Le recensement exhaustif de Mayotte s’est achevé le 24 janvier 2026 avec 97 % des logements couverts, mais les résultats ne seront connus qu’à l’été, puis consolidés fin 2026.
L’opération était lancée le 27 novembre 2025 à grands renforts de moyens : quatre millions d’euros, dont deux financés par l’Insee et deux par les communes, couvertes aux trois quarts par les dotations d’État. Sept cents agents recenseurs sur le terrain, encadrés par 80 coordinateurs communaux et une dizaine d’agents Insee. L’objectif : établir enfin un décompte fiable de la population d’un territoire où les estimations fluctuaient entre 280 000 habitants officiels et des chiffres parfois évoqués autour de 500 000, jugés depuis « non réalistes » par l’institut. Un recensement exhaustif, une première dans le département depuis longtemps, qui devait clore une incertitude démographique lourde de conséquences sur les dotations, les infrastructures, la reconstruction post-Chido.
Le bilan de collecte est meilleur que dans l’Hexagone ou les autres territoires d’outre-mer, avec une couverture incluant les bangas (ces habitations informelles) et les populations sans-abri, en habitations mobiles ou vivant en communautés. Mais sur le terrain, la collecte s’est heurtée à la méfiance, à la rancune post-cyclone, à l’absence de nombreux habitants partis en vacances. Et surtout à une polémique qui enfle avant même la publication des premiers chiffres.
Des maires alertent, une candidate dénonce
Dès début janvier, les maires de Mayotte adressaient un courrier au préfet pour demander un report de l’échéance. En cause : des habitants qui refusent de se faire recenser, certains par sentiment d’abandon après le passage du cyclone Chido, d’autres parce qu’ils s’estiment « de passage » sur l’île[2]. Au 2 janvier 2026, huit jours avant la fin théorique, l’Insee annonçait un taux de réalisation de 76 %. Le report n’a finalement pas été accordé, mais l’opération s’est poursuivie jusqu’au 24 janvier pour compléter la couverture.
Ramlati Ali, conseillère départementale et candidate d’opposition à Mamoudzou pour les municipales de 2026, a publiquement mis en cause la fiabilité du processus. Elle pointe « un nombre important de logements vides » comptabilisés comme vacants alors que leurs occupants étaient hors du territoire pour les vacances, ainsi qu’un « retard extrêmement préoccupant » dans les communes de Mamoudzou et Koungou. Elle interroge également « l’utilisation concrète des dotations d’État destinées au recrutement des agents recenseurs » dans ces communes, visant indirectement son concurrent aux élections.
Anjili Abdou Langui, coordinateur communal et agent de la mairie de Dembéni, assumait dès le lancement que « les polémiques, quoi qu’il en soit, il y en aura toujours ». Pour lui, la coopération entre communes et Insee vise aussi à « légitimer auprès des élus les résultats qui seront officialisés à la fin de l’année 2026 » : « Il n’y a pas mieux que de faire le travail nous-mêmes pour être convaincus[2]. »
Un calendrier en deux temps : été 2026, puis décembre
L’Insee annonce un chiffre provisoire à l’été 2026, puis un chiffre consolidé par décret avant la fin de l’année, conformément à la procédure appliquée aux autres communes de France[3]. Entre les deux : une phase de vérification et de traitement de la non-réponse, étape classique mais décisive. Pour plus de la moitié des logements non-enquêtés, l’agent recenseur a pu renseigner, via le voisinage, le nombre d’occupants ; cette information sera prise en compte. Pour les autres, une procédure d’imputation standard reproduira la distribution moyenne du nombre d’occupants par logement observée dans le reste du territoire.
L’institut affirme d’ores et déjà que « le chiffre de 500 000 habitants pour Mayotte, parfois évoqué, n’est pas réaliste »[3]. Reste à savoir quel sera le chiffre retenu, et s’il permettra de trancher les débats sur l’immigration illégale et la pression démographique réelle. La question n’est pas triviale : elle conditionne le calibrage des investissements publics dans un département marqué par la destruction massive de ses infrastructures après le cyclone Chido du 14 décembre 2025.
| Étape | Date ou chiffre |
|---|---|
| Lancement de la collecte | 27 novembre 2025 |
| Fin de la collecte | 24 janvier 2026 |
| Taux de couverture des logements | 97 % |
| Budget total | 4 millions € |
| Agents recenseurs | 700 |
| Coordinateurs communaux | 80 |
| Chiffre provisoire attendu | Été 2026 |
| Chiffre consolidé (décret) | Fin 2026 |
Source : Insee, TRT Français
Pourquoi le recensement de Mayotte cristallise les tensions
Immigration et démographie : des chiffres attendus
La pression migratoire comorienne pèse lourd dans les incertitudes démographiques. En 2017, dernière estimation officielle disponible, 48 % de la population mahoraise était étrangère. Des estimations non officielles évoquaient un dépassement de 55 % en 2024, avant de corriger ces flux des naturalisations acquises à Mayotte depuis 2022. Le ministère de l’Intérieur indique que pour 2022, les naturalisations de Comoriens ont concerné près de 2 999 individus, sans préciser leur répartition géographique entre Mayotte, un autre DOM ou la métropole[5].
Le recensement devait permettre de « clarifier les questions démographiques entourant l’évaluation de la population réelle », selon la demande initiale du Premier ministre François Bayrou[5]. Il s’agissait aussi de calibrer plus justement les investissements à programmer dans le cadre de la reconstruction post-Chido. Mais avant même les résultats, les polémiques sur la méthode et la fiabilité ont commencé. L’Insee assure que l’opération est « une réussite » au vu du taux de couverture : 97 %, « meilleur que ce qui est observé habituellement dans l’Hexagone ou les autres départements et régions d’outre-mer »[3].
Enjeux politiques et électoraux
Le recensement se déroule à quelques mois des élections municipales de 2026. Les polémiques sur la méthode, les accusations de retard dans certaines communes et les doutes sur l’utilisation des dotations servent déjà d’arguments de campagne. Ramlati Ali, candidate d’opposition à Mamoudzou, en a fait un point de discorde publique, visant directement le maire sortant.
Les enjeux dépassent la simple statistique : le nombre d’habitants conditionne les dotations de l’État, les moyens alloués aux services publics, la représentation politique, les infrastructures. Dans un territoire qui peine à rattraper son retard et qui sort d’une catastrophe naturelle majeure, le chiffre qui sera annoncé cet été, puis consolidé en décembre, aura des conséquences concrètes pour des années.
En attendant, les agents de l’Insee traitent les données remontées par les communes, vérifient, imputent, corrigent. La méthode est classique, mais l’attention médiatique et politique est inédite. Comme le prévenait Anjili Abdou Langui : « Les polémiques, quoi qu’il en soit, il y en aura toujours. » Le rendez-vous est pris pour l’été, puis pour la fin de l’année.
Recensement Mayotte 2026 : dates et chiffres clés
- La collecte s'est achevée le 24 janvier 2026 avec 97 % des logements couverts, y compris les bangas.
- L'Insee annoncera un chiffre provisoire à l'été 2026, puis un chiffre consolidé par décret fin 2026.
- Des maires ont demandé un report, certains habitants refusant de se faire recenser après le cyclone Chido.
- Ramlati Ali, candidate à Mamoudzou, dénonce un retard à Mamoudzou et Koungou et questionne l'usage des dotations.
- L'Insee écarte le chiffre de 500 000 habitants parfois évoqué, jugé « non réaliste ».
- En 2017, 48 % de la population mahoraise était étrangère ; des estimations non officielles évoquaient 55 % en 2024.
Sources
3 sources · 7 faits sourcés
