L’armée française confie ses flux vidéo à l’IA d’Orasio, une startup créée en 2025

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L’AMIAD ouvre ses bancs de test à Orasio

L’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) a réceptionné les solutions d’analyse vidéo de la startup française Orasio. L’agence va les expérimenter au profit des forces armées avant toute décision de déploiement. L’annonce date de fin février 2026 : c’est l’un des premiers partenariats publics concrets pour cette jeune pousse fondée en 2025 seulement.

Le périmètre est précis. Il s’agit de traiter des flux vidéo, en temps réel ou en différé, pour détecter automatiquement des événements particuliers : un véhicule suspect, un individu armé, une situation anormale dans un environnement opérationnel. L’AMIAD formule l’objectif sans détour : «renforcer l’exploitation rapide et sécurisée des données vidéos critiques en environnement opérationnel».

Orasio n’est pas une entreprise de sécurité généraliste reconvertie. Elle s’est construite dès l’origine sur l’IA appliquée à la vidéo, avec des modèles capables, selon ses propres termes, de «combiner image et langage pour offrir une compréhension détaillée des situations». La startup revendique des architectures adaptées aux scènes complexes «où les approches traditionnelles échouent». Ce sont précisément ces capacités qui ont retenu l’attention de l’agence du ministère des Armées.

16 millions d’euros levés, un an d’existence

Créée en 2025, Orasio a déjà bouclé une levée de 16 millions d’euros auprès d’investisseurs, selon les données disponibles auprès de Les Echos. Le partenariat avec l’AMIAD représente pour elle bien plus qu’un contrat : c’est une validation technique par la puissance publique, et surtout une porte d’entrée vers un client militaire structurant.

La rapidité du parcours est frappante. En moins d’un an d’existence, la startup a convaincu l’agence gouvernementale chargée d’identifier et de déployer les technologies d’IA pour les armées françaises. L’AMIAD a pour mission explicite d’évaluer les solutions issues du tissu industriel privé, pas seulement celles développées en interne. Orasio s’inscrit dans cette logique.

Orasio en chiffres
Indicateur Donnée
Année de création 2025
Fonds levés 16 millions d’euros
Partenaire institutionnel AMIAD (ministère des Armées)
Annonce du partenariat Février 2026

Source : Zone Militaire / opex360.com

Une AMIAD particulièrement active en ce début 2026

Le dossier Orasio ne se lit pas isolément. L’AMIAD multiplie les initiatives depuis le début de l’année. Elle a annoncé la création du LAboratoire Robotique et IA de Défense, le LARIAD, en collaboration avec l’École nationale supérieure de techniques avancées (ENSTA), établissement sous tutelle de la Direction générale de l’armement. Un laboratoire commun entre l’agence et une grande école d’ingénieurs de la DGA : c’est une brique structurelle, pas une expérimentation ponctuelle.

Dans un registre différent, l’AMIAD a également signé un accord-cadre avec Mistral AI. La licorne française spécialisée dans l’IA générative met ses logiciels à disposition du ministère des Armées, «sous le pilotage de l’AMIAD». Deux partenariats industriels en quelques semaines : l’agence construit activement son écosystème de fournisseurs technologiques privés.

Ce mouvement reflète une réalité opérationnelle. Le ministère des Armées cherche à traiter des volumes croissants de données vidéo, issues de drones, de capteurs embarqués, de dispositifs de surveillance. L’analyse manuelle atteint ses limites dans un environnement où la rapidité de décision conditionne l’efficacité tactique. L’IA d’analyse vidéo répond à ce besoin précis.

Expérimentation avant déploiement : la méthode AMIAD

Il faut distinguer ce qui est acté de ce qui est en cours. Orasio n’est pas encore fournisseur des armées françaises. Ses solutions sont en phase d’expérimentation : l’AMIAD les teste, les évalue, et décidera ensuite de les proposer ou non aux forces. C’est la méthode que l’agence applique à l’ensemble des technologies qu’elle examine, qu’elles viennent de l’industrie établie ou de startups.

Cette phase de test est néanmoins un signal fort pour Orasio. Décrocher une expérimentation officielle auprès du ministère des Armées, à moins d’un an de sa création, place la startup dans une position qui lui ouvre des perspectives commerciales bien au-delà du seul marché défense. La crédibilité d’un test militaire pèse dans les négociations avec d’autres clients publics ou privés.

L’enjeu pour l’AMIAD est symétrique : identifier rapidement les outils opérationnels sans dépendre uniquement des grands groupes de défense. La capacité à détecter et à qualifier des solutions issues de startups en accélère l’intégration au bénéfice des forces. Orasio et son IA vidéo constituent, en ce sens, un cas de test pour ce modèle d’acquisition plus agile.

Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Correspondante défense & militaire Hélène couvre l'industrie de défense et les questions militaires. Contrats export, programmes d'armement, budgets : elle décrypte un secteur où l'industriel et le politique sont indissociables, en s'en tenant aux faits. Naval Group, Dassault, Thales, MBDA, KNDS, elle en connaît les dossiers.

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