Le gouvernement israélien s’apprête à débloquer 20 milliards de shekels supplémentaires pour Tsahal et à relever le budget annuel de référence de 70 à 90 milliards de shekels.
Après trois années d’opérations intensives, Israël franchit un cap budgétaire. Le gouvernement devrait autoriser dans les prochains jours le transfert immédiat de 20 milliards de shekels, soit environ 5,6 milliards de dollars, destinés à financer des acquisitions d’armement urgentes et à assurer l’approvisionnement en matières premières pour la production de munitions jusqu’à la fin de l’année. Cette rallonge porterait le budget total de la Défense à 163 milliards de shekels.
La principale résistance venait du ministère des Finances. Ses conseillers juridiques s’opposaient jusqu’ici à tout transfert de fonds exceptionnels pendant la période électorale, invoquant les restrictions imposées par la loi. Mais les besoins opérationnels de l’armée ont fini par l’emporter. Benyamin Netanyahou devrait convoquer le gouvernement dans les tout prochains jours pour lancer la procédure d’approbation.
Si le processus législatif avance comme prévu, les premiers fonds pourraient être transférés à Tsahal d’ici Souccot. L’unité juridique du gouvernement devrait lever son opposition, ouvrant la voie à un vote du cabinet, puis à l’examen par la commission des Finances de la Knesset, avant les deuxième et troisième lectures au Parlement[2].
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Le budget annuel de référence bondit de 70 à 90 milliards de shekels
Au-delà de cette enveloppe immédiate, c’est surtout le financement à long terme de Tsahal qui bascule dans une autre dimension. Le budget annuel de référence de la Défense, qui sert de base pour les trois prochaines années, passerait de 70 à 90 milliards de shekels, soit une hausse de près de 30 %. Cette revalorisation engage le gouvernement sur la durée et modifie structurellement le niveau des moyens accordés à l’armée.
Pour Tsahal, il s’agit de tourner la page. Pendant trois ans, l’essentiel des dépenses a financé les opérations en cours. Désormais, l’armée veut reprendre le développement de ses capacités militaires et préparer les défis de la prochaine décennie. Le relèvement du budget de référence lui donne une visibilité pluriannuelle.
Cette trajectoire budgétaire marque une rupture avec les niveaux d’avant le 7 octobre 2023. Les dépenses de défense avoisinaient alors 8,8 % du PIB en 2026, selon les chiffres rapportés, soit plus du double des budgets d’avant l’attaque du Hamas. Le coût quotidien de la guerre est estimé à environ 1 milliard de shekels par jour[3].
| Année | Budget initial (milliards de shekels) | Dépenses réelles (milliards de shekels) |
|---|---|---|
| 2023 (pré-guerre) | ~70 | Variable |
| 2026 | 112 (initial) + 30 (hausse votée en mars) | 142 (total alloué) |
| 2026 (perspective) | 163 (avec rallonge de 20 milliards) | À déterminer |
| Nouveau budget de référence (3 ans) | 90 (annuel) | — |
Source : Israel Hayom, Le Monde
Une croissance économique qui donne de l’air au budget

Cette augmentation est également rendue possible par les derniers chiffres de l’économie israélienne. Le PIB a progressé de 15,4 % en rythme annualisé au dernier trimestre, bien au-delà des prévisions. La consommation et les exportations ont toutes deux augmenté, générant davantage de recettes fiscales et offrant au gouvernement une marge supplémentaire pour financer la Défense.
La présence croissante de Nvidia en Israël contribuerait également à cette dynamique économique. Plusieurs hauts responsables du ministère des Finances, qui n’auraient pas été consultés avant l’annonce, ont toutefois prévenu que cette hausse des dépenses militaires pourrait nécessiter des hausses d’impôts et des coupes dans les budgets civils[5].
Netanyahou a par ailleurs annoncé, quelques jours plus tôt, son intention d’augmenter encore davantage les dépenses militaires sur la prochaine décennie. Il propose de faire passer les dépenses de défense supplémentaires de 350 à 400 milliards de shekels. Cette trajectoire à long terme place Israël dans une logique d’effort de guerre durable, bien au-delà des seuls besoins immédiats.
Pourquoi Israël relève son budget de défense
Un débat budgétaire sur fond de tensions politiques
Le déblocage de ces 20 milliards de shekels s’inscrit dans un contexte politique tendu. En mars dernier, le Parlement avait déjà voté une augmentation de plus de 30 milliards de shekels pour financer les opérations en cours en Iran et au Liban. Cette enveloppe s’ajoutait aux 112 milliards de shekels prévus dans le projet de budget présenté fin décembre 2025 par le gouvernement Netanyahou.
Le Premier ministre avait alors justifié cette rallonge par le coût de la guerre. Mais plusieurs responsables du ministère des Finances avaient déjà exprimé leurs réserves sur la soutenabilité de cette trajectoire. La dette nationale progresse, et les arbitrages entre dépenses militaires et dépenses civiles se durcissent.
La commission des Finances de la Knesset avait approuvé cette hausse le 23 mars, et le vote final était intervenu avant la fin du mois. Le transfert de 20 milliards de shekels annoncé aujourd’hui s’inscrit dans la même logique : répondre aux besoins opérationnels de Tsahal, tout en tentant de préserver un cadre budgétaire lisible pour les prochaines années.
Reste que le passage d’un budget de référence de 70 à 90 milliards de shekels engage Israël sur une trajectoire de dépenses militaires sans précédent en temps de paix. Cette revalorisation structurelle reflète autant les contraintes opérationnelles du présent que les anticipations stratégiques du gouvernement pour la décennie à venir.
Budget de Tsahal : les chiffres de la hausse
- Le gouvernement israélien s'apprête à transférer 20 milliards de shekels à Tsahal pour des achats urgents d'armement et de munitions
- Le budget annuel de référence de la Défense passerait de 70 à 90 milliards de shekels, soit +30 %
- Le PIB israélien a progressé de 15,4 % en rythme annualisé au dernier trimestre, au-delà des prévisions
- Le budget total de la Défense atteindrait 163 milliards de shekels après ce transfert
- Netanyahou propose de porter les dépenses de défense supplémentaires de 350 à 400 milliards de shekels sur la prochaine décennie
- Le ministère des Finances avait initialement bloqué le transfert en raison de la période électorale
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

