VivaTech ouvre sa dixième édition à Paris avec un mot d’ordre affiché partout dans les allées : reprendre la main sur les technologies critiques face aux Etats-Unis et à la Chine.
Le salon s’est installé du 17 au 20 juin à Paris Expo, porte de Versailles, avec en ouverture un show grand public sur les Champs-Élysées rendus piétonniers pour l’occasion. Drones, robots et hélicoptères y ont fait leur numéro dès le dimanche, avant l’ouverture officielle aux professionnels.
Dix ans après sa création, l’événement change de dimension. La surface d’exposition passe de 50 000 à 70 000 mètres carrés, avec 60 pavillons nationaux et des représentants de 170 pays. L’organisation espère dépasser l’affluence de l’édition précédente, qui avait attiré 180 000 visiteurs, portée par 15 000 start-up et 4 000 investisseurs venus du monde entier.
La souveraineté numérique, du slogan à l’infrastructure
Le mot revient dans toutes les bouches cette année : souveraineté. La tension avec Washington et la concurrence chinoise poussent la France, et plus largement l’Europe, à vouloir s’affranchir des fournisseurs étrangers sur les briques technologiques sensibles[1]. Le sujet n’est plus cantonné aux discours d’ouverture.
La veille même du salon, le Premier ministre Sébastien Lecornu a acté la fin du partenariat entre la DGSI et l’américain Palantir, au profit de la start-up française ChapsVision et de sa plateforme ArgonOS[2]. Après dix ans de collaboration avec Palantir, le renseignement intérieur français bascule sur une solution nationale. Sur le salon, le PDG de ChapsVision, Silvano Sansoni, a confirmé des discussions en cours avec plusieurs pays européens, dont l’Ukraine et l’Allemagne.
Deuxième signal, plus industriel : Bull et Foxconn ont annoncé la fabrication en Europe de serveurs d’intelligence artificielle Nvidia, sur la plateforme Vera[2]. De quoi ancrer sur le sol européen une partie de la chaîne d’infrastructure IA jusqu’ici entièrement pilotée depuis les Etats-Unis ou l’Asie.
L’Allemagne, invitée d’honneur d’une édition à consonance européenne

Le choix du pays invité n’a rien d’anodin. Pour cette dixième édition, VivaTech a retenu l’Allemagne, qui déploie une délégation de près de 200 start-up, actives dans des domaines allant de l’IA à la greentech[1]. Le ministre allemand du Numérique, Karsten Wilderger, s’est déplacé, accompagné de dirigeants de grands groupes industriels comme Siemens et SAP.
Ce choix confirme une lecture désormais assumée par les organisateurs : la souveraineté technologique ne se joue plus à l’échelle d’un seul pays, mais d’un bloc européen qui tente de peser face aux plateformes américaines et aux industriels chinois.
Pourquoi la souveraineté numérique s'impose à VivaTech
Unitree, Agibot, Genesis : la bataille des humanoïdes
Sur le plan technologique, ce sont les robots humanoïdes qui ont capté l’attention des visiteurs. Danse, transport de charges lourdes, nettoyage, accueil hôtelier : les démonstrations se sont multipliées dans les allées[1]. Les entreprises chinoises Unitree et Agibot ont promis des prouesses de déplacement, tandis que des start-up européennes comme Genesis, Botiful ou Pal Robotics ont présenté leurs propres modèles[4]. L’industriel français CMA CGM a de son côté montré comment un robot peut fluidifier des opérations logistiques.
Cette percée de l’IA physique s’explique par deux facteurs concordants : le coût des automates a chuté de 30 % à 40 % par rapport à l’année précédente, et les modèles d’IA utilisés pour les entraîner se sont nettement améliorés, selon l’analyse rapportée sur le salon[4]. Pour Thomas Husson, analyste chez Forrester, ces machines incarnent “l’IA de demain avec tous les fantasmes et les peurs associés”[4].
| Indicateur | Valeur 2026 |
|---|---|
| Surface d’exposition | 70 000 m² (contre 50 000 m² l’édition précédente) |
| Start-up attendues | 15 000 |
| Investisseurs | 4 000 |
| Pays représentés | 170 |
| Pavillons nationaux | 60 |
| Visiteurs (édition précédente, record) | 180 000 |
| Baisse du coût des robots humanoïdes | 30 % à 40 % sur un an |
Source : Yahoo Finance
Ce que change réellement cette dixième édition

Derrière les chiffres records et les robots qui dansent, l’édition marque un basculement de registre. L’intelligence artificielle n’est plus présentée comme une promesse de laboratoire mais comme une réalité opérationnelle que les entreprises doivent désormais intégrer[3]. La souveraineté numérique quitte le terrain du discours politique pour se traduire en contrats concrets, du remplacement de Palantir par ChapsVision à la fabrication de serveurs IA en Europe par Bull et Foxconn.
La robotique, elle, s’installe comme un enjeu de compétitivité industrielle à part entière plutôt que comme une simple attraction de salon. Les choix d’infrastructure et de partenariats effectués aujourd’hui par les entreprises françaises et européennes dessineront leur position face aux acteurs chinois et américains dans les années qui viennent[3].
VivaTech 2026 : les chiffres clés de la dixième édition
- VivaTech 2026 s'est tenu du 17 au 20 juin à Paris Expo, porte de Versailles.
- La surface d'exposition passe de 50 000 à 70 000 mètres carrés.
- L'Allemagne est le pays invité d'honneur, avec près de 200 start-up.
- La DGSI abandonne Palantir pour la solution française ChapsVision.
- Bull et Foxconn annoncent la fabrication de serveurs IA Nvidia en Europe.
- Le coût des robots humanoïdes a chuté de 30 % à 40 % en un an.
Sources
4 sources · 10 faits sourcés
