Deux trimestres. Sur une vie de travail de plus de quarante ans, le chiffre a l’air d’un détail de comptable. Il ne l’est pas. Pour un assuré collé au seuil qui ouvre le départ anticipé, ces deux trimestres décident d’une date de départ, parfois de plusieurs mois gagnés. C’est là tout l’enjeu de la mesure entrée en vigueur le 1er septembre 2026.
Depuis cette date, la réglementation française autorise à traiter certaines majorations ou bonifications accordées au titre des enfants comme des périodes dites réputées cotisées pour la retraite anticipée pour carrière longue, dans la limite de deux trimestres par assuré. Sont visés des droits liés à la maternité, à l’adoption, à l’éducation des enfants ou à certaines périodes de congé parental, selon les régimes.
Attention à ne pas surinterpréter. La mesure n’offre pas deux trimestres neufs à tous les parents. Elle change la façon dont des trimestres déjà acquis peuvent servir dans le calcul de la carrière longue. Pour qui remplit déjà les autres conditions, notamment un début d’activité assez précoce, l’effet est direct et immédiat.
Une carrière France-Tunisie ne se lit pas en deux blocs séparés
Réduire cette réforme à une affaire strictement hexagonale serait une erreur. Des milliers de Tunisiens ont travaillé ou travaillent en France et cotisent au régime français. D’autres ont une carrière mixte, des périodes d’assurance accomplies des deux côtés de la Méditerranée.
La France et la Tunisie sont liées par une convention bilatérale de sécurité sociale qui permet, sous conditions, de totaliser les périodes d’assurance accomplies dans les deux pays pour ouvrir ou améliorer des droits à retraite. La circulaire de la Cnav du 4 septembre 2026 confirme que les périodes accomplies dans un pays lié à la France par une telle convention peuvent entrer dans l’examen d’une carrière longue, à condition d’être attestées par l’institution étrangère compétente et appréciées selon leur nature.
Autrement dit, un parcours Tunisie-France ne doit pas être regardé comme deux vies professionnelles étanches. Reste une limite qu’il faut poser noir sur blanc : la coordination des périodes tunisiennes ne transforme pas mécaniquement une bonification familiale acquise en Tunisie en trimestre enfant réputé cotisé en France. Les textes consultés ne permettent pas de l’affirmer. Sur ce point, la prudence prime.
De 25 à 23 années retenues selon le nombre d’enfants
Autre évolution, pour certains régimes : le nombre d’années retenues pour calculer le revenu annuel moyen peut passer de 25 à 24 années pour un enfant, et à 23 années à partir de deux enfants. Quand les années écartées figurent parmi les moins rémunératrices, la pension monte. Ce n’est pas un gadget de calcul, c’est du pouvoir d’achat retrouvé sur la durée d’une retraite.
Cette mesure s’inscrit dans un mouvement plus large. La suspension de la réforme des retraites de 2023, inscrite dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, est entrée en vigueur le 1er septembre 2026 et gèle jusqu’au 31 décembre 2027 le relèvement de l’âge légal et l’allongement de la durée d’assurance.[4] Les assurés nés entre 1964 et 1968 peuvent, selon leur année de naissance, partir à taux plein trois à six mois plus tôt que prévu. Pour les carrières longues, la fenêtre concerne les générations nées entre 1964 et 1970, et seules les retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026 relèvent de ce nouveau calcul.[5]
Le message pour les assurés proches du départ, en particulier ceux qui affichent un relevé France-Tunisie, tient en une phrase : ce relevé mérite d’être passé au crible. Lorsque quelques trimestres seulement séparent un assuré du seuil requis, la mesure du 1er septembre change concrètement la donne d’un dossier. Voilà le genre de réglage administratif qui ne fait pas la une mais qui, pour des dizaines de milliers de carrières, pèse plus lourd qu’un discours.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

