Le site de Caudan n’a jamais réussi à lancer sa production de corps creux d’obus. Un an après sa reprise par Europlasma, la Fonderie de Bretagne retourne devant le tribunal.
L’annonce est tombée vendredi 26 juin. La direction de la Fonderie de Bretagne (FDB) a convoqué les représentants du personnel pour un CSE extraordinaire mardi 30 juin, en milieu d’après-midi. Objet : officialiser le placement en redressement judiciaire. « Cela nous a pris de court », résume Maël Le Goff, délégué CGT du site de Caudan, dans le Morbihan.
Pour les 250 salariés de l’usine, c’est un nouveau coup dur. Le site, historiquement tourné vers la fonte automobile, suspensions, échappements —, avait été racheté au printemps 2025 par le groupe landais Europlasma. L’industriel promettait une conversion rapide vers la défense, avec la fabrication de corps creux d’obus de différents calibres. Un projet censé incarner la montée en puissance de l’industrie française d’armement.
4,5 millions versés sur 7,5 promis en 2025
Sur le papier, Europlasma s’était engagé à injecter 15 millions d’euros sur trois ans. Une première tranche de 7,5 millions devait arriver dès 2025 pour amorcer la conversion des lignes de production. Sauf que seuls 4,5 millions ont effectivement été versés[2]. « Nous ne savons pas ce que sont devenus les 3 millions restants », déplore Maël Le Goff.
Ce manque de moyens a empêché le site de lancer la fabrication d’obus. Les équipements n’ont pas été installés, les lignes n’ont pas été adaptées, la production n’a jamais démarré. L’usine est restée dans un entre-deux industriel : trop engagée pour revenir à l’automobile, trop peu équipée pour basculer dans la défense.
Le groupe Europlasma, qui détient aussi Valdunes et les Forges de Tarbes, est régulièrement pointé pour ses promesses d’investissements non tenues. Sa structure capitalistique, qui inclut des fonds basés dans des paradis fiscaux, alimente les critiques. En 2025, le groupe a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros[3], plus du double de l’exercice précédent.
| Poste | Montant promis | Montant versé |
|---|---|---|
| Tranche 2025 | 7,5 M€ | 4,5 M€ |
| Total sur 3 ans | 15 M€ | Engagement non tenu |
Source : La Tribune
Le ministre de l’Industrie affiche sa colère
À Bercy, le ton monte. Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, ne cache pas sa colère face à ces nouveaux événements. Il pointe du doigt les engagements financiers non respectés et le gâchis industriel qui en découle. Le placement en redressement judiciaire, à peine un an après la reprise, illustre l’échec d’une stratégie industrielle annoncée comme un modèle de reconversion.
Ce n’est pas le premier accroc. En avril 2026, Europlasma avait laissé entendre qu’il discutait avec un « industriel français du secteur de la défense » pour céder ses activités d’armement. Aucune annonce n’a suivi. Entre-temps, une de ses filiales, Satma Industries, a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Grenoble le 2 juin. Une autre, FP Industries, spécialisée dans le désamiantage, doit être liquidée.
Pourquoi la conversion défense a échoué
Un site qui enchaîne les procédures
La Fonderie de Bretagne n’en est pas à son premier redressement. Le site a déjà connu plusieurs procédures collectives au fil de ses difficultés dans l’automobile. La reprise par Europlasma devait tourner la page. Le groupe avait obtenu le feu vert des pouvoirs publics et l’appui de la filière défense, en pleine phase de remontée des capacités industrielles françaises.
Mais la conversion n’a jamais eu lieu. Les salariés se retrouvent dans une impasse : pas de production d’obus, pas de retour possible vers l’automobile, et des perspectives floues pour l’emploi. Le CSE de mardi devra clarifier les intentions de la direction et la stratégie pour la suite de la procédure.
Europlasma dans la tourmente
Le cas de la Fonderie de Bretagne s’inscrit dans un tableau plus large. Europlasma, repreneur en série de sites industriels en difficulté, a été récemment auditionné par la commission d’enquête parlementaire sur la « prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs ». Les députés s’interrogent sur la viabilité du modèle économique du groupe et sur sa capacité réelle à redresser les actifs qu’il acquiert.
Le redressement judiciaire de la Fonderie de Bretagne pourrait rouvrir le dossier de la conversion industrielle vers la défense. Les investissements promis, les calendriers annoncés, les montants engagés : tout va être scruté par le tribunal et les créanciers. Les salariés, eux, attendent de savoir si un plan de continuation sera proposé, et sous quelle forme.
Fonderie de Bretagne : les chiffres du naufrage
- La Fonderie de Bretagne retourne en redressement judiciaire un an après sa reprise par Europlasma
- Sur les 7,5 millions promis en 2025, seuls 4,5 millions ont été versés
- La production de corps creux d'obus n'a jamais démarré sur le site de Caudan
- Europlasma a enregistré une perte nette de 35,6 millions d'euros en 2025
- Le ministre de l'Industrie Sébastien Martin affiche sa colère face aux promesses non tenues
- Une filiale du groupe, Satma Industries, a été placée en redressement judiciaire en juin
Sources
2 sources · 2 faits sourcés
