Dassault Aviation vient de publier ses comptes semestriels 2026 : bénéfice net en hausse de 8 %, revenus à 4,2 milliards d’euros, le tout porté par une accélération des livraisons de Rafale à l’export.
Le constructeur aérospatial français sort des six premiers mois de l’année avec des chiffres que peu anticipaient à ce niveau. Le chiffre d’affaires grimpe à 4,157 milliards d’euros, contre 2,854 milliards sur la même période de 2025. Le résultat net s’établit à 361,6 millions d’euros, soit 4,67 euros par action, alors qu’il atteignait 334,4 millions un an plus tôt. En données ajustées, le résultat opérationnel bondit à 329,6 millions d’euros, contre 180,3 millions l’an dernier.
Cette poussée de revenus tient à un levier simple : Dassault a livré 12 Rafale au premier semestre 2026, dont 10 destinés à des clients étrangers. L’année précédente à la même période, le total ne dépassait pas sept appareils. Les jets d’affaires Falcon suivent une trajectoire comparable, avec 13 livraisons contre 12 un an avant. C’est sur le segment export du chasseur que la croissance se concentre.
Le carnet de commandes pèse désormais 45,4 milliards d’euros. Il intègre 208 Rafale et 83 Falcon. Ce portefeuille recule légèrement par rapport aux 46,6 milliards enregistrés fin 2025, les livraisons ayant absorbé une partie du stock. Sur le seul segment export, la défense représente 32,5 milliards d’euros, soit 72 % du carnet, pour 165 appareils. La France pèse 7,5 milliards (16 % du total) pour 43 avions, les Falcon 5,4 milliards pour 83 jets.
Une répartition des revenus qui bascule vers l’export
La ventilation des 4,2 milliards de revenus du semestre témoigne d’un basculement net. L’export défense capte 2,1 milliards d’euros, soit 51 % du total, grâce aux 10 Rafale livrés hors frontières. La défense France génère 900 millions d’euros, 20 % des ventes, pour deux appareils remis à l’armée française. Les Falcon contribuent à hauteur de 1,2 milliard d’euros, 29 % du chiffre, avec 13 livraisons[1].
Cette répartition tranche avec celle de 2025, où l’export défense pesait moins lourd dans l’équilibre global. Le rythme de livraison à l’international s’est intensifié, conséquence directe de contrats signés en 2024 et 2025 avec plusieurs pays d’Asie et du Moyen-Orient. La montée en puissance industrielle du site de Mérignac, près de Bordeaux, a permis d’absorber cette demande sans dérapage calendaire majeur.
| Segment | Revenus (Mds €) | Part (%) | Livraisons |
|---|---|---|---|
| Défense export | 2,1 | 51 | 10 Rafale |
| Défense France | 0,9 | 20 | 2 Rafale |
| Falcon | 1,2 | 29 | 13 jets |
Source : Investing.com
Le résultat opérationnel de 330 millions d’euros s’appuie sur cette base de revenus élargie. Le résultat financier totalise 55 millions d’euros. Les revenus issus de participations, notamment Thales et d’autres affiliés, apportent 285 millions d’euros, contre 259 millions un an avant. L’entreprise a enregistré une surtaxe d’impôt sur les sociétés en France de 74 millions d’euros, niveau proche des 67 millions de l’exercice précédent.
Une trésorerie qui enfle grâce aux avances des contrats export

La position de liquidité de Dassault s’est raffermie au cours du semestre. La trésorerie disponible consolidée passe de 9,4 milliards d’euros fin 2025 à 10,1 milliards mi-2026. L’entreprise attribue cet afflux principalement aux avances versées au titre de contrats Rafale à l’export. Le flux de trésorerie libre atteint 1,2 milliard d’euros sur les six mois.
Ces avances constituent un levier financier classique dans l’aéronautique de défense, mais leur volume traduit ici l’ampleur des commandes passées par des États clients. La plupart des contrats export prévoient un paiement échelonné, avec une part substantielle versée à la signature ou lors de jalons de production. Ce mécanisme permet à Dassault de financer sa montée en cadence sans peser sur son besoin en fonds de roulement[3].
La société n’a pas détaillé le calendrier de consommation de ces avances, mais la trajectoire de livraison annoncée pour 2026 laisse penser qu’une partie sera affectée aux appareils remis dans les mois à venir. Le carnet de commandes de 45,4 milliards offre une visibilité jusqu’en 2028-2029 sur le segment défense, selon les rythmes de production actuels.
Ce que disent ces résultats pour la défense française
Commandes Falcon en hausse, objectif de 40 livraisons pour 2026
Le segment des jets d’affaires Falcon enregistre une reprise de la prise de commandes. Dassault a comptabilisé 23 appareils commandés au premier semestre 2026, contre huit sur la même période de 2025. Le carnet Falcon s’établit désormais à 83 avions, représentant 5,4 milliards d’euros. C’est le signe d’un redémarrage de la demande après deux années de ralentissement post-pandémie.
Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a déclaré lors de la présentation des résultats que le groupe devra être « plus fort » sur les livraisons de jets d’affaires cette année. L’objectif reste fixé à 40 Falcon livrés en 2026, contre 37 en 2025. La société avait manqué sa cible de 40 appareils l’année dernière, freinée par des tensions sur la chaîne d’approvisionnement et des retards de certains équipementiers. Le premier semestre 2026 affiche 13 livraisons, un rythme qui devra s’accélérer au second semestre pour atteindre l’objectif annuel[2].
Les analystes d’Oddo BHF tablent sur 41 livraisons de Falcon et 29 de Rafale pour l’année complète, des prévisions en ligne avec les attentes du groupe. La gamme Falcon 6X, qui monte en puissance depuis 2024, contribue à cette dynamique. Le modèle Falcon 10X, dont la première livraison est prévue en 2027, commence à générer des commandes fermes.
Prévisions 2026 confirmées, vigilance sur la cadence industrielle

Dassault Aviation maintient sa guidance pour 2026. L’entreprise vise un chiffre d’affaires d’environ 8,5 milliards d’euros, reposant sur 28 livraisons de Rafale et 40 de Falcon. Ce niveau de revenus marquerait une progression de 15 % par rapport aux 7,4 milliards réalisés en 2025. L’an dernier, le groupe avait livré 26 Rafale et 37 Falcon, bénéficiant déjà d’une hausse de 19 % de son chiffre d’affaires.
La trajectoire de livraison du Rafale pour 2026 s’annonce plus tendue que celle de 2025. Les douze appareils remis au premier semestre impliquent une cadence soutenue sur la seconde moitié de l’année pour atteindre les 28 unités. Les campagnes Rafale en cours concernent plusieurs pays, dont l’Inde, qui a passé commande de 26 appareils supplémentaires en 2025, et l’Indonésie, qui finalise la réception de sa première tranche.
| Année | Revenus (Mds €) | Livraisons Rafale | Livraisons Falcon |
|---|---|---|---|
| 2025 (réalisé) | 7,4 | 26 | 37 |
| 2026 S1 (réalisé) | 4,2 | 12 | 13 |
| 2026 (objectif) | 8,5 | 28 | 40 |
Source : RTTNews
Le résultat opérationnel de 635 millions d’euros enregistré en 2025, soit une marge de 8,6 %, constitue une base de référence pour 2026. Si Dassault parvient à maintenir cette marge sur un chiffre d’affaires de 8,5 milliards, le résultat opérationnel pourrait franchir les 700 millions d’euros. Toutefois, la montée en cadence industrielle, les pressions sur les coûts de matières premières et les tensions géopolitiques restent des facteurs de vigilance.
En Bourse, l’action Dassault Aviation a bondi de 4,8 % le jour de la publication des résultats, signant l’une des plus fortes hausses du SBF 120. Depuis le début de l’année 2026, le titre prend 26,7 %, alimenté par le regain d’intérêt pour les valeurs de défense dans un contexte international tendu. L’opération militaire américaine au Venezuela, les tensions autour du Groenland et surtout la guerre en Iran, déclenchée en juillet, ont replacé le secteur sous les projecteurs. Éric Trappier a estimé que ce conflit aurait des « impacts » pour l’ensemble des groupes militaires « s’il perdurait ».
La première livraison de l’Albatros, avion de surveillance maritime dérivé du Falcon 2000, est programmée pour 2026. La France a élargi cette commande lors du Salon du Bourget 2025. Par ailleurs, Dassault a signé des accords avec le ministère des Armées et l’Agence spatiale européenne pour faire avancer VORTEX, un concept d’avion spatial réutilisable présenté comme la première brique d’une famille de véhicules. Ce programme, encore au stade exploratoire, pourrait diversifier les activités du groupe à horizon 2030.
Dassault Aviation S1 2026 : les chiffres à retenir
- Dassault Aviation affiche un chiffre d'affaires de 4,16 milliards d'euros au S1 2026, en hausse de 46 % sur un an.
- Le constructeur a livré 12 Rafale au premier semestre 2026, dont 10 à l'export, contre 7 un an avant.
- Le carnet de commandes atteint 45,4 milliards d'euros, incluant 208 Rafale et 83 Falcon.
- La trésorerie grimpe à 10,1 milliards d'euros, portée par les avances des contrats export.
- Dassault vise 28 Rafale et 40 Falcon livrés en 2026, pour un chiffre d'affaires de 8,5 milliards d'euros.
- Les commandes de jets Falcon triplent au S1 2026, passant de 8 à 23 appareils.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

