À la veille de la demi-finale France-Espagne, la star de la Roja Lamine Yamal a vertement recadré l’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, qui qualifiait les Bleus d’équipe « sans Français ».
Lundi 13 juillet, en conférence de presse, trois internationaux espagnols ont réagi à la sortie raciste de Mariano Rajoy. L’ancien chef du gouvernement conservateur (2011-2018) avait publié dimanche 12 juillet une tribune dans El Debate, louant « un effectif de très haut niveau » chez les Bleus, mais « sans Français ». Une pique qui visait l’origine de plusieurs joueurs de l’équipe de France.
Lamine Yamal, 19 ans, ailier du FC Barcelone, n’a pas laissé passer. « Si le football sert à quelque chose, c’est bien à intégrer. Et il n’y a pas de meilleur exemple que la France et nous-mêmes, qui incarnons l’intégration. » Une réponse claire, qui fait directement écho à son propre parcours : sa mère est originaire de Guinée équatoriale, son père du Maroc. Suivant la logique de Rajoy, il n’aurait jamais dû porter le maillot espagnol.
Trois joueurs de la Roja prennent position
Le message de Yamal a été relayé par la télévision publique espagnole. L’attaquant a terminé son intervention par un tacle appuyé à l’ancien Premier ministre : « Au final, le football, c’est ça : ne pas parler de ce qu’une autre personne a dit. » Une façon de renvoyer Rajoy à ses responsabilités politiques et de recentrer le débat sur le terrain.
Pau Cubarsi, défenseur du Barça et coéquipier de Yamal en sélection, a rejoint la charge sur la radio catalane RAC1[1]. « S’ils jouent en équipe de France, c’est qu’ils sont français, quelle que soit la couleur de leur peau. Nous sommes tous des êtres humains et nous méritons tous le respect », a-t-il balayé.
Un troisième international, Borja Iglesias, a exprimé sa surprise sur DAZN. « Je peux comprendre qu’il ne l’ait pas dit exprès, mais je considère la multiculturalité de la France comme une richesse. Je suis juste surpris qu’à notre époque, on en soit encore là. »
Yamal a déjà pris position contre les discriminations
Cette prise de parole n’est pas la première du jeune prodige espagnol. En avril dernier, lors du match amical Espagne-Égypte à Barcelone, des supporters avaient entonné dans les tribunes de Cornella le chant raciste « Qui ne saute pas est musulman ». Yamal avait alors publié sur Instagram un message cinglant à destination de ses 40 millions d’abonnés : « Se moquer d’une religion dans un stade fait de vous des personnes ignorantes et racistes[4]. »
La police catalane avait ouvert une enquête pour « chants islamophobes et xénophobes ». Le ministre de la Justice Félix Bolaños avait dénoncé une « honte » pour la société espagnole. L’affaire avait pris une dimension symbolique à quelques mois du Mondial 2030, que l’Espagne organisera avec le Portugal et le Maroc.
Pourquoi cette polémique resurface avant chaque grand match
Les Bleus n’ont pas réagi publiquement
Côté français, aucun joueur n’a souhaité commenter publiquement la sortie de Rajoy. Interrogé en conférence de presse, le milieu Warren Zaïre-Emery a botté en touche : « Je n’ai pas lu l’article. Cette équipe de France a des joueurs de différentes origines et ethnies. Comme le pays. Nous sommes un groupe uni, une équipe unie, et c’est tout ce qui compte[2]. »
Le sélectionneur Didier Deschamps, absent de Boston en raison des obsèques de sa mère, n’a pas été sollicité sur le sujet. Aucun communiqué de la Fédération française de football n’a été publié.
Un débat qui ressurgit avant chaque grand match
La polémique n’est pas neuve. À chaque grande échéance, la composition de l’équipe de France attise des commentaires sur les « origines » des joueurs. En 2018, après la victoire en Coupe du monde, Trevor Noah, humoriste américain, avait parlé de victoire « africaine », déclenchant une réponse du diplomate français Gérard Araud : « Contrairement aux États-Unis d’Amérique, la France n’affiche pas les origines ethniques de ses citoyens sur leur carte d’identité. »
Cette fois, c’est un ancien chef de gouvernement espagnol qui ravive la flamme. Mariano Rajoy, figure du Parti populaire (PP) et Premier ministre entre 2011 et 2018, a présenté des excuses dans une nouvelle tribune parue mercredi 14 juillet dans El Debate[3]. Il y reconnaît « une maladresse » et assure que ses propos ont été « mal interprétés ». Une marche arrière qui n’a pas empêché la polémique de s’installer durablement dans les heures précédant la demi-finale.
Le football comme outil d’intégration
La réponse de Yamal replace le débat sur le fond : le rôle du sport dans la société. « Si le football sert à quelque chose, c’est bien à rassembler », a-t-il martelé. Une position partagée par de nombreux acteurs du football européen, confronté depuis plusieurs années à une recrudescence d’incidents racistes dans les stades.
En Espagne, malgré plusieurs condamnations en justice et des campagnes de prévention, les cas se multiplient. Le fait que même la sélection nationale soit concernée par ces attaques (alors qu’elle symbolise l’unité du pays) est perçu comme un mauvais signal à quelques années du Mondial 2030 organisé conjointement avec le Maroc, pays à majorité musulmane.
La France et l’Espagne s’affrontent ce mercredi 14 juillet à Boston pour une place en finale. Le coup d’envoi est prévu à 21h, heure de Paris.
Rajoy, Yamal et les Bleus : les faits
- Mariano Rajoy a publié dimanche 12 juillet une tribune qualifiant l’équipe de France de formation « sans Français »
- Lamine Yamal, Pau Cubarsi et Borja Iglesias ont réagi lundi 13 juillet en conférence de presse
- Yamal, né de parents guinéen et marocain, a défendu le football comme outil d’intégration
- Aucun joueur français n’a souhaité réagir publiquement à la polémique
- Rajoy a présenté ses excuses mercredi 14 juillet dans une nouvelle tribune
Pourquoi cette polémique resurface avant chaque grand match
Récurrence des attaques
À chaque grande compétition, la composition de l’équipe de France suscite des commentaires sur les origines de ses joueurs, en France comme à l’étranger.
Symbolique de la sélection
L’équipe nationale incarne l’unité du pays. Les attaques contre sa composition touchent directement le modèle d’intégration à la française.
Contexte espagnol tendu
L’Espagne connaît une multiplication d’incidents racistes dans ses stades, malgré les campagnes de prévention et les condamnations en justice.
Le foot comme réponse
Lamine Yamal et plusieurs coéquipiers défendent le rôle du sport comme outil d’intégration et de cohésion sociale face aux discours identitaires.
Yamal face à Rajoy : les faits
- Mariano Rajoy a publié dimanche 12 juillet une tribune qualifiant l'équipe de France de formation « sans Français »
- Lamine Yamal, Pau Cubarsi et Borja Iglesias ont réagi lundi 13 juillet en conférence de presse
- Yamal, né de parents guinéen et marocain, a défendu le football comme outil d'intégration
- Aucun joueur français n'a souhaité réagir publiquement à la polémique
- Rajoy a présenté ses excuses mercredi 14 juillet dans une nouvelle tribune
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés
