Un coefficient de traînée de 0,205. Pour les non-initiés, c’est un chiffre abstrait. Pour ceux qui bricolent l’aérodynamique, c’est le genre de valeur qu’on réserve d’habitude aux vaisseaux amiraux à six chiffres. Or là , on parle d’une berline électrique chinoise annoncée sous les 35 000 euros. L’Exlantix ES, signée Chery, débarque avec un argumentaire qui pique la curiosité et met la pression sur les berlines européennes.
Le pari est limpide : au moment où le SUV écrase tout sur son passage, cette grande berline mise sur sa silhouette pour grappiller de l’autonomie sans alourdir la batterie. Et elle vise haut, puisque son Cx la place au niveau de la Mercedes EQS, la limousine électrique de Stuttgart. Le tout pour un tiers du prix. Voilà de quoi faire réfléchir les acheteurs qui hésitent encore.
Reste à voir si le chiffre tient la route sur le bitume européen, et si le reste du produit suit. Parce qu’une bonne pénétration dans l’air, c’est bien, mais un habitacle vivable et un coffre potable, c’est ce qui fait vendre une berline familiale.
4,95 m taillés au couteau pour fendre l’air
Chery n’a pas fait dans la demi-mesure côté format : 4,95 m de long, 1,98 m de large, 1,47 m de haut. Des cotes de grande routière, avec une hauteur volontairement écrasée. La marque parle même d’une proportion « de supercar » et revendique une longueur de 4 945 mm sur son site officiel[1]. Lunette arrière très inclinée, ligne de vitres quasi droite, avant acéré, phares LED en flèche : tout est pensé pour laisser l’air glisser.
C’est là que le compromis se paie. Avec 396 litres de coffre, l’ES reste en retrait face à une Renault Mégane E-TECH et ses 440 litres. Pour une auto de près de cinq mètres, c’est un peu chiche. Le prix à payer d’une carrosserie sculptée pour l’efficacité, mais un point que les familles regarderont de près.
800 volts, CATL et jusqu’Ã 610 km WLTP
Sous la carrosserie, Chery a soigné la copie technique. Architecture 800 volts pour la recharge ultra-rapide, batteries fournies par CATL en deux capacités : 77 kWh en chimie LFP et 100 kWh en NMC. À la clé, des autonomies WLTP annoncées à 505 et 610 kilomètres. L’ES existe aussi en version à prolongateur d’autonomie (EREV), avec une batterie LFP de 41,1 kWh.
Côté puissance, le catalogue va du raisonnable au musclé : 313 ch en propulsion arrière, 480 ch en transmission intégrale, avec un 0 à 100 km/h expédié en 3,7 secondes sur la version la plus véloce. La déclinaison hybride rechargeable propose 265 ou 470 ch selon la config. Bref, du répondant à revendre pour une auto qui se présente d’abord comme une routière efficace.
| Caractéristique | Exlantix ES |
|---|---|
| Coefficient de traînée (Cx) | 0,205 |
| Longueur | 4 945 mm |
| Batteries (CATL) | 77 kWh (LFP) / 100 kWh (NMC) |
| Autonomie WLTP | 505 / 610 km |
| Puissance | 313 ch (propulsion) / 480 ch (intégrale) |
| 0 Ã 100 km/h | 3,7 s |
Source : EXEED International
Le retour discret des berlines électriques
L’ES arrive au bon moment. Le SUV reste roi, mais la berline électrique reprend des couleurs, justement grâce à cet avantage aérodynamique qui fait toute la différence sur l’autonomie. Au premier semestre 2026, les berlines pesaient près de 10 % des immatriculations de voitures électriques en Europe, un chiffre en progression nette. Chaque détail compte pour gratter des kilomètres, et une carrosserie basse et effilée part avec une longueur d’avance sur un gros SUV.
Face à elle, la concurrence ne manque pas. Hyundai Ioniq 6, Tesla Model 3 : deux références installées sur ce créneau des berlines électriques efficaces. Et si l’on remonte vers le haut du panier, la Mercedes EQS restylée attendue en 2027 promet jusqu’à 925 km d’autonomie WLTP avec une révision touchant plus de 25 % de ses composants[2]. Autre monde, autre tarif, mais c’est bien cette référence aérodynamique que l’Exlantix vient chatouiller avec son 0,205.
Ce que ça dit du rapport de forces
Un constructeur chinois qui aligne des chiffres d’aérodynamique dignes des allemandes, une architecture 800 volts, des cellules CATL et un prix cassé : le message est clair pour les Européens. La partie se jouera sur la qualité perçue, le réseau et la confiance des acheteurs, terrains sur lesquels Renault, Peugeot et les autres gardent des cartes. Mais côté fiche technique brute, l’ES prouve que le tarif serré n’interdit plus le haut niveau. À nos constructeurs de ne pas se laisser distancer sur ce qu’ils savent faire de mieux : des berlines qui roulent bien et qui tiennent la promesse d’autonomie.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés


