David Baptiste voulait voir son fils se marier. Il a fait le voyage jusqu’en métropole, a assisté à la cérémonie. Et c’est là-bas qu’il est mort. Aujourd’hui, sa famille veut le ramener à La Réunion, son île, pour que les siens puissent lui rendre un dernier hommage. Mais faire revenir un corps de l’Hexagone coûte cher. Très cher. Alors une cagnotte en ligne a été lancée.
L’histoire de cette famille réunionnaise n’a rien d’exceptionnel, malheureusement. Chaque année, des proches se heurtent à la même réalité : rapatrier un défunt depuis la métropole relève du parcours du combattant, autant administratif que financier. Entre les démarches, les délais et la facture finale, le deuil devient une épreuve logistique.
Pour David Baptiste, comme pour tant d’autres, c’est une course contre la montre qui commence. Une course où chaque jour qui passe pèse sur les proches, et sur le porte-monnaie.
Jusqu’à 7 000 euros de frais
Le rapatriement d’un corps entre la métropole et La Réunion peut atteindre 8 000 euros dans certaines situations[5]. Récemment, la famille de Gaëlle Preto a dû débourser près de 7 000 euros pour faire revenir leur proche décédée dans l’Hexagone[3]. Le Département a versé une aide de 3 000 euros, mais plusieurs milliers d’euros sont restés à la charge de la famille.
Sans cette aide publique, mise en place depuis 2023 dans le cadre d’un dispositif de continuité funéraire signé entre la Région et le Département, les familles les plus modestes se retrouvent seules face à des sommes impossibles à réunir. La cagnotte en ligne devient alors le seul recours. Pour Gaëlle Preto, ses proches ont pu compter sur le soutien de nombreux amis. Pour David Baptiste, c’est le même appel à la solidarité qui a été lancé.
Marinette Preto-Atchicanon, belle-sœur de Gaëlle, résume la situation d’une formule cruelle : la mort ne fait pas crédit[3]. Une fois l’aide du Département versée, il faut solder immédiatement la facture. Pas de délai, pas d’étalement. Le corps ne reviendra que lorsque tout sera payé.
Trois semaines d’attente
Au-delà du coût, le temps d’attente pèse lourd sur les familles. Gaëlle Preto est décédée en métropole fin mai 2026. Sa dépouille n’est revenue à La Réunion que le 21 juin, après 21 jours d’attente[3]. Trois semaines pendant lesquelles ses proches ont dû gérer seuls toutes les démarches administratives, sans accompagnement particulier.
Le cas de Gaëlle pose une question supplémentaire : elle avait quitté La Réunion dans le cadre d’une évacuation sanitaire, décidée par les médecins en raison de la gravité de son état. Elle n’avait pas choisi de partir en métropole, elle y avait été transférée pour recevoir des soins indisponibles sur l’île. Sa famille s’attendait donc à un accompagnement en cas de décès. Il n’en a rien été. Le CHU n’a apporté aucune aide, aucune orientation dans les démarches pour la faire revenir[3].
Pour David Baptiste, le parcours sera le même. Sa famille devra affronter les mêmes délais, les mêmes formalités, la même absence de soutien institutionnel. Et espérer que la cagnotte atteindra son objectif avant que les jours ne s’accumulent.
Une aide qui existe, mais qui ne suffit pas
Depuis mars 2023, le dispositif de continuité funéraire permet aux familles réunionnaises les plus modestes de bénéficier d’une aide pour rapatrier leurs proches décédés en métropole[5]. L’aide varie entre 3 000 et 5 000 euros selon les situations. Elle a été mise en place conjointement par le Conseil régional et le Département, précisément pour soulager ces familles confrontées à une double peine : le deuil et la dette.
Mais même avec cette aide, le reste à charge demeure élevé. Entre 2 000 et 5 000 euros selon les cas, à trouver rapidement, sans possibilité d’échelonnement. Pour des familles déjà fragilisées par la perte d’un proche, c’est souvent intenable. D’où le recours massif aux cagnottes en ligne, relayées sur les réseaux sociaux, partagées entre amis, collègues, voisins.
David Baptiste reviendra à La Réunion si la solidarité fonctionne. Comme Gaëlle Preto est revenue. Comme d’autres reviendront. Mais à chaque fois, c’est la même histoire qui se répète : une famille endeuillée qui doit quémander, compter, attendre. Une famille qui découvre que mourir loin de chez soi, même en France, coûte cher. Trop cher.
Sources
2 sources · 6 faits vérifiés

