Depuis plusieurs semaines, les Comores enchaînent les crises d’approvisionnement en carburant. Résultat : des coupures d’eau, des files d’attente à Moroni et une économie sous pression.
Les stations-service de la capitale comorienne tournent au ralenti depuis plus d’un mois. Le quota journalier livré par station ne dépasse plus 3 000 litres, selon le responsable d’une station cité par Mayotte Hebdo, contre des volumes sensiblement supérieurs en temps normal. Les files d’attente, revenues dans les rues de Moroni et de ses environs, rappellent les épisodes précédents, sans que l’approvisionnement ne retrouve son rythme habituel.
La tension ne se limite pas aux automobilistes. Elle remonte directement dans les foyers : sans carburant suffisant pour faire tourner les pompes, la distribution d’eau devient aléatoire. « Pour remplir les réservoirs, il faut douze heures consécutives d’alimentation afin de pomper l’eau, sans compter le ravitaillement des revendeurs utilisant bus et camions-citernes. Cette nouvelle pénurie de carburant accentue donc les difficultés de fourniture d’eau », déplore une source citée par Mayotte Hebdo. Les coupures de courant suivent la même logique : sans gazole, les groupes électrogènes s’arrêtent.
Une chaîne de dépendances qui amplifie le choc
Derrière la pénurie, une architecture financière fragile. La Société comorienne des hydrocarbures (SCH) absorbe à elle seule plus de 50 % des volumes de gazole importés dans l’archipel. Elle revend ensuite ce carburant à la Sonelec, l’opérateur national d’électricité, à un tarif préférentiel. Cette subvention représente un manque à gagner de 8 milliards de francs comoriens, soit près de 16 millions d’euros, pour la SCH. La dette de la Sonelec envers la SCH s’élevait déjà à 429,712 millions de francs comoriens en 2022, d’après la section des comptes.
Le parti Ushe avait pourtant alerté les autorités. Malgré la constitution d’un stock de 14 555 tonnes métriques de carburant, jugé suffisant pour deux mois, le pays ne serait pas épargné selon le parti[3]. Son communiqué souligne que « les prix de l’énergie sont déjà en hausse sur douze mois, notamment en haute saison » et que « chaque baril importé via le Golfe subit la même pression sur le fret que le riz ». Ushe appelle le gouvernement à revoir en urgence les prévisions de la loi de finances 2026, qui programment une hausse des taxes sur les produits de première nécessité, et à réduire les dépenses de l’État.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Part de la SCH dans les importations de gazole | Plus de 50 % | Mayotte Hebdo |
| Manque à gagner de la SCH lié à la subvention Sonelec | 8 milliards de FC (≈ 16 M€) | Mayotte Hebdo |
| Dette de la Sonelec envers la SCH (2022) | 429,712 millions de FC | Mayotte Hebdo |
| Stock constitué avant la pénurie de juin 2026 | 14 555 tonnes métriques | Mayotte Hebdo / Parti Ushe |
| Quota par station à Moroni (juin 2026) | 3 000 litres maximum | Mayotte Hebdo |
Source : Mayotte Hebdo
La crise de mai 2026 : grève, morts et marche arrière du gouvernement

La pénurie de fin juin s’inscrit dans une séquence plus longue. Dès le 9 mai 2026, l’archipel avait basculé dans un blocage massif après que les autorités ont annoncé une révision tarifaire des hydrocarbures à la hausse. Chauffeurs et commerçants ont déclenché une grève illimitée. Pendant six jours, barrages routiers, affrontements entre jeunes et forces de l’ordre, et paralysie économique ont rythmé le quotidien du pays, notamment à Moroni. Deux personnes ont perdu la vie dans les heurts.
Face à la pression, le gouvernement a cédé. Dans la soirée du 17 mai 2026, les autorités ont annoncé la suspension temporaire des arrêtés prévoyant la hausse des prix du carburant et ouvert une concertation nationale avec les acteurs concernés, selon RFI[4]. Les syndicats ont repris les activités dès le lendemain. Les scènes de liesse dans les rues de Moroni ont illustré l’ampleur du soulagement.
Le président Azali Assoumani avait justifié l’ajustement tarifaire initial par les tensions internationales sur les marchés pétroliers : un blocage du détroit d’Ormuz et un baril dépassant les 110 dollars. Pour amortir le choc sur les ménages, le gouvernement avait instauré une remise douanière de 40 % sur les denrées essentielles. Mais la crainte d’une inflation repassant au-delà du niveau de 12 % atteint en 2022 reste présente[5].
Pourquoi la crise énergétique comorienne dure
Des signaux d’alerte antérieurs ignorés
La crise ne surgit pas de nulle part. Dès fin avril 2026, Madagascar et les Comores avaient déjà limité la vente de carburant dans des contenants mobiles pour éviter la panne sèche dans les stations. Aux Comores, le procureur de la République avait interdit la distribution du carburant en bidons, une mesure temporaire devant être levée dès le retour d’un approvisionnement normal[2]. À l’époque, un pétrolier avait livré 14 000 tonnes de diesel et de carburant jet le 25 avril 2026, évitant de justesse une rupture généralisée.
La récurrence des épisodes montre la vulnérabilité structurelle de l’archipel. Les Comores importent la quasi-totalité de leurs hydrocarbures, essentiellement via le Golfe, et subissent de plein fouet chaque perturbation du fret maritime. Les stocks s’épuisent vite, le réseau de distribution reste étroit, et la chaîne eau-électricité-carburant forme un système dont chaque maillon dépend des deux autres.
Des indiscrétions citées par Mayotte Hebdo laissaient entendre qu’un prochain pétrolier pourrait accoster avant la fin du mois de juillet 2026, à l’approche des festivités estivales. L’attente reste suspendue à cette livraison.
Pénurie de carburant aux Comores en 2026 : chiffres à retenir
- Les stations de Moroni sont limitées à 3 000 litres par jour depuis plus d'un mois en juin 2026.
- La SCH concentre plus de 50 % des importations de gazole de l'archipel.
- Le gouvernement a suspendu la hausse des prix du carburant le 17 mai 2026 après six jours de grève et deux morts.
- La dette de la Sonelec envers la SCH atteignait 429,712 millions de francs comoriens en 2022.
- Un pétrolier avait livré 14 000 tonnes de carburant le 25 avril 2026, sans régler durablement la situation.
- Les coupures d'eau découlent directement de la pénurie : les pompes nécessitent douze heures consécutives d'alimentation.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
