Le PIB britannique a reculé de 0,1 % en avril 2026, première contraction mensuelle depuis août, sous l’effet direct de la guerre déclenchée en Iran fin février.
Les annulations en cascade d’événements sportifs, dont plusieurs Grands Prix de Formule 1, et les difficultés de l’industrie du divertissement ont pesé sur le secteur des services. Un secteur qui a tiré l’économie britannique vers le bas malgré des signaux positifs ailleurs : la production manufacturière a progressé de 0,4 % sur le même mois, portée par une forte hausse de la production pharmaceutique, et la construction a affiché une croissance modérée.
Sur les trois mois précédant avril, la production économique globale avait encore progressé de 0,7 % par rapport aux trois mois précédents, conformément aux anticipations des économistes. Mais c’est bien le repli d’avril qui retient l’attention : il signale que le choc iranien commence à mordre sur l’activité réelle.
Thomas Pugh (RSM) : « une paralysie presque totale » en vue pour la fin d’année
Thomas Pugh, économiste en chef du cabinet RSM, ne mâche pas ses mots. « Les hausses des prix de l’énergie et des coûts d’emprunt, en plus d’un regain d’incertitude politique, risquent de se conjuguer pour amener la croissance à une paralysie presque totale pour le reste de l’année », a-t-il déclaré à la suite de la publication des chiffres le 12 juin. Il ajoute que ces données rendent probable le maintien des taux par la Banque d’Angleterre lors de sa prochaine réunion du jeudi. La réaction mesurée des marchés après la publication confirme que ce scénario était déjà largement intégré. [1]
La ministre des Finances Rachel Reeves a reconnu l’impact de la guerre sur l’économie britannique, tout en réaffirmant sa confiance dans son plan budgétaire.
| Indicateur | Valeur | Contexte |
|---|---|---|
| PIB britannique, avril 2026 | -0,1 % | Première baisse mensuelle depuis août |
| Croissance mondiale révisée (FMI, 2026) | 3,1 % | Contre 3,3 % prévu en janvier 2026 |
| Manque à gagner mondial | 350 Mds $ | Perte de richesse produite à l’échelle planétaire |
| Inflation mondiale attendue (2026) | 4,4 % | Sous pression des prix de l’énergie |
| Offre de pétrole mondial réduite | -13 % | Blocus du détroit d’Ormuz |
| Offre de GNL mondiale réduite | -20 % | Même cause |
Source : La Tribune / FMI
La France coincée entre croissance zéro et inflation au-dessus de 2 %
La Grande-Bretagne n’est pas seule. En France, la situation prend une coloration différente, peut-être plus préoccupante. L’INSEE a publié une estimation de croissance nulle pour le premier trimestre 2026. L’objectif gouvernemental de 0,9 % pour l’année entière paraît désormais hors d’atteinte. [5]
L’inflation a dépassé les 2 % en avril, creusant l’écart avec une consommation qui stagne. Pour Sylvain Bersinger, fondateur de Bersingéco, le diagnostic est clair : « La France est clairement face à un choc stagflationniste. » Il redoute que la consommation, « très légèrement » en baisse ce trimestre, reste atone voire recule sur les suivants si les prix de l’énergie ne reflètent pas.
La Cour des comptes, dans son rapport annuel sur le financement de la sécurité sociale publié le 27 mai, chiffre la facture supplémentaire à 8 milliards d’euros sur 2026 et 2027 : 3 milliards cette année, 5 milliards l’an prochain. Le gouvernement de Sébastien Lecornu visait un déficit de la sécurité sociale à 19,4 milliards d’euros en 2026, après 21,6 milliards en 2025. Ce chiffre est désormais sous pression. En avril, l’exécutif avait d’ores et déjà légèrement révisé sa prévision de croissance à 0,9 %, et plusieurs économistes évoquent maintenant ouvertement le risque de récession. [3]
| Année | Déficit sécurité sociale prévu | Surcoût guerre Iran |
|---|---|---|
| 2025 | 21,6 Mds € | — |
| 2026 | 19,4 Mds € (objectif) | +3 Mds € |
| 2027 | — | +5 Mds € |
Source : La Tribune / Cour des comptes
Pourquoi le choc iranien frappe aussi fort l'Europe
Le FMI à Washington : 350 milliards de dollars de richesse évaporée
Le 14 avril, lors des assemblées de printemps du FMI à Washington, Pierre-Olivier Gourinchas, chef économiste du Fonds, a présenté des projections mondiales revues à la baisse. « Une fois encore l’économie est menacée de dérailler, cette fois à cause du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient », a-t-il résumé. [2]
Le chiffre retenu : une croissance mondiale de 3,1 % en 2026, contre 3,3 % attendus en janvier. L’écart de 0,2 point représente 350 milliards de dollars de richesse non produite. La cause centrale est la fermeture du détroit d’Ormuz depuis le déclenchement des frappes israélo-américaines le 28 février, qui comprime l’offre mondiale de pétrole de 13 % et celle de gaz naturel liquéfié de 20 %. L’inflation mondiale devrait grimper à 4,4 % sur l’ensemble de l’année.
Avant le 28 février, le FMI s’apprêtait à relever ses prévisions. La dynamique post-Covid et post-Ukraine semblait stabilisée. Le conflit a tout rebattu en quelques semaines. Pour les économies européennes, le scénario central n’est plus la reprise : c’est la résistance.
Guerre en Iran 2026 : les chiffres économiques à retenir
- Le PIB britannique a reculé de 0,1 % en avril 2026, sous l'effet des annulations d'événements sportifs et des difficultés du secteur des services.
- Le FMI a abaissé la croissance mondiale à 3,1 % pour 2026, soit 350 milliards de dollars de richesse en moins.
- Le détroit d'Ormuz est bloqué depuis le 28 février 2026 : l'offre mondiale de pétrole est réduite de 13 %, celle de GNL de 20 %.
- En France, la croissance du premier trimestre 2026 est nulle selon l'INSEE, et l'inflation dépasse 2 % depuis avril.
- La Cour des comptes chiffre le surcoût de la guerre pour la sécurité sociale française à 8 milliards d'euros sur 2026-2027.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
