Le 8 juin 2026, Paris et Berlin ont enterré le SCAF. La France se retrouve seule face à un chantier colossal : financer le successeur du Rafale.
L’annonce est tombée lors du salon aéronautique ILA Berlin 2026. Le chancelier Friedrich Merz a confirmé la fin du programme SCAF (Système de Combat Aérien du Futur), après que les discussions avec Emmanuel Macron ont abouti à un constat d’échec partagé. Neuf ans après son lancement par Macron et Angela Merkel, le fleuron affiché de la coopération industrielle de défense européenne s’arrête officiellement.
La décision aurait été actée en marge du sommet UE-Balkans au Monténégro, quelques jours avant l’ILA, lors d’une rencontre bilatérale entre les deux chefs d’État. Selon La Tribune et la Frankfurter Allgemeine Zeitung, le désaccord portait sur la gouvernance industrielle du programme, Airbus et Dassault Aviation n’étant pas parvenus à trouver un terrain d’entente sur le partage des responsabilités.
Un programme à sept piliers que les industriels n’ont pas su partager
Le SCAF n’était pas un simple avion de chasse. Le programme, rejoint par l’Espagne en 2019, visait à produire une famille de systèmes : un avion de combat de nouvelle génération (NGF), des drones de combat dits « remote carriers », un moteur de nouvelle génération, des capteurs connectés, des technologies furtives, des outils de simulation et un « cloud de combat » reliant l’ensemble en réseau.[5] L’objectif affiché était de remplacer le Rafale français et l’Eurofighter allemand et espagnol à l’horizon 2040.
Son coût global était estimé à près de 100 milliards d’euros.[3] Une enveloppe que trois nations devaient théoriquement partager, et que la France doit désormais envisager d’assumer différemment.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Lancement du programme | 2018 (annonce franco-allemande à l’ILA Berlin) |
| Entrée de l’Espagne | 2019-2020 |
| Coût global estimé | ~100 milliards d’euros |
| R&D 2018-2026 (Dassault) | 4 milliards d’euros |
| Phase démonstrateur estimée | 5 milliards d’euros |
| Objectif de remplacement | Rafale et Eurofighter, horizon 2040 |
| Abandon officiel | 8 juin 2026, ILA Berlin |
Source : Avianews, Valeurs actuelles
Dassault seul maître à bord, mais à quel prix

Pour Dassault Aviation, l’équation financière est brutale. La société se dit prête à assumer le projet, mais les chiffres donnent le vertige.[1] Rien que pour la période 2018-2026, les dépenses de recherche et développement sont estimées à 4 milliards d’euros. Le développement d’un démonstrateur représenterait 5 milliards supplémentaires, avant même d’envisager un prototype et un premier standard opérationnel. Au total, les estimations convergent vers 100 milliards d’euros pour mener le programme à son terme.
La question de fond est simple : la France peut-elle financer seule ce que trois économies européennes peinaient déjà à porter ensemble ? Le budget de la défense français est sous pression, et le programme du standard Rafale F5 s’ajoute à l’équation. Ce standard intègre le développement d’un drone collaboratif furtif destiné à accompagner le Rafale, un programme qui se retrouve désormais sans financement assuré côté partenaires.
L’abandon du SCAF contraint Paris à assumer seul les coûts du F5, ce qui retarde les livraisons et fragilise la feuille de route capacitaire de l’armée de l’Air et de l’Espace. Les deux programmes n’étaient pas indépendants : le drone collaboratif du F5 préfigurait les « remote carriers » prévus dans le cadre du SCAF.
Pourquoi l'abandon du SCAF fragilise la France
L’autonomie stratégique européenne, victime collatérale
L’abandon du SCAF frappe d’abord comme un revers symbolique pour l’idée d’autonomie stratégique européenne. Le programme devait démontrer que l’Europe était capable de concevoir seule des équipements militaires de pointe, face à la concurrence américaine et à la montée en puissance des industriels chinois.[3]
Ce n’est pas faute d’avoir tenté. Depuis 2018, les gouvernements et les industriels ont multiplié les cycles de négociation. Le 2 janvier 2026, un porte-parole de la chancellerie allemande admettait encore un nouveau report de la décision sur la Phase 2, originellement prévue fin août 2025, puis repoussée à fin 2025, avant d’être enterrée six mois plus tard.[5] Le motif officiel invoquait « l’agenda franco-allemand chargé en politique étrangère et de sécurité », sans que le dossier remonte jamais au niveau des deux chefs d’État.
Paris dit vouloir continuer à encourager de nouveaux projets européens. Merz et Macron ont indiqué qu’ils poursuivront le développement d’un système de drones et d’un réseau de données associé, sauvant deux des sept piliers du programme initial.[4] C’est peu au regard de l’ambition originelle.
Ce qui reste à construire, et avec qui

La question du successeur du Rafale reste entière. La France a besoin d’un appareil pour remplacer son avion de combat emblématique à l’horizon 2040, avec ou sans partenaires. Dassault a déjà une base de travail : neuf ans de R&D financée en partie sur fonds communs. Mais transformer cette base en programme national complet représente un effort budgétaire que le Parlement et le ministère des Armées n’ont pas encore arbitré.
L’Espagne, troisième nation du SCAF, n’a pas encore précisé sa position. Son avenir dans un éventuel programme de remplacement reste ouvert. Quant à l’Allemagne, sa trajectoire budgétaire de défense, en forte hausse depuis 2022, lui donne les moyens de rejoindre un autre consortium ou de s’appuyer davantage sur des achats américains.
Sur le plan industriel, l’abandon du SCAF laisse Airbus et Dassault dans une situation inconfortable : des années de développement commun sur certaines briques technologiques, mais aucun cadre contractuel pour les valoriser ensemble. Les droits de propriété intellectuelle accumulés depuis 2018 constituent un sujet de contentieux potentiel que ni Paris ni Berlin n’ont intérêt à laisser traîner.
SCAF 2026 : les chiffres de l'abandon franco-allemand
- Le SCAF a été officiellement abandonné le 8 juin 2026, lors de l'ILA Berlin, par la France et l'Allemagne.
- Le programme visait à remplacer le Rafale et l'Eurofighter à l'horizon 2040, pour un coût estimé à ~100 milliards d'euros.
- Le désaccord entre Airbus et Dassault Aviation sur la gouvernance industrielle a été la cause directe de l'échec.
- La décision a été prise lors du sommet UE-Balkans au Monténégro, en marge d'un entretien Macron-Merz.
- Paris et Berlin ont annoncé vouloir poursuivre uniquement le développement d'un système de drones et d'un réseau de données.
- Le programme Rafale F5, incluant un drone collaboratif furtif, se retrouve sans financement partenaire assuré.
Sources
4 sources · 6 faits sourcés
