À Angers, chercheurs et acteurs du territoire se retrouvent le 30 juin 2026 pour une table ronde sur la gestion de l’eau, alors que les projections climatiques annoncent des sécheresses de deux à trois ans consécutifs.
Le signal est net : la ressource en eau se réduit, et les habitudes actuelles ne tiennent plus. C’est dans ce contexte que la soirée organisée à Angers prend une résonance particulière. Le format, rodé lors d’une première édition le 16 juin 2026, mêle pitchs de recherche de cinq minutes et table ronde ouverte. L’objectif affiché : « imaginer ensemble de nouvelles façons de penser et d’agir ».
Le Maine-et-Loire n’est pas un territoire épargné. Les études menées dans le cadre du schéma départemental de gestion de la ressource en eau anticipent une hausse des besoins totaux de 4 % à l’horizon 2030 et de 19 % à l’horizon 2050, en l’absence de politique d’économie d’eau. Une tendance que les organisateurs de la soirée angevine résument en une phrase : il va falloir revoir nos usages.
Ce que disent les hydrogéologues : un mur déjà lÃ
Violaine Bault, hydrogéologue au BRGM, l’organisme qui surveille les nappes phréatiques et la qualité de l’eau en France, ne prend pas de gants. « Il va falloir revoir nos usages de l’eau », dit-elle, en pointant des sécheresses qui dureront « deux à trois ans », des pluies intenses qui ne rechargeront pas toujours les nappes, et un traitement de l’eau potable de plus en plus coûteux.[2]
Florence Habets, hydrogéologue et directrice de recherche au CNRS, va plus loin. Elle insiste sur la nécessité de modifier « en profondeur » les consommations, dans des sociétés qui vont connaître des « mutations très fortes et très contraignantes ». Son argument central : l’eau n’est pas une ressource qu’on peut capter sans conséquence. « Cette eau-là , elle circule, elle a déjà un chemin. Faire croire que l’on peut prélever de l’eau sans aucun impact sur l’environnement, c’est tout à fait faux », insiste-t-elle.
Elle soulève aussi la question de la dégradation qualitative : l’eau détournée pour l’agriculture est chargée d’intrants et de pesticides, et lorsqu’elle retourne dans le sol ou dans la mer, « elle n’a plus la même qualité ».
Méga-bassines et loi Duplomb : le débat agricole s’invite à la table

La discussion ne peut pas éviter le sujet des retenues d’eau. Florence Habets est directe sur les méga-bassines : c’est « une version des choses où on ne s’adapte pas vraiment ». On n’y change « pas tellement nos pratiques, nos consommations ou nos activités » ; on impacte davantage l’environnement pour faire « la même chose ».
La loi Duplomb, qui favorise le stockage de l’eau et que la FNSEA soutient activement, est qualifiée de « recul énorme pour l’environnement » par la chercheuse. L’argument technique : l’eau récupérée en hiver grâce aux précipitations est détournée des cours d’eau et des nappes qu’elle alimente normalement. Ce faisant, les retenues perturbent le cycle hydrique au lieu de l’accompagner.
Ce débat irrigue directement la table ronde angevine, territoire où les pépiniéristes cherchent déjà des plantes adaptées à des disponibilités en eau réduites de « 30 à 70 % ».
Pourquoi la ressource en eau angevine est sous tension
Le bassin Loire-Bretagne revoit sa tarification
Sur le plan réglementaire, l’Agence de l’eau Loire-Bretagne a introduit une redevance sur la consommation d’eau potable sans plafonnement ni exonération, au taux de 0,33 euro par mètre cube en 2025, ramené à 0,30 euro à partir de 2026.[3] Les usages industriels, qui bénéficiaient auparavant d’un plafonnement à 6 000 mètres cubes, ne sont plus protégés par ce seuil. L’objectif : envoyer un « signal prix » clair sur la valeur de la ressource dans un contexte de raréfaction.
| Période | Taux (€/m³) | Plafonnement industriel |
|---|---|---|
| Jusqu’en 2025 | 0,33 | 6 000 m³ |
| À partir de 2026 | 0,30 | Aucun |
Source : Agence de l’eau Loire-Bretagne
Angers Loire Métropole face à ses propres usages

La collectivité n’est pas seulement organisatrice du débat : elle est aussi consommatrice. Ses services publics représentent 867 000 mètres cubes d’eau par an, répartis entre l’arrosage des espaces paysagers, le nettoyage des bus et tramways, l’alimentation des fontaines, les interventions sanitaires.[4] Une facture hydrique qui oblige à des arbitrages concrets, d’autant que les crises hydriques « vont s’accentuer », selon les modèles climatiques et hydrologiques que la métropole cite elle-même dans ses documents de planification.
La table ronde du 30 juin n’est pas une conférence de plus. Elle s’inscrit dans une trajectoire où les outils réglementaires, les données scientifiques et les pratiques agricoles convergent vers un même constat : la disponibilité de l’eau en Anjou va se réduire, et les réponses techniques seules ne suffiront pas à compenser des décennies de surconsommation.
Gestion de l'eau en Anjou : les chiffres à retenir
- Une table ronde se tient à Angers le 30 juin 2026 pour repenser collectivement les usages de l'eau.
- Des sécheresses de deux à trois ans consécutifs sont anticipées par les hydrogéologues du BRGM.
- Les besoins en eau du Maine-et-Loire pourraient augmenter de 19 % d'ici 2050 sans politique d'économie.
- L'Agence de l'eau Loire-Bretagne supprime tout plafonnement industriel et fixe la redevance à 0,30 €/m³ dès 2026.
- Angers Loire Métropole consomme 867 000 m³ d'eau par an pour ses seuls services publics.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
