ActualitésGiorgia Meloni, l'eurosceptique devenue pivot de Bruxelles : 190 milliards d'euros, soutien...

Giorgia Meloni, l’eurosceptique devenue pivot de Bruxelles : 190 milliards d’euros, soutien à l’Ukraine, stratégie transatlantique

Date:

L’ancienne figure de l’euroscepticisme italien est devenue en quatre ans un pilier discret mais essentiel de l’équilibre européen, au prix d’un virage stratégique aussi brutal qu’efficace.

Sur une estrade bruxelloise, le 18 juin dernier, Giorgia Meloni plaide pour « une Europe prête à utiliser sa force géopolitique et économique ». Aux côtés d’Ursula von der Leyen, elle affiche le sourire des partenaires de longue date. Le contraste avec ses déclarations d’avant 2022 saute aux yeux. À l’époque, la dirigeante de Fratelli d’Italia dénonçait « une bande d’usuriers » et qualifiait la démocratie européenne de « mascarade ». Elle allait jusqu’à envisager une sortie de l’euro.

L’arrivée au pouvoir en octobre 2022 marque le point de bascule. Premier déplacement officiel : Bruxelles, pour rassurer. « D’un point de vue personnel, humain, il y a une discussion très franche et très positive. Je suis contente », déclarait-elle le 3 novembre 2022. Dans la foulée, elle conserve le ministre de l’Économie de Mario Draghi, symbole de rigueur budgétaire. Un signal fort envoyé aux institutions européennes.

En chiffres
190 Md€
Plan de relance UE alloué à l'Italie
1re bénéficiaire post-Covid
14 Md€
Dernier financement exceptionnel obtenu
négocié avec Bruxelles en 2026
2022
Année d'arrivée au pouvoir de Meloni
1er déplacement officiel : Bruxelles

190 milliards d’euros, première bénéficiaire du plan de relance

L’Italie reçoit plus de 190 milliards d’euros dans le cadre du plan de relance post-Covid de l’Union européenne, devant tous les autres États membres[1]. Impossible, dans ce contexte, de maintenir une posture frontale. Le pays a engagé d’importants travaux d’infrastructure grâce à ces fonds, et Bruxelles attend des réformes en retour. Giorgia Meloni sait qu’elle ne peut pas se passer de cet argent. Elle adapte donc son discours et sa méthode.

« C’est un pays aussi qui est très endetté et qui a bénéficié aussi de fonds européens dans le cadre du PNR. Ils en ont profité pour faire énormément de travaux, donc ça a été un soutien important de la part de Bruxelles. Donc, Giorgia Meloni ne pouvait pas complètement se mettre à dos la présidence européenne », résume Lynda Dematteo, politologue et enseignante à l’EHESS.

Contrairement à d’autres leaders d’extrême droite en Europe, Meloni affiche un soutien clair et répété à l’Ukraine. « L’Italie continuera bien sûr à soutenir la résistance héroïque du peuple ukrainien, comme nous l’avons fait jusqu’à présent sur tous les fronts », déclarait-elle le 10 juillet 2025. Une position qui lui vaut le respect de Bruxelles et lui ouvre les portes des sommets européens.

Alliance stratégique avec Ursula von der Leyen

Les deux femmes multiplient les rencontres officielles. À Lampedusa pour discuter migration, en Émilie-Romagne après des inondations. « Le soutien de l’Europe et de la Commission est très important pour nous en ce moment », reconnaissait Meloni le 25 mai 2023. Cette proximité n’est pas à sens unique. La présidente de la Commission européenne a besoin, elle aussi, de relais au Parlement européen pour faire passer ses textes.

« Chacun a besoin de l’autre. D’une part, la majorité d’Ursula von der Leyen n’est pas si stable que ça, elle a besoin de force d’appoint. Alors, le parti de Giorgia Meloni ne soutient pas la Commission de von der Leyen, mais il peut y avoir sur tel ou tel sujet des majorités qui doivent l’inclure », décrypte Alessandro Giacone, spécialiste politique de l’Italie.

Ce pragmatisme paie. Meloni obtient des financements exceptionnels, dont un dernier déblocage de 14 milliards d’euros[4]. Elle négocie sans adhérer formellement à la ligne du Parti populaire européen, mais en se rendant indispensable dossier par dossier. Une méthode qui lui permet de conserver une marge de manÅ“uvre à Rome tout en rassurant Bruxelles.

Pourquoi Meloni mise tout sur le pragmatisme

Dépendance budgétaire
Avec 190 milliards d'euros du plan de relance européen, l'Italie ne peut pas se passer de Bruxelles. Meloni a adapté son discours pour sécuriser les fonds.
Soutien à l'Ukraine
Contrairement à d'autres leaders d'extrême droite, Meloni maintient un soutien clair à Kiev, ce qui lui vaut le respect des institutions européennes.
Alliance von der Leyen
La présidente de la Commission a besoin de relais au Parlement. Meloni négocie dossier par dossier sans adhérer formellement au PPE.
Tension transatlantique
Trump l'a publiquement attaquée en avril 2026. Meloni tente de ménager Washington et Bruxelles, mais l'équilibre devient fragile.
Modèle pour l'extrême droite
Jordan Bardella et d'autres populistes européens voient en elle la preuve qu'un leader radical peut gouverner sans faire fuir les investisseurs.

Équilibriste entre Washington et Bruxelles

Le virage européen ne signifie pas un abandon de l’axe atlantique. Meloni tente de maintenir un équilibre délicat entre ses partenaires européens et Washington. Mais la relation avec Donald Trump, revenu au pouvoir en 2025, complique la donne. Le 14 avril, le président américain l’a attaquée publiquement, la qualifiant de partenaire « inacceptable » après qu’elle eut refusé de le suivre sur le dossier iranien. « Déçu » et « choqué », Trump lui reprochait son manque de courage.

L’Italienne participe au « Conseil de la paix » organisé par l’administration américaine, mais en qualité d’observatrice seulement. Elle cherche à reconquérir l’influence perdue auprès de la Maison-Blanche sans pour autant rompre avec Bruxelles. Une position inconfortable qui révèle les limites de sa stratégie sur les deux fronts[4].

À cela s’ajoutent les ambitions françaises. Emmanuel Macron revendique lui aussi l’ancienneté et la profondeur des liens unissant la France à l’Italie, ce qui complique les équations diplomatiques de Meloni. Elle doit composer avec Paris, Berlin et Bruxelles tout en préservant une relation avec Washington, dans un contexte transatlantique de plus en plus tendu.

Modèle rassurant pour l’extrême droite européenne

Pour les populistes européens, Meloni incarne désormais la preuve qu’un leader d’extrême droite peut gouverner sans faire fuir les investisseurs. Jordan Bardella, figure du Rassemblement national français, loue son bilan économique et la stabilité qu’elle a apportée à l’Italie[3]. Meloni est devenue, malgré elle ou non, le modèle rassurant : celui qui montre que les marchés n’ont pas à paniquer.

Sur le plan international, elle résiste à la tentation de faire exploser Bruxelles et maintient sa ligne sur l’Ukraine, même si cette position reste impopulaire en Italie. « Meloni will try to signal that she is going to be assertive but not disruptive and that she can build a constructive relationship with the EU institutions », observait Luigi Scazzieri, chercheur au Centre for European Reform, dès novembre 2022[5].

Le pari est tenu. Celle qui incarnait il y a quatre ans la rupture eurosceptique est devenue une pièce maîtresse de l’équilibre européen. Une conversion qui tient moins de l’adhésion idéologique que du calcul politique : en abandonnant l’euroscepticisme radical, Meloni a gagné en influence et en marges budgétaires. Reste à voir combien de temps elle pourra tenir cet équilibre entre Washington, Bruxelles et son électorat souverainiste.

Meloni et l'Europe : les faits clés

  • Giorgia Meloni dénonçait l'UE comme « une bande d'usuriers » avant 2022, envisageant même une sortie de l'euro
  • L'Italie reçoit plus de 190 milliards d'euros du plan de relance européen, plus que tout autre pays membre
  • Elle conserve le ministre de l'Économie de Mario Draghi en 2022 pour rassurer Bruxelles sur la rigueur budgétaire
  • Contrairement à d'autres leaders d'extrême droite, elle affiche un soutien constant à l'Ukraine depuis 2022
  • Donald Trump l'a qualifiée de partenaire « inacceptable » en avril 2026 après son refus de le suivre sur l'Iran
  • Jordan Bardella et le Rassemblement national français citent son bilan comme modèle de gouvernance populiste stable
Julien Mercier
Julien Mercier
Julien Mercier suit la tech française depuis une quinzaine d'années, des premières levées de la French Tech aux modèles de Mistral. Il s'intéresse autant aux startups qu'aux enjeux de souveraineté numérique : cloud, semi-conducteurs, cybersécurité. Sa ligne, expliquer ce qu'une annonce change vraiment, sans jargon ni esbroufe.

Sur le même sujet

Face au FSD de Tesla, la France refuse l’homologation : dépassements de 50 %, manque d’attention, révision prévue en 2027

Le ministre des Transports Philippe Tabarot a répondu à une question posée sur la plateforme Agora : la...

Canal+ s’allie à Google Cloud : l’IA générative débarque sur l’App dès juin 2026

En Polynésie française, sur les écrans de l'App Canal+, quelque chose va changer en juin 2026. Pas un...

373 morts en juin : le bilan de la canicule en Bourgogne-Franche-Comté

Juin 2026. Dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les domiciles de Bourgogne-Franche-Comté, 1 325 personnes sont...

Pays de la Loire : 553 décès en excès pendant la canicule de juin, troisième région la plus touchée

Le thermomètre n'en finit plus de grimper, et les chiffres de Santé publique France, publiés ce mercredi 22...