La septième promotion du Next40/120 consacre un virage stratégique : l’excellence technologique prime désormais sur les seules levées de fonds, et le deeptech représente un tiers de la cohorte 2026.
Cent vingt scale-ups françaises. Onze virgule trois milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé en 2025. Quarante-six mille emplois directs, en France et à l’international. Voilà les trois chiffres qui résument la promotion 2026 du French Tech Next40/120, présentée fin juin. Derrière ces agrégats, une inflexion de fond : le programme, né sur des critères purement financiers, intègre depuis cette édition une logique d’excellence technologique qui bouscule la sélection.
Le fait le plus frappant reste la part du deeptech. Un tiers des lauréats vient de ce secteur, contre une présence historiquement plus marginale dans les premières promotions dominées par le SaaS et les plateformes numériques. Intelligence artificielle, quantique, biotechnologies, aérospatial : ce sont ces filières que la Mission French Tech entend désormais porter en avant, au nom de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique de la France et de l’Europe.
Un double critère qui redistribue les cartes
Le mécanisme de sélection repose sur un partage en deux blocs distincts. Soixante entreprises entrent dans le French Tech 120 sur la base de leur performance économique : un chiffre d’affaires d’au moins 20 millions d’euros et une croissance annuelle moyenne d’au moins 15 % sur trois ans. Les soixante autres sont retenues sur le volume de leurs levées de fonds entre janvier 2022 et avril 2026.[4]
Ce second volet n’est pas un aveu de faiblesse. Il reconnaît la réalité des deeptechs : ces entreprises consomment des capitaux considérables avant même de commercialiser leurs produits. Une startup du quantique ou des biotechnologies ne peut pas afficher 20 millions d’euros de revenus après cinq ans d’existence, mais elle peut avoir convaincu des investisseurs à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros. Le critère de la levée de fonds leur ouvre donc la porte que le seul chiffre d’affaires leur aurait fermée.
Puis intervient le comité de sélection du Next40, qui choisit quarante entreprises parmi les cent vingt. Ce comité ne juge plus seulement la taille financière : il cherche celles qui « incarnent le mieux l’excellence technologique mise au service de l’intérêt général ».[2] Sa composition dit beaucoup sur l’ambition affichée. Aux côtés de Bpifrance Innovation, d’Euronext Paris et de Capgemini Ventures siège Michel de Lempdes, président de France Deeptech et managing partner chez Omnes Capital : signal fort d’une volonté de rééquilibrage sectoriel.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre de lauréats | 120 scale-ups |
| CA cumulé (2025) | 11,3 milliards d’euros |
| Emplois directs | 46 000 |
| Part à l’international | 97 % des entreprises |
| Part deeptech dans la cohorte | Un tiers |
Source : Business France
De l’agritech à l’insecte, le spectre des lauréats

La liste publiée par la Mission French Tech illustre l’étendue des secteurs couverts. Dans l’alimentation durable, Innovafeed, lauréate Next40, produit des insectes destinés à la nutrition animale et végétale. Foodles, également Next40, propose des repas frais en entreprise. Sur le volet agricole, Elicit Plant optimise la consommation d’eau par des solutions biologiques, quand Agryco aide les agriculteurs à rationaliser leurs achats.[5]
Cette diversité sectorielle, de la fintech à l’agrotech en passant par la santé et la mobilité, répond à une logique explicite : la sélection vise des entreprises qui répondent aux grands enjeux de société, transition écologique, santé, modernisation des PME et ETI. La souveraineté n’est pas un mot de plus ; elle structure le filtre de sélection.
Avec 97 % des lauréats présents à l’international, la question de la compétitivité face aux écosystèmes américain ou chinois n’est pas abstraite. Les scale-ups du Next40/120 affrontent des concurrents disposant de marchés domestiques plus profonds, de capital-risque plus abondant et de régulations souvent plus souples. Le programme leur offre un accès facilité aux administrations publiques françaises et aux réseaux partenaires de la French Tech à l’étranger pour une durée d’un an.[4]
Pourquoi le virage deeptech du Next40 change la donne
Septième promotion, premier vrai tournant
La Mission French Tech qualifie elle-même cette édition de « tournant dans l’histoire du programme ». L’expression n’est pas anodine pour un dispositif lancé il y a sept ans sur des critères exclusivement quantitatifs.[3] Pendant des années, le reproche récurrent adressé au Next40/120 était de récompenser la capacité à lever des fonds plutôt que la profondeur technologique. Une startup SaaS à croissance rapide pouvait devancer une deeptech à fort potentiel industriel mais à revenus encore faibles.
L’introduction d’un comité de sélection qualitatif pour le Next40, et surtout la montée en puissance du deeptech parmi les lauréats, modifient cette équation. Un tiers de la cohorte issu de secteurs à forte intensité capitalistique et technologique, c’est une rupture avec les promotions précédentes où le logiciel en mode service dominait.
Reste une limite structurelle : le programme accompagne, il ne finance pas directement. Son levier est l’accès, la visibilité, le réseau. Pour les deeptechs qui ont besoin de centaines de millions d’euros pour franchir la vallée de la mort industrielle, l’estampille Next40 ouvre des portes, mais c’est Bpifrance, les fonds de capital-risque et les industriels partenaires qui tiennent les clés du financement. La cohorte 2026 compte 46 000 emplois et 11,3 milliards d’euros de CA : les prochaines promotions diront si l’inflexion vers le deeptech se traduit en création de valeur industrielle durable sur le sol français.
French Tech Next40/120 2026 : les chiffres à retenir
- 120 scale-ups françaises sélectionnées pour la promotion 2026 du Next40/120.
- 11,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires cumulé en 2025 pour l'ensemble des lauréats.
- Un tiers des entreprises retenues proviennent du secteur deeptech (IA, quantique, biotech, aérospatial).
- 97 % des lauréats opèrent à l'international.
- Le comité Next40 intègre pour la première fois le président de France Deeptech, Michel de Lempdes.
- Le programme dure un an et offre un accès facilité aux administrations et aux réseaux French Tech mondiaux.
Sources
4 sources · 5 faits sourcés

