Airbus accélère sa montée en cadence sur les monocouloirs : une nouvelle ligne ouvre à Toulouse, avec pour objectif 75 A320 produits chaque mois en 2028.
La cérémonie d’inauguration s’est tenue le 15 juin sur le site toulousain de l’avionneur européen. La nouvelle ligne est la deuxième du genre à ouvrir dans l’immense usine jadis dédiée à l’A380, le superjumbo aujourd’hui hors production. Airbus reconvertit ses halls de gros-porteurs pour fabriquer les monocouloirs qui monopolisent les carnets de commandes des compagnies aériennes mondiales.
Le directeur général Guillaume Faury n’a pas caché son agacement lors de la cérémonie. « Chaque fois que je rentre des États-Unis ou de Chine, je repars irrité par l’Europe, parce que nous sommes trop lents et pas assez conscients des défis enormes qui pèsent sur nos industries », a-t-il déclaré, ciblant le coût de la réglementation, de l’énergie et de la main-d’œuvre sur le Vieux Continent.
De 60 à 75 appareils par mois : le calendrier de la montée en cadence
Airbus fabrique actuellement environ 60 monocouloirs par mois, toutes lignes confondues, entre Toulouse, Hambourg, Mobile aux États-Unis et Tianjin en Chine. L’objectif est d’atteindre 70 à 75 appareils par mois d’ici la fin 2027, puis de stabiliser la production à 75 unités mensuelles en 2028. [1]
| Période | Cadence mensuelle |
|---|---|
| Actuellement (2026) | ~60 appareils/mois |
| Fin 2027 | 70 à 75 appareils/mois |
| 2028 (régime stabilisé) | 75 appareils/mois |
Source : Reuters
Pour tenir ce rythme depuis Toulouse, le site doit lui-même grossir. Selon La Dépêche, l’avionneur a lancé des chantiers qui porteront l’emprise foncière du site toulousain à 18 hectares supplémentaires, du jamais-vu depuis plus de vingt ans. Au programme : un deuxième centre de livraisons, de nouveaux hangars avions et un hall peinture additionnel. L’objectif affiché est de livrer une trentaine d’A320, A330 et A350 par mois depuis Toulouse à l’horizon 2029. [2]
Les deux lignes supplémentaires ouvertes à Toulouse restent réservées aux versions courte et moyenne portée de la famille A320, précise Reuters. Leur durée d’exploitation n’a pas été précisée publiquement par l’avionneur.
Boeing dans le rétroviseur, mais loin derrière
La comparaison avec Boeing est inévitable. Le concurrent américain, qui sort d’une crise industrielle et de sécurité, étudie une montée en cadence de son 737 MAX à 70 appareils par mois. Mais sa production actuelle ne dépasse pas 47 appareils mensuels, selon Reuters, soit un niveau que l’avionneur de Seattle tente seulement d’atteindre en ce moment. L’écart avec Airbus, qui vise 75, s’est donc nettement creusé ces deux dernières années.
Les deux constructeurs suivent la même logique industrielle : recycler les surfaces laissées vacantes par le recul des gros-porteurs pour y faire tourner des chaînes de monocouloirs. La bascule du marché vers les A320 et 737 est durable. Les compagnies aériennes, qu’elles opèrent sur des routes intercontinentales en point-à-point ou sur du moyen-courrier classique, plébiscitent ces cellules moins gourmandes en carburant et plus flexibles à remplir.
Pourquoi l'expansion toulousaine d'Airbus compte vraiment
L’enjeu industriel derrière les mètres carrés à Toulouse
Dix-huit hectares gagnés sur un site déjà dense ne sont pas seulement un chiffre de géomètre. Chaque ligne supplémentaire à Toulouse, c’est une chaîne d’approvisionnement régionale sollicitée davantage, des sous-traitants de la filière occitane et française mis sous pression pour tenir le rythme. Le Gifas rappelait en mai que la supply chain nationale s’améliorait : 90 % des livraisons arrivaient à l’heure début 2026, contre 85 % deux ans plus tôt. La marge de progression existe, mais elle devra s’accélérer encore pour absorber le saut de cadence d’ici 2027.
La livraison du premier A321XLR assemblé à Toulouse à la compagnie Iberia, en juillet 2025, avait déjà marqué un cap dans la diversification de la gamme produite sur le site. La bascule vers 75 avions par mois en 2028 confirme que Toulouse reste le cœur industriel d’Airbus, malgré l’internationalisation croissante de la chaîne d’assemblage vers Hambourg, Mobile et Tianjin.
Faury a demandé à l’Europe d’accélérer sur la simplification réglementaire. La réponse industrielle, elle, est déjà visible dans les grues qui s’activent à Blagnac.
Montée en cadence A320 : les chiffres clés à retenir
- Airbus ouvre sa deuxième ligne narrow-body dans l'ex-usine A380 de Toulouse.
- La cadence visée est de 75 appareils par mois en 2028, contre ~60 actuellement.
- Le site toulousain s'agrandit de 18 hectares, du jamais-vu depuis plus de 20 ans.
- Boeing vise 70 737 MAX/mois à terme, mais n'en produit que 47 aujourd'hui.
- Toulouse doit livrer une trentaine d'A320, A330 et A350 par mois d'ici 2029.
Sources
2 sources · 2 faits sourcés
