Le groupe franco-allemand KNDS a généré 4,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et affiche un carnet de commandes record de 33,1 milliards, positionnant une possible introduction en Bourse en 2026.
L’alliance entre Nexter et Krauss-Maffei Wegmann, conclue en 2015, produit aujourd’hui l’un des rares succès industriels transfrontaliers de la défense européenne. Onze mille employés, une quarantaine d’armées clientes dont vingt-quatre européennes, et un backlog de trente-trois milliards : les chiffres placent KNDS dans une position que peu d’acteurs continentaux peuvent revendiquer sur le segment terrestre.
Le groupe s’est construit sur une logique d’intégration verticale, couvrant plateformes blindées, munitions, systèmes autonomes et maintien en condition opérationnelle. Cette maîtrise de bout en bout le positionne comme maître d’Å“uvre à part entière, capable de livrer des architectures dites « système de systèmes », combinant équipements habités et engins autonomes.
Un chiffre d’affaires en hausse de 15,9 % en un an
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La trajectoire financière est claire. Entre 2024 et 2025, les revenus ont crû de 15,9 % en glissement annuel[2]. Cette montée en puissance s’appuie sur une accélération de la production dans l’ensemble des segments du groupe. Le carnet de commandes représente désormais plus de sept années de chiffre d’affaires au rythme actuel, signe d’une demande structurellement orientée à la hausse depuis le basculement géopolitique de 2022.
La hausse des budgets de défense en Europe alimente directement cette dynamique. L’Allemagne a dépassé 90 milliards d’euros en 2025, soit une progression de plus de 80 % depuis 2020[4]. La France poursuit sa propre remontée en puissance budgétaire. KNDS bénéficie de cette double relance, tirant parti de son double ancrage national et de sa position de partenaire naturel pour les programmes franco-allemands et OTAN.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Chiffre d’affaires | 4,4 milliards € |
| Carnet de commandes (31 décembre 2025) | 33,1 milliards € |
| Croissance du CA (glissement annuel) | +15,9 % |
| Effectifs | 11 000 collaborateurs |
| Armées clientes | Plus de 40 (dont 24 européennes) |
Source : KNDS
L’architecture « système de systèmes » comme différenciation industrielle

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KNDS revendique une approche d’intégrateur global[1]. Le groupe intervient au niveau de l’architecture système, assumant la responsabilité de maître d’Å“uvre vis-à -vis des clients. Cette posture couvre la conception, l’assemblage, le déploiement et le soutien logistique, sur l’ensemble du cycle de vie produit.
La stratégie repose sur des architectures ouvertes et interopérables, pensées pour faciliter l’intégration de systèmes hétérogènes. Cette modularité répond directement aux exigences des doctrines modernes, qui cherchent à maximiser l’effet opérationnel en combinant plateformes conventionnelles et engins non habités. L’approche ONE KNDS, déployée en interne, vise à standardiser les processus industriels et à optimiser la production à l’échelle du groupe.
Sur le plan technologique, KNDS combine robotique, munitions téléopérées et solutions numériques pour renforcer l’efficacité sur le champ de bataille. Les développements récents incluent la munition téléopérée MX-10 DAMOCLES, qualifiée par la DGA début 2026[5], et l’obus flèche de nouvelle génération SHARD, également retenu par la direction de l’armement française[5].
Pourquoi l'IPO de KNDS peut remodeler la défense européenne
Une introduction en Bourse envisagée pour 2026
Le conseil d’administration a demandé à l’équipe dirigeante de se préparer à une introduction en Bourse, sans que la décision finale ait été prise à ce stade[4]. Les marchés valoriseraient KNDS autour de 20 milliards d’euros selon certaines estimations, un montant qui reflète l’appétit des investisseurs pour les actifs de défense dans le contexte actuel.
Une IPO donnerait au groupe les moyens de financer massivement de nouvelles capacités industrielles et de consolider sa position face aux géants américains. Elle poserait aussi la question de l’équilibre actionnarial. Actuellement, la gouvernance est partagée entre l’État français, via l’Agence des participations de l’État, et la famille allemande Wegmann. Toute ouverture du capital impliquerait de redéfinir ces équilibres, dans un contexte où Berlin réfléchit également à sa stratégie de participations dans la défense.
L’opération aurait une portée qui dépasse le financier : elle symboliserait la réorganisation des priorités économiques du continent, dans une Europe qui cherche à structurer une base industrielle et technologique de défense crédible.
Présence européenne et empreinte OTAN

KNDS fournit vingt-quatre forces armées européennes et revendique explicitement son intégration dans l’écosystème OTAN. Cette dimension atlantique se traduit par des efforts de standardisation et d’interopérabilité entre alliés, deux critères devenus prioritaires dans les doctrines de défense collective.
Le groupe a présenté son portefeuille complet lors d’Eurosatory 2026, à Paris, du 15 au 19 juin. L’événement a servi de vitrine pour illustrer la couverture capacitaire du groupe, de la plateforme Leclerc aux véhicules Griffon et Jaguar du programme SCORPION, en passant par l’artillerie CAESAR et les systèmes de pont LEGUAN, récemment choisis par la Belgique[5].
Cette empreinte continentale contraste avec la fragmentation historique de la défense terrestre en Europe. KNDS incarne l’une des rares tentatives abouties de consolidation transfrontalière, là où la plupart des projets franco-allemands ont achoppé sur les rivalités nationales ou les divergences industrielles.
L’objectif affiché : devenir le champion européen incontesté
L’ambition du groupe est explicite : s’imposer comme la référence européenne de la défense terrestre, sur les plans technologique, opérationnel et stratégique[3]. KNDS veut être le partenaire industriel naturel des nations du continent, en proposant des capacités souveraines et une empreinte industrielle durable.
Cette posture s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de l’autonomie stratégique européenne, portée par Bruxelles depuis plusieurs années. Le groupe a rejoint le Pacte mondial des Nations unies en juillet 2026[5], renforçant ses engagements en matière de croissance éthique et durable.
La question reste celle de la capacité du modèle franco-allemand à s’élargir. Plusieurs États membres poussent pour une consolidation accrue de la BITDE, mais les obstacles politiques demeurent nombreux. KNDS dispose d’un avantage de premier entrant, mais devra composer avec les intérêts nationaux, les géants américains et les nouveaux acteurs émergents, notamment d’Europe de l’Est, qui développent leurs propres filières industrielles.
Le carnet de commandes actuel donne au groupe une visibilité à moyen terme. Reste à savoir si cette dynamique suffira à faire basculer la structure industrielle européenne vers un modèle consolidé, capable de rivaliser avec les mastodontes d’outre-Atlantique sur la durée.
KNDS 2025 : les chiffres du leader franco-allemand
- KNDS a généré 4,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, en hausse de 15,9 % sur un an
- Le carnet de commandes atteint 33,1 milliards d'euros fin 2025, soit plus de sept années de revenus
- Le groupe emploie 11 000 personnes et fournit plus de 40 armées, dont 24 européennes
- Une introduction en Bourse est envisagée en 2026, avec une valorisation estimée autour de 20 milliards d'euros
- KNDS couvre l'ensemble de la chaîne de valeur : plateformes, munitions, systèmes autonomes et services
- L'Allemagne a porté son budget de défense à plus de 90 milliards d'euros en 2025, +80 % depuis 2020
Sources
5 sources · 9 faits vérifiés

