En 2025, le moustique-tigre a colonisé 136 nouvelles communes en Auvergne-Rhône-Alpes, portant le total à 1 328 communes touchées. 80 % de la population régionale est désormais exposée.
L’Agence régionale de santé (ARS) d’Auvergne-Rhône-Alpes a publié son bilan 2025 le 22 avril 2026. Le constat est sans appel : le moustique-tigre, arrivé en France en 2004 dans un conteneur maritime à Marseille, poursuit sa progression méthodique vers le nord. La région Auvergne-Rhône-Alpes, située sur l’axe Lyon-Marseille, subit de plein fouet cette expansion.
Ce qui frappe dans ces chiffres, c’est la vitesse. En un an, 136 communes ont basculé du statut « surveillé » au statut « colonisé ». Une commune est déclarée colonisée dès lors qu’au moins trois relevés successifs des pièges pondoirs présentent des Å“ufs, ou qu’une prospection révèle des larves ou des adultes dans un rayon supérieur à 150 mètres, ou encore que la distance entre deux pièges positifs dépasse 500 mètres. Aujourd’hui, 32 % des communes de la région répondent à ces critères. Mais 80 % de la population vit dans ces zones.
1 328 communes colonisées, 80 % de la population régionale concernée
La surveillance entomologique menée par l’EIRAD (Entente interdépartementale Rhône-Alpes pour la démoustication) repose sur un réseau de pièges et de signalements de particuliers. Les données 2025 montrent une accélération[1]. Le nombre de communes colonisées est passé de 1 192 en 2024 à 1 328 en 2025. Le moustique-tigre ne se contente plus des vallées chaudes : il remonte vers l’est et le nord de la région.
Cette progression rapide s’explique par deux facteurs : le réchauffement climatique, qui adoucit les hivers et permet aux Å“ufs de survivre à des latitudes plus élevées, et le transport humain. Le moustique voyage dans les voitures, les camions, les conteneurs. L’autoroute A7, axe Lyon-Marseille, a servi de corridor initial. Désormais, les départements de l’Ain, de la Loire, du Puy-de-Dôme ou de la Savoie sont touchés.
| Année | Nombre de communes colonisées | Population exposée |
|---|---|---|
| 2024 | 1 192 | Données non disponibles |
| 2025 | 1 328 | 80 % de la population régionale |
Source : Santé publique France, bilan arboviroses 2025
Une multiplication des traitements adulticides
La colonisation croissante oblige les autorités sanitaires à intensifier les traitements adulticides de lutte anti-vectorielle (LAV). Ces interventions visent à détruire les moustiques adultes autour des lieux fréquentés par des personnes ayant contracté la dengue, le chikungunya ou le Zika en zone tropicale. L’objectif : empêcher la transmission locale.
Le nombre de traitements LAV a augmenté de façon spectaculaire entre 2017 et 2025. En 2017, quelques dizaines d’interventions suffisaient. En 2025, le chiffre a bondi. Cette hausse reflète à la fois l’expansion géographique du moustique et l’augmentation du nombre de cas importés, c’est-à -dire de personnes revenant de voyage et porteuses du virus.
L’ARS rappelle que les voyageurs revenant de zones tropicales et présentant des symptômes (fièvre, maux de tête, douleurs articulaires, éruptions cutanées) doivent consulter immédiatement un médecin. Un cas importé non détecté peut déclencher une chaîne de transmission locale si un moustique-tigre pique la personne infectée puis pique d’autres personnes.
Pourquoi le moustique-tigre progresse si vite
Un épisode de transmission autochtone en 2025
En 2025, la région a enregistré son premier cluster de transmission autochtone de chikungunya. Le foyer initial s’est situé à Claix, en Isère, avec 5 cas liés à un cas importé de La Réunion. Deux zones de circulation secondaires ont été identifiées : Varces, avec 4 cas, et Castelnau-Chalosse, en Nouvelle-Aquitaine, avec 2 cas. Un lien épidémiologique et microbiologique a été établi entre les trois foyers.
Cet épisode marque un tournant. Jusqu’en 2025, la région n’avait jamais connu de transmission locale de cette ampleur. Le nombre de cas autochtones enregistrés en 2025 constitue un record. La proximité spatio-temporelle entre les foyers et la rapidité de la propagation ont forcé les autorités à élargir le périmètre des traitements LAV.
Une espèce impossible à éradiquer une fois installée
Le moustique-tigre, une fois implanté, ne disparaît plus. Il pond dans de toutes petites réserves d’eau stagnante : un dessous de pot de fleur, une gouttière bouchée, un jouet d’enfant oublié dans le jardin. Une femelle peut pondre environ 200 Å“ufs tous les 12 jours. Les Å“ufs résistent au froid et éclosent dès que les températures remontent.
L’ARS insiste sur les gestes de prévention : ranger les objets pouvant contenir de l’eau, vider régulièrement les contenants, couvrir les réserves d’eau. Ces recommandations, répétées chaque année, restent la seule stratégie efficace pour limiter la prolifération. Les traitements chimiques, eux, ne ciblent que les adultes et n’ont qu’un effet temporaire.
À l’échelle nationale, le moustique-tigre est désormais implanté dans 79 départements, soit plus de 84 % du territoire métropolitain. La Marne, la Haute-Marne et la Haute-Saône ont rejoint la liste en 2025[2]. Seuls quelques départements du nord restent officiellement épargnés, mais des observations ponctuelles y ont déjà été signalées.
Auvergne-Rhône-Alpes en première ligne face aux arboviroses
La progression du moustique-tigre en Auvergne-Rhône-Alpes ne relève plus de l’anecdote entomologique. Elle pose une question de santé publique. La région, avec 80 % de sa population exposée, est devenue l’une des plus vulnérables aux arboviroses, ces maladies virales transmises par les moustiques.
Le bilan 2025 de Santé publique France montre que le nombre d’enquêtes et de traitements LAV continue de croître. Entre 2017 et 2025, le nombre d’enquêtes est passé de quelques dizaines à plusieurs centaines. Cette tendance ne s’inversera pas tant que le moustique continuera sa progression vers le nord.
L’enjeu désormais : surveiller, anticiper, informer. La saison du moustique-tigre court de mai à octobre. Chaque printemps, les autorités sanitaires réactivent le dispositif de surveillance. Mais face à une espèce qui s’adapte, qui voyage et qui prolifère, les marges de manÅ“uvre restent étroites.
Moustique-tigre en Auvergne-Rhône-Alpes : les chiffres 2025
- 1 328 communes d'Auvergne-Rhône-Alpes colonisées par le moustique-tigre en 2025, contre 1 192 en 2024
- 80 % de la population régionale vit dans une zone exposée, soit 32 % des communes
- Premier cluster de transmission autochtone de chikungunya en 2025 : 5 cas à Claix, 4 à Varces
- Le moustique-tigre pond environ 200 œufs tous les 12 jours, dans de toutes petites réserves d'eau
- 79 départements français colonisés en 2026, contre zéro en 2004, année de son arrivée à Marseille
- Les hivers plus doux et le transport humain (voitures, camions) expliquent la progression rapide
Sources
2 sources · 2 faits sourcés
