Réunis mercredi à Pointe-à-Pitre, les représentants de Guadeloupe Économique ont déclenché une alerte maximale sur la situation du BTP, secteur au bord de l’effondrement selon eux.
Le ton était grave. Certains intervenants n’ont pas caché leur émotion. Derrière la bannière de Guadeloupe Économique, organisations patronales et structures consulaires ont dressé un constat uniforme : le secteur du bâtiment et des travaux publics traverse une crise d’une ampleur inédite en Guadeloupe. Entreprises étranglées par les retards de paiement, chantiers à l’arrêt, matériaux en pénurie, coûts en hausse. L’appel lancé ce mercredi est, selon les professionnels eux-mêmes, une interpellation « une dernière fois » aux pouvoirs publics.
La filière réclame une réaction immédiate. Sans elle, les représentants du monde économique redoutent des conséquences durables sur l’emploi et sur l’économie guadeloupéenne dans son ensemble.
Un secteur sous pression depuis 2022
La crise actuelle ne surgit pas de nulle part. Selon l’Institut d’émission des départements d’outre-mer, le BTP guadeloupéen poursuit un ajustement difficile après plusieurs années de recul de la commande publique, observé depuis 2022. Le rapport annuel économique et financier publié le 16 juin par l’IEDOM dresse un tableau contrasté de l’économie guadeloupéenne en 2025 : si certains secteurs affichent une stabilisation, le BTP reste l’un des points noirs persistants.[3]
Le tourisme, lui, confirme son rôle de moteur. L’investissement privé se maintient à un niveau élevé. Mais ces signaux positifs ne compensent pas les difficultés structurelles du bâtiment. Les entreprises du secteur peinent également à recruter, les compétences nécessaires à leur développement restant difficiles à trouver sur le marché local, selon le même rapport.
Le tableau social n’arrange rien. En 2025, 817 dossiers de surendettement ont été enregistrés en Guadeloupe, soit une hausse de 23,4 % par rapport à l’année précédente, signe que la fragilité des ménages s’aggrave dans un contexte économique déjà tendu.[3]
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Dossiers de surendettement enregistrés | 817 |
| Variation sur un an | +23,4 % |
| Variation demandeurs d’emploi catégorie A | -1,4 % sur un an |
| Recul de la commande publique BTP observé depuis | 2022 |
Source : France-Antilles / IEDOM
La préférence locale, revendication centrale des professionnels
Au-delà du constat, les représentants du BTP guadeloupéen portent une demande concrète : l’accès prioritaire des entreprises locales à la commande publique locale. L’argument est économique autant que social. En Guadeloupe, le BTP est un secteur très pourvoyeur d’emplois, et sa place dans le tissu économique local est de premier plan.[4]
La question de la préférence locale dans les appels d’offres publics n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été soulevée politiquement, notamment lors d’une question écrite adressée en avril 2020 au ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Six ans plus tard, les professionnels du secteur estiment que rien n’a fondamentalement changé, et que l’ouverture non régulée des marchés publics à des entreprises extérieures fragilise davantage une filière déjà sous tension.
Ce mercredi à Pointe-à-Pitre, le message était clair : sans mesures d’urgence de la part des pouvoirs publics, c’est une partie significative de l’appareil productif guadeloupéen qui risque de disparaître.
Pourquoi le BTP guadeloupéen risque l'effondrement
Un marché de l’emploi qui résiste, mais avec des angles morts
L’IEDOM note que le marché du travail guadeloupéen fait globalement preuve de résistance. Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A a diminué de 1,4 % sur un an, et l’emploi privé se maintient à un niveau élevé. Mais cette photographie d’ensemble masque des tensions sectorielles importantes.
Le BTP concentre une partie de ces tensions. Les difficultés de recrutement y restent marquées, non par manque de candidats, mais par manque de profils qualifiés correspondant aux besoins des entreprises. Paradoxe d’un secteur qui réclame plus de commandes publiques tout en peinant à trouver les compétences pour les honorer.
Pour les représentants de Guadeloupe Économique, la priorité reste néanmoins immédiate : débloquer les paiements en attente, relancer les chantiers à l’arrêt et obtenir des garanties sur l’accès aux marchés publics locaux. C’est à ces conditions, selon eux, que le secteur pourra éviter un effondrement aux conséquences durables pour l’ensemble de l’économie de l’île.
Crise du BTP en Guadeloupe : les chiffres clés à retenir
- Les représentants de Guadeloupe Économique ont lancé une alerte maximale sur le BTP mercredi à Pointe-à-Pitre.
- Chantiers bloqués, retards de paiement et hausse des coûts : la filière réclame une réaction immédiate des pouvoirs publics.
- Le recul de la commande publique dans le BTP guadeloupéen est observé depuis 2022 selon l'IEDOM.
- 817 dossiers de surendettement enregistrés en Guadeloupe en 2025, soit +23,4 % sur un an.
- Les professionnels réclament la préférence locale dans l'accès aux marchés publics pour sauvegarder l'emploi du secteur.
- Le BTP reste l'un des rares secteurs en difficulté dans une économie guadeloupéenne qui affiche par ailleurs des signes de stabilisation en 2025.
Sources
2 sources · 3 faits sourcés
