Le ministre des Transports Philippe Tabarot a répondu à une question posée sur la plateforme Agora : la conduite autonome supervisée de Tesla, homologuée aux Pays-Bas en avril dernier, ne sera pas autorisée en France cette année.
La question émanait d’un citoyen, Ludovic, qui pointait le feu vert accordé par les Pays-Bas au FSD (Full Self-Driving) supervisé. Le ministre reconnaît les progrès techniques du système, mais tranche : « Les contreparties en termes de sécurité ne sont pas encore suffisantes pour une autorisation en l’état. » Le 10 avril dernier, l’agence néerlandaise RDW avait validé l’usage du FSD sur routes publiques, ouvrant la voie à un déploiement dans l’Union européenne. Mais Paris campe sur une ligne différente.
Tabarot évoque deux motifs concrets. D’abord, le système peut outrepasser les limitations de vitesse sans intervention explicite du conducteur : « Nous avons constaté que le système permet d’effectuer des dépassements de vitesse. S’il constate que les véhicules autour de lui roulent plus vite, en clair, il peut rouler à 70 km/h au lieu de 50 si le trafic circule à cette vitesse. » Dans certaines configurations, le véhicule va jusqu’à 50 % au-dessus de la limite autorisée.
Le second frein touche la surveillance du conducteur. Selon les données à disposition du ministère, le FSD supervisé ne garantit pas « un niveau d’attention optimal du conducteur en ville et pendant les manÅ“uvres les plus complexes, comme les changements de voies, les passages d’intersection ou de ronds-points ». En clair, le système tolère une attention du conducteur trop relâchée aux moments critiques, là où les accidents peuvent survenir. Le ministre rappelle que la responsabilité demeure sur le conducteur en cas de collision.
Pays-Bas : dérogation au cadre européen, ouverture le 10 avril
La décision néerlandaise a été prise en s’appuyant sur la réglementation UN R-171, adoptée récemment pour encadrer les systèmes d’automatisation de niveau 3. L’agence RDW a étudié plus de 1,6 million de kilomètres parcourus par Tesla en Europe et recueilli plus de 13 000 retours de passagers testeurs. Tabarot souligne que « les Pays-Bas ont décidé de déroger au cadre réglementaire international et européen et d’autoriser son utilisation sur leur territoire ». Cette formulation laisse entendre que Paris voit cette dérogation comme une entorse à l’harmonisation en cours dans l’Union[3].
Le ministre insiste : d’autres pays européens partagent la position française. Il ne les cite pas, mais le message est clair : la France ne se retrouve pas isolée face à Tesla. Le choix d’Amsterdam place les vingt-six autres États membres « devant le fait accompli », comme l’a relevé un observateur. L’industrie automobile européenne suit de près ce précédent.
Vitesse adaptée au flux, hors du cadre du Code de la route
Le premier reproche du gouvernement porte sur le respect des limitations. Si le trafic ambiant circule à 70 km/h dans une zone limitée à 50 km/h, le FSD supervisé peut s’aligner sur le flux environnant. Le conducteur n’a pas besoin de valider explicitement cette décision. Dans d’autres circonstances, la marge de tolérance peut atteindre 50 % au-dessus de la limite légale. Ce comportement, courant chez des conducteurs humains, contrevient littéralement au Code de la route français. Pour le ministère, un système homologué ne peut se substituer au respect strict de la réglementation.
Tabarot ne critique pas la performance technique du système. Il considère que celui-ci fonctionne. Mais il juge les ajustements indispensables avant toute ouverture sur le réseau routier français. Les échanges techniques entre la France, les Pays-Bas, d’autres pays européens et Tesla se poursuivent pour identifier ces ajustements.
Pourquoi Paris refuse la conduite autonome de Tesla
Attention du conducteur jugée insuffisante en milieu urbain
Le second obstacle concerne la supervision par le conducteur. Les données transmises au ministère montrent que le FSD ne parvient pas à garantir une vigilance suffisante du conducteur dans les situations les plus complexes : changements de voie, franchissements d’intersections, passages de ronds-points. En ville, où les interactions avec les piétons, les cyclistes et les autres véhicules se multiplient, la charge attentionnelle du conducteur devrait rester élevée. Or le système, tel qu’il est configuré actuellement, laisserait le conducteur relâcher cette attention.
Cette critique rejoint des retours de terrain partagés par des testeurs en Belgique, où le FSD supervisé a été autorisé en juin. Un utilisateur ayant parcouru une centaine de kilomètres au volant d’un Model Y rapporte un résultat « bluffant la plupart du temps », mais souligne des limites dans des scénarios spécifiques. Un autre témoignage, relayé sur un forum spécialisé, cite un test avec un moniteur d’auto-école : la Tesla aurait « raté son permis au moins cinq fois » et emprunté un sens interdit (lié à des travaux) avant de freiner[1]. Ces récits n’émanent pas de sources officielles, mais illustrent la variabilité de la performance du système face à des configurations routières inhabituelles.
Harmonisation européenne et calendrier 2027

Tabarot annonce qu’il souhaite autoriser des véhicules autonomes en France d’ici 2027. Il ne précise pas le niveau d’autonomie visé, ni si cette échéance couvre le FSD de Tesla spécifiquement. Le ministre prévoit de réunir à l’automne « l’écosystème français du véhicule autonome » pour présenter les leviers d’accélération du déploiement et fixer un cap pour les prochaines années. Cette réunion vise à structurer une filière autonome française et à clarifier le cadre réglementaire national, tout en articulant les travaux avec les instances européennes.
Le gouvernement français mise sur une harmonisation progressive des règles au niveau de l’Union européenne. La dérogation néerlandaise complique cette démarche : elle crée une Europe de l’autonomie à deux vitesses. Paris espère un alignement plus cohérent qui permettrait d’évaluer chaque système (Tesla et les concurrents) selon les mêmes critères, garantissant ainsi un niveau de sécurité homogène.
| Date | Événement |
|---|---|
| 10 avril 2026 | Homologation du FSD supervisé par la RDW aux Pays-Bas |
| Juin 2026 | Autorisation du FSD supervisé en Belgique |
| 22 juillet 2026 | Refus officiel du FSD supervisé en France par Philippe Tabarot |
| Automne 2026 | Réunion prévue de l’écosystème français du véhicule autonome |
| 2027 | Horizon d’autorisation de véhicules autonomes en France |
Source : Automobile Propre
Contexte français et réseau Supercharger
Le Model 3, véhicule emblématique de Tesla en France, se vend actuellement à partir d’environ 37 000 euros selon les configurations disponibles. Le réseau de Superchargeurs couvre le territoire national et continue de s’étoffer, facilitant les trajets longue distance. Mais l’absence d’homologation du FSD supervisé prive les clients français d’une fonctionnalité vendue comme un atout majeur sur d’autres marchés.
Tesla maintient pour l’instant l’Autopilot, système d’assistance de niveau 2, sur les véhicules vendus en Europe. Mais l’entreprise a annoncé la suppression progressive de l’Autopilot dans sa forme actuelle, au profit du FSD supervisé, à partir du 21 mai dernier[2]. La situation crée une zone d’incertitude : tant que le FSD supervisé n’est pas disponible en France, les nouveaux Model 3 ou Model Y pourraient se limiter à un régulateur adaptatif simple, en attendant l’homologation complète.
Le ministère des Transports insiste sur la nécessité d’un « cadre de confiance » permettant d’évaluer les systèmes, d’identifier les ajustements nécessaires et de garantir un haut niveau de sécurité. Tabarot ne ferme pas la porte à Tesla, il demande une mise en conformité avec les standards français. Les discussions techniques continuent, entre Paris, d’autres capitales européennes et le constructeur californien. La balle est dans le camp de Tesla pour adapter son système aux exigences françaises, ou dans celui de l’Union européenne pour harmoniser les règles et éviter une fragmentation du marché.
FSD Tesla en France : les points de blocage
- Philippe Tabarot écarte l'homologation du FSD supervisé en France pour 2026
- Le système peut dépasser les limitations de vitesse de 50 % sans intervention du conducteur
- L'attention du conducteur jugée insuffisante en ville et aux intersections
- Les Pays-Bas ont homologué le FSD supervisé le 10 avril 2026, la Belgique en juin
- Le gouvernement français prévoit d'autoriser des véhicules autonomes d'ici 2027
- Réunion de l'écosystème français du véhicule autonome prévue à l'automne 2026
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés


Des dizaines de millions de km parcourus aux états unis par des dizaines de milliers d’utilisateurs depuis plusieurs années, valident le constat que la conduite semi autonome supervisée permet de diminuer le nombre d’accidents, de blessés et de morts.
Reprocher au système de ne pas créer une chicane mobile au milieu d’un flux de voiture essentiellement en excès de vitesse est la preuve d’un manque absolu de pragmatisme.
Quoiqu’il en soit, que le ministre actuelle (qui sera remplacé en mai 2027, donc moins d’un an) le veuille ou non, l’Europe statuera sur la question en octobre et la France devra suivre les recommandations décidées à l’échelle européenne.
Le fait que nos constructeurs nationaux soient très en retard sur ces technologies n’ayant évidemment aucun lien avec la position accidentogène du ministre actuel…
Ce qui est notable c’est que le ministre actuel ne voit aucun problème a laisser des voitures conduites par des humains rouler à 50% ou 100% ou 150% au dessus de la limite (c’est lui qui le dit comme ça, mais il parle de la limite à 30km/h…) , avec des conducteurs alcoolisés, drogués, qui jouent avec leurs téléphones , ou se querellent avec leurs pasasgers, ou dorment au volant. Toutes situations ou justement, le FSD permet d’améliorer considérablement la sécurité (vécu au canada).