le Tour du Pays Basque. Début avril, sur cette course basque, il remporte les deux premières étapes à Bilbao et Astitz, signant ses premiers succès en World Tour. Régulier et attentif les jours suivants, il grappille du temps sur ses concurrents et s’adjuge même l’étape-reine, levant les bras à Eibar. Vainqueur final, il devient le premier Français lauréat d’une course par étapes World Tour depuis Christophe Moreau lors du Critérium du Dauphiné en 2007, ainsi que le plus jeune coureur à remporter le Tour du Pays basque : 19 ans et six mois[3]. Il raffle aussi les classements de meilleur grimpeur, meilleur sprinteur et meilleur jeune de l’épreuve.
| Course | Résultat | Date |
|---|---|---|
| Tour du Pays Basque | Vainqueur final + 3 étapes | Avril 2026 |
| Flèche Wallonne | Vainqueur | 2026 |
| Liège-Bastogne-Liège | Deuxième (derrière Pogačar) | 2026 |
| Championnats d’Europe (course en ligne) | Médaille de bronze | Automne 2025 |
Source : Wikipédia, Olympics.com
À l’automne 2025, lors des Championnats d’Europe qui se déroulaient en France, il avait déjà frappé les esprits. Sur la course en ligne, il était parvenu à se défaire de Juan Ayuso et Christian Scaroni et s’en était allé chercher la médaille de bronze, à plus de trois minutes de Pogačar. « C’est énorme ce qu’il a fait, il faut se rendre compte, il n’a que 19 ans. C’est le premier des autres », derrière les deux grands favoris, l’avait alors félicité le sélectionneur Thomas Voeckler.
Les enjeux du Tour de France de Seixas
« Je suis leader et peu importe mon âge »
Lors de Liège-Bastogne-Liège, cette saison, Paul Seixas ne va pas gagner. Il finit par lâcher à 13 kilomètres de l’arrivée, mais c’est une bascule qui confirme ce que l’on voyait poindre depuis quelques mois. Le Français est un immense prodige, encore plus précoce que Pogačar au même âge. En 2026, son ascension est si fulgurante que son équipe Decathlon-CMA CGM a décidé de l’aligner au départ du Tour de France. À 19 ans, c’est impensable. Il sera en effet le plus jeune coureur à prendre le départ de la Grande Boucle depuis 1937[4].
« Je suis vraiment très heureux d’annoncer que je vais participer au prochain Tour de France », a-t-il déclaré début mai. « C’est un rêve d’enfance, quelque chose que j’ai souvent imaginé, et maintenant c’est très proche. Je n’ai que 19 ans, mais comme je l’ai déjà dit, l’âge n’est ni une barrière ni une excuse. Mes résultats depuis le début de la saison m’ont donné beaucoup de confiance, je me sens prêt et j’aurai des objectifs ambitieux. Ce n’est pas mon état d’esprit ni ma vision du cyclisme de m’aligner au Tour de France simplement pour acquérir de l’expérience, je viserai le meilleur résultat général possible. »
Des propos pleins d’assurance. Après sa victoire à la Flèche Wallonne, il avait déjà affiché cette mentalité : « Je suis leader et peu importe mon âge. Quand j’arrive sur une course, c’est pour la remporter ! » Une posture inhabituelle pour un coureur de 19 ans[5]. Le « je suis là pour apprendre » n’est pas dans son tempérament. Jean-Baptiste Quiclet, membre de l’encadrement de Decathlon-CMA CGM, souligne cette particularité : « Il y a chez lui une forme d’insouciance par rapport à la difficulté. Paul a de l’ambition sans esprit de revanche ni frustration, il est dans le positif, c’est important dans ce qu’il dégage aujourd’hui. »
Un encadrement sur mesure
Au sein de son équipe Decathlon-CMA CGM, ses coéquipiers sont déjà en ordre de marche pour que le pari Seixas se déroule au mieux. « Depuis un an et demi, je pense que l’équipe a trouvé le bon fonctionnement autour de lui », explique Jean-Baptiste Quiclet. « Paul a déployé beaucoup d’énergie mentale pour s’acclimater au peloton professionnel d’une manière expresse. Il était logique d’adapter nos process et affiner nos systèmes pour qu’il se sente le plus à l’aise possible. C’est quasi du sur-mesure. Paul va être capable de lâcher prise sur le vélo s’il est dans de bonnes dispositions environnementales, si le contenu de l’entraînement ou la tactique de course est construit avec lui. »
Le coureur lyonnais possède des origines portugaise et tchécoslovaque par ses arrière-grands-parents. Ses parents, Emmanuel et Emmanuelle Seixas, sont tous deux karatékas. Son père a pratiqué à haut niveau le karaté, dont il est vice-champion de France. Né l’année du coup de boule de Zinédine Zidane en finale de la Coupe du monde 2006, Paul Seixas appartient à la génération Z. C’est naturellement qu’il s’est servi des réseaux sociaux et de YouTube pour annoncer sa participation au Tour de France, à travers une séquence émouvante chez ses grands-parents en Haute-Savoie, lieu « où tout a commencé » pour lui. « C’est là que j’ai commencé le vélo », explique-t-il dans la vidéo. « J’ai aussi commencé à m’entraîner par ici. Il y a une montée à côté, ça s’appelle la Côte de Luth. Quand j’étais gamin, c’était mon truc. Je la montais le plus vite possible. »
Samedi 4 juillet, Paul Seixas, du haut de ses 19 ans, franchira une étape historique. Reste à savoir jusqu’où il ira.
Paul Seixas sur le Tour 2026 : les faits
- Paul Seixas, 19 ans, prend le départ du Tour de France 2026 le 4 juillet à Barcelone
- Christian Prudhomme : « Je n'ai jamais vu un champion français comme ça depuis Bernard Hinault »
- Sept victoires en 2026, dont la Flèche Wallonne et le Tour du Pays Basque
- Plus jeune coureur à prendre le départ du Tour depuis 1937
- Médaille de bronze aux Championnats d'Europe 2025 (course en ligne)
- Premier Français vainqueur d'une course par étapes World Tour depuis Christophe Moreau en 2007
Sources
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