Tadej Pogačar a repris le maillot jaune jeudi 9 juillet dans les Pyrénées en reléguant Jonas Vingegaard à 2’38, une démonstration de force qui place le Slovène en position de conquérir son cinquième Tour.
Les Pyrénées auraient pu être le théâtre d’un duel. Elles ont surtout montré l’écart actuel entre Pogačar et le reste du plateau. À cinq kilomètres du sommet du Tourmalet, à la sortie d’un tunnel, le champion du monde a accéléré brutalement, escorté par son coéquipier Isaac del Toro. Vingegaard a tenté de suivre, tout comme Paul Seixas. Ils ont vite compris qu’insister serait suicidaire : tous ont levé le pied, résignés à limiter les dégâts.
Pogačar a filé seul vers la victoire, sa 23e sur le Tour de France, sa 11e dans les Pyrénées qu’il affectionne tant. À l’arrivée à Gavarnie-Gèdre, pâle et voûté sur sa monture, il a vite retrouvé le sourire. « Je ne m’attendais pas à des écarts aussi grands et à reprendre le maillot jaune. Cela confirme qu’on a fait une bonne préparation pour ce Tour, et qu’on peut être plus détendus pour les prochaines étapes », a-t-il déclaré au micro de France Télévisions.
L’équipe UAE Team Emirates a récupéré jeudi trois maillots distinctifs : le jaune, arraché à Torstein Traeen tombé en cours d’étape, le blanc à Mathias Vacek et le à pois à Alex Baudin. Avec trois victoires d’étape en six jours et deux coureurs sur le podium, la formation émiratie plane déjà sur cette édition 2026.
Vingegaard tenté, puis résigné
Le scénario est devenu habituel. UAE Team Emirates place sa fusée à étages en tête du peloton dès le premier col sérieux. Jeudi, c’était dans l’Aspin. Nils Politt et Tim Wellens ont d’abord écrémé les plus faibles[1]. Puis Brandon McNulty et Adam Yates ont éviscéré les récalcitrants pour déployer l’attaque en duo Pogačar-del Toro une fois le maigre peloton rendu exsangue.
« C’était le plan de faire une journée très dure. On avait mis une grosse croix rouge sur cette étape. Maintenant tout le monde sait, Tadej a les meilleures jambes mais un Tour de France c’est très compliqué, beaucoup de choses peuvent se passer : il peut tomber, être malade. On espère que ça n’arrive pas », a réagi Tim Wellens dans l’aire d’arrivée.
Vingegaard, lui, a tenté avant de se résigner. Le Danois de Visma-Lease a Bike concède désormais 2’38 au classement général, une avance confortable pour Pogačar qui égalise avec son rival au nombre de secondes gagnées dans la journée mais le devance grâce à un meilleur total de places cumulées depuis le départ.
Trois jours, trois victoires, trois maillots
Pogačar avait déjà marqué les esprits dès la troisième étape avec une victoire à Les Angles, ouvrant un premier écart de deux secondes sur Vingegaard[3]. Ce jour-là, il avait décroché sa 22e victoire d’étape sur le Tour, égalant le cinquième meilleur total de l’histoire détenu par André Darrigade. Jeudi, il a porté ce compteur à 23.
Le manager d’UAE Team Emirates, Mauro Gianetti, a confirmé que le Slovène avait franchi un cap cet hiver. « On savait que Tadej était plus en forme que l’année passée, qu’il avait passé un stade avec des changements d’entraînement, une préparation plus spécifique sur la haute montagne et les étapes plus dures et longues », s’est-il félicité, tout en saluant le panache du rival danois.
| Position | Coureur | Équipe | Écart |
|---|---|---|---|
| 1 | Tadej Pogačar | UAE Team Emirates | — |
| 2 | Jonas Vingegaard | Visma-Lease a Bike | + 2’38 |
| 3 | Paul Seixas | Decathlon CMA CGM | + 2’58 |
Source : France Télévisions
Pourquoi Pogačar écrase déjà le Tour 2026
Un cinquième sacre historique en vue
À 27 ans, Pogačar vise un cinquième titre sur le Tour de France, ce qui le placerait dans le cercle très fermé des légendes du cyclisme. Seuls quatre hommes ont atteint ce palier : Eddy Merckx, Miguel Indurain, Bernard Hinault et Jacques Anquetil[2]. S’il y parvient cette année, le Slovène deviendrait le plus jeune à réussir cet exploit.
« Après l’année passée, toutes les questions sont réglées pour moi. Tadej est tout simplement le meilleur cycliste que nous ayons jamais vu », a déclaré Tejay van Garderen, consultant pour NBC Sports[5]. La démonstration de jeudi semble lui donner raison : Pogačar a transformé une étape de montagne attendue en un numéro solitaire, écartant la concurrence d’un simple coup d’accélérateur.
Vingegaard privé de Van Aert
Jonas Vingegaard arrivait pourtant sur ce Tour avec des ambitions. Vainqueur du Giro d’Italia en juin, le Danois tentait de réaliser le doublé Giro-Tour, exploit que seul Pogačar a réussi en 2024 parmi les coureurs de cette génération[5]. « Avec le niveau que j’ai montré sur ce Giro, je crois au moins que je serai dans une très, très bonne forme pour le Tour de France », avait-il déclaré à l’issue de la course italienne.
Mais Vingegaard aborde cette édition 2026 privé d’un soutien majeur : Wout van Aert, dix fois vainqueur d’étape sur le Tour et seul homme à avoir battu Pogačar cette année (à Paris-Roubaix), est forfait sur blessure au coude. Le Danois devra s’appuyer sur les Américains Matteo Jorgenson et Sepp Kuss pour l’aider dans les Alpes et les Pyrénées.
Un parcours dessiné pour Pogačar
Le tracé 2026, parti de Barcelone le 4 juillet avec un contre-la-montre par équipes inaugural, plonge vite dans les Pyrénées dès la troisième étape. Les grandes batailles de montagne se sont donc nouées très tôt, avant même que le peloton traverse le Massif Central. Le Tour s’achèvera à Paris le 26 juillet, après deux étapes consécutives à l’Alpe d’Huez les 24 et 25 juillet, et un retour du mythique Montmartre en guise d’ultime difficulté avant les Champs-Élysées[5].
Ce parcours exigeant, avec ses arrivées en altitude précoces et ses étapes longues, correspond exactement à la préparation spécifique qu’a suivie Pogačar cet hiver. L’imprévisibilité du Slovène, capable de transformer une journée de routine en coup de théâtre d’un seul coup de pédale, fait de lui une menace permanente. Ses adversaires ne peuvent se permettre aucun relâchement : chaque instant de flottement risque de se payer en dizaines de secondes perdues.
Avec 2’38 d’avance après seulement six jours de course, Pogačar ne doit plus gérer qu’une seule inconnue, celle qu’a rappelée Tim Wellens : la chute ou la maladie. Pour le reste, jeudi dans les Pyrénées, il a montré qu’il possédait simplement les meilleures jambes.
Tour de France 2026 : les chiffres de la domination Pogačar
- Tadej Pogačar reprend le maillot jaune jeudi 9 juillet après une attaque solitaire au Tourmalet
- Jonas Vingegaard concède 2'38, Paul Seixas 2'58 au classement général
- UAE Team Emirates récupère trois maillots distinctifs en une étape : jaune, blanc et à pois
- Pogačar vise son cinquième Tour, ce qui le placerait au niveau de Merckx, Indurain, Hinault et Anquetil
- Vingegaard, vainqueur du Giro 2026, est privé de Wout van Aert sur blessure
Sources
4 sources · 6 faits vérifiés
