Record de 93 milliards d’euros annoncés à Versailles le 1er juin, 71 projets, plus de 15 000 emplois promis. Mais Carbon est en liquidation et les centres de données financés par SoftBank soulèvent des questions sur la valeur ajoutée réellement captée par la France.
La neuvième édition de Choose France s’est tenue au château de Versailles le 1er juin 2026, avec Emmanuel Macron en maître de cérémonie pour ce qui pourrait bien être son dernier exercice du genre. Le chef de l’État a annoncé un montant qualifié de “record de 93 milliards d’euros” d’investissements étrangers, répartis sur 71 annonces, de quoi créer, selon lui, “plus de 15 000 emplois”. Macron a ajouté que ces projets permettaient “de faire de la France de très loin le premier pays accueillant des centres de données” et “des capacités de calcul en Europe”.
Le symbole le plus frappant de cette édition reste l’engagement du groupe japonais SoftBank à hauteur de 75 milliards d’euros, le plus important du genre en Europe. Trois sites de centres de données géants sont prévus, dont l’un en collaboration avec la start-up française Sesterce, pour une puissance d’1 gigawatt chacun, à Dunkerque, Bouchain, et un troisième site. Pour mettre ce chiffre en perspective : la capacité totale déjà installée en France s’élève à 1,3 GW, et le réacteur nucléaire EPR de Flamanville produit 1,6 GW. L’équipementier Schneider Electric sera partenaire industriel de SoftBank sur ces projets.[1]
Carbon en liquidation : le revers de la médaille industrielle
Mais pendant que Macron saluait ces annonces, une entreprise brillait par son absence. Carbon, start-up lyonnaise fondée en 2022 et spécialisée dans les panneaux solaires, avait été conviée aux trois éditions précédentes du sommet, en 2023, 2024 et 2025. Elle ne sera pas à Versailles cette année. Le 19 mai, elle a annoncé l’abandon de son projet d’usine géante à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), faute de financements suffisants, ses besoins dépassant le milliard d’euros, et faute de volonté réelle de l’Union européenne de protéger un marché photovoltaïque face à la concurrence chinoise. L’entreprise est en liquidation judiciaire.[3]
Carbon n’est pas un cas isolé. La réindustrialisation que Choose France était censé incarner montre ses limites. Le projet Disneyland Paris, dont l’investissement de 2 milliards d’euros avait été annoncé en grande pompe lors de l’édition 2018, a lui aussi mis des années à se concrétiser.
SoftBank et l’énergie : le risque du sous-traitant électrique
La concentration de gigawatts sur des usages ultra-capitalistiques crée des tensions sur l’offre disponible pour les ménages et les entreprises. C’est l’un des angles morts du sommet : si la France fournit l’énergie pendant que les hyperscalers américains apportent les puces et les algorithmes, le pays risque de se cantonner au rôle de sous-traitant énergétique, construisant des hangars géants pour enrichir des intérêts étrangers. SoftBank reste vague sur les bénéficiaires finaux de ses infrastructures françaises.[5]
Arthur Mensch, dans ce débat, estime la fenêtre à deux ans pour investir massivement et structurer la demande européenne en IA. Or cette demande reste floue, freinée par une commande publique faible et des entreprises qui peinent à anticiper leurs besoins. La France peut gagner des centres de données et perdre la bataille de l’IA si son énergie nucléaire n’alimente pas aussi des champions européens.
Depuis 2017, le secteur tech français s’est construit dans l’orbite politique de Macron. La “start-up nation” n’était pas qu’un slogan : elle s’est traduite par des financements publics, une visibilité internationale, une doctrine économique. L’après-Macron, quel qu’il soit, ouvre une période d’incertitude que le secteur observe avec attention.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
